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Le recul dramatique des préoccupations environnementales…

17 janvier 2025Activité, Climat, Nature, Santé, Sociétéclimat, écologie, politique0 commentaires

Le recul dramatique des préoccupations environnementales

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Olivier Galland

7 janvier 2025

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Selon tous les observateurs, la COP 29 a abouti à un résultat très décevant. L’aide au financement des pays du Sud pour les aider dans la transition climatique, qui était l’objet principal de cette conférence, ne semble pas avoir été à la hauteur des enjeux[1]. Mais cet échec est peut-être aussi en partie le résultat du recul des préoccupations environnementales dans le monde. En tout cas, l’édition 2024 de l’enquête mondiale que réalise IPSOS pour EDF dans 30 pays de cinq continents[2] sur les attitudes à l’égard du changement climatique illustre bien ce recul. Il a été général et la France ne fait pas exception. Passons en revue les principaux résultats concernant principalement la France.

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Le match croissance-environnement relancé

Tout d’abord, le changement climatique n’apparaît pas comme la première préoccupation des Français (même s’ils se sentent plus concernés que ce n’est le cas dans la plupart des autres pays occidentaux). Loin devant celui-ci se trouve le « coût de la vie (inflation, pouvoir d’achat… »), cité par 65% des Français ; viennent ensuite « le système de santé » (54%), puis « la délinquance, la criminalité » (52%). Le « changement climatique » intervient en 4e position (48%).

Mais surtout l’inquiétude manifestée par les Français à l’égard du changement climatique s’affaiblit : la proportion de ceux qui se sentent « très préoccupés » régresse assez nettement : elle est passée de 35% en 2022 à 33% en 2023, et à seulement 29% en 2024. On remarque d’ailleurs que cette proportion de personnes très inquiètes est nettement plus faible en France que dans le reste du monde (40% de très préoccupés sur la moyenne mondiale). Il faut aussi garder à l’esprit qu’un tiers des Français est climato-sceptique[3], cette proportion montant à 51% chez les sympathisants du RN.

Le recul d’une forte préoccupation à l’égard du climat se constate dans toutes les classes d’âge, y compris chez les jeunes, mais est surtout fort dans les classes d’âge intermédiaires (35-54 ans). Ce recul est également transpartisan : même les Français proches des Verts sont nettement moins fortement préoccupés par le changement climatique en 2024 qu’ils ne l’étaient en 2023 (de 62% à 49%).

Ainsi logiquement, en réponse à une question classique sur la préférence à accorder à la croissance économique ou à l’environnement, la priorité donnée à la croissance se renforce nettement (figure 1). Mais ce renforcement se produit exclusivement à droite de l’échiquier politique, tandis qu’à l’inverse la priorité donnée à l’environnement s’accroît chez les sympathisants de gauche et reste stable chez ceux du centre. On assiste donc à une polarisation politique des attitudes à l’égard de l’environnement (figure 2). Cela augure mal de la faisabilité d’un consensus politique au sujet des questions environnementales et des décisions de politique publique les concernant.

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Figure 1. Privilège accordé à la croissance ou à l’environnement en France

Source : ObsCop.

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Figure 2. Priorité donnée à l’environnement en fonction de la proximité politique

Source : ObsCop. En bleu les sympathisants de gauche, en orange ceux du centre, en gris ceux de droite

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Des réticences grandissantes à changer les modes de vie

Les Français pensent que ce sont les citoyens-consommateurs qui en font le plus pour lutter contre le changement climatique : 44% d’entre eux disent que ces citoyens-consommateurs en font « beaucoup ou assez » (devant les autorités locales, 38% et le gouvernement et les entreprises, 33% chacun). C’est peut-être pour cette raison que les Français semblent de moins en moins disposés à changer leur mode de vie pour répondre à ces risques climatiques. Ils croient de plus en plus aux effets positifs du progrès technique et des innovations. Même si elle reste de justesse majoritaire, la conviction que c’est principalement dans la modification des modes de vie que réside la solution a reculé de 13 points (passant de 64% à 51% entre 2019 et 2024) ; dans le même temps la préférence donnée « au progrès technique et aux innovations » s’est accrue de 10 points (de 16% à 26%).

Dans le détail, l’acceptation du moindre recours à l’avion (- 4 points de 2023 à 2024) et à la voiture (- 6 points) recule assez nettement. Les Français restent majoritairement hostiles aux taxes qui visent à rendre plus onéreux des comportements jugés nocifs pour le climat, comme les taxes sur les énergies fossiles ou les péages urbains à l’entrée des grandes villes. Ils rejettent aussi majoritairement des mesures contraignantes comme la limitation de l’accès aux centres-villes aux seules voitures électriques ou hybrides ou comme l’interdiction de la vente de voitures neuves à essence ou diesel d’ici quinze ans. Il faut noter que ce rejet français des taxes et des contraintes à but environnemental est nettement plus élevé que la moyenne mondiale.

Dans ce contexte de réticence croissante à l’égard des principales mesures visant à faire évoluer les modes de vie en faveur du climat, un des résultats de l’enquête, concernant les voitures électriques, est particulièrement frappant. En effet, une très forte majorité de Français (71%) est convaincue que « à cause de leurs batteries, les voitures électriques sont aussi nocives pour le climat que les voitures à essence ». Cette conviction est beaucoup plus partagée en France que dans le monde (50%).

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Par ailleurs, au sujet des mesures envisageables pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, 54% des Français se disent opposés à celle consistant à « interdire la vente de voitures neuves à essence ou diesel d’ici quinze ans » (ce pourcentage monte à 62% chez les Allemands). Or, c’est bien cette décision qu’a prise l’Union européenne en adoptant en 2023 un texte de loi interdisant la vente de voitures neuves à essence, diesel ou hybride à partir de 2035 au profit du tout électrique. Au vu de l’enquête ObsCop cette mesure est loin de convaincre les Français et son application risque de générer un fort mécontentement si le travail de conviction politique ne parvient pas à faire évoluer les opinions d’ici là.

Au regard de ces résultats qui montrent le scepticisme croissant des Français à l’égard des politiques environnementales, on peut s’étonner de voir le parti censé porter ces préoccupations, les écologistes (EELV), parler de tout ces derniers mois, sauf d’écologie. L’évolution même des attitudes de ses propres sympathisants devrait l’interroger. Certes, ces derniers restent massivement partisans de donner la priorité à l’environnement sur la croissance (à 86%). Mais un certain nombre d’autres évolutions de leurs attitudes ne devraient-elles pas l’inquiéter ? Le fait, par exemple, que le pourcentage de personnes proches d’EELV se disant « très préoccupées » par le changement climatique soit passé de 68% en 2023 à 49% en 2024 ? Le fait que le pourcentage des mêmes sympathisants convaincus de la nécessité d’un changement des modes de vie soit passé de 76% en 2023 à 65% en 2024 ? Le fait que 51% des mêmes sympathisants soient convaincus de la nocivité de la voiture électrique ?

L’enquête de l’ObsCop montre qu’un énorme travail de conviction politique est nécessaire si l’on veut faire adhérer les Français aux transformations des attitudes et des politiques dans un sens favorable au climat et à l’environnement. Manifestement les Français montrent une grande réticence à l’égard de quelques-unes des mesures-clé, et notamment de la généralisation de la voiture électrique ou de la taxe carbone. La situation budgétaire actuelle du pays est certes très préoccupante et fait passer les questions environnementales au second plan (y compris dans l’esprit des Français on l’a vu). Mais il est néanmoins curieux que le parti écologiste ne cherche pas à les remettre en mémoire, tout entier qu’il semble pris dans le pur combat politique.

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notes

[1] Un des facteurs de blocage a été l’attitude de la Chine qui refuse le cadre de financements multilatéraux. En outre, le débat est vicié par le fait que la définition des pays industrialisés et des pays en développement repose sur une liste qui a été définie en 1992 et qui n’est évidemment plus d’actualité. Ainsi, selon cette liste, la Chine et les pays du Golfe font partie des pays dits en développement. Lors de la conférence, les pays occidentaux ont demandé d’élargir la liste des Etats à qui incombe la responsabilité de la finance climatique. Mais la Chine a refusé. Par ailleurs, les pays pétrogaziers ont réussi à éviter toute mention de sortie des combustibles fossibles.

[2] https://www.edf.fr/groupe-edf/observatoire-international-climat-et-opinions-publiques

[3] La France reste néanmoins un des pays les moins climato-sceptiques ; la palme du climato-scepticisme revenant à l’Arabie Saoudite (63%), suivie de la République tchèque (51%), de l’Australie (48%), des Emirats Arabes Unis (47%), du Nigéria et des États-Unis (44%).

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Olivier Galland Sociologue, directeur de recherche au CNRS

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