Réutiliser les eaux usées pour irriguer, bientôt une réalité ?
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Le projet, porté par l’association Biovallée, butte sur plusieurs obstacles, notamment réglementaires et financiers…
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Cela fait cinq ans déjà que l’association Biovallée, dans le cadre du contrat « Territoires d’innovation », porte un projet de réutilisation des eaux usées, qui consiste à récupérer l’eau à la sortie des stations d’épuration pour la réutiliser, au lieu de la rejeter dans le milieu aquatique. L’idée étant de récupérer l’eau et de la stocker, pour l’utiliser pour l’irrigation, au moment où l’eau vient à manquer. Après une première étude en 2020, un premier rapport d’étape en 2023 a identifié trois sites à « fort potentiel » : les stations d’épuration d’Allex, de Crest et de Luc-en-Diois.
Un an plus tard, le 14 janvier dernier, l’association a réuni de nouveau tous les acteurs impliqués dans une potentielle réutilisation de leurs eaux usées. Étaient présents, outre les président et vice-président de Biovallée, Jérôme Mellet, le maire de Luc-en-Diois, Jean Serret, président de la communauté de communes du Val de Drôme (CCVD), Véronique Simonin, sous-préfète de Die, Christophe Lemercier, 1er adjoint à la mairie de Crest, ainsi que des représentants du Département, des services de l’État, de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée ou des syndicats des eaux. À noter que, curieusement, il n’y avait pas de représentants des agriculteurs.
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RIGUEUR BUDGÉTAIRE
Une grande partie de la matinée fut consacrée à faire le tour des différents sites potentiels, notamment en tenant compte de la faisabilité, du coût total et, surtout, du montant à financer pour pouvoir proposer un prix de l’eau abordable. Ainsi a-t-on compris que le projet de Luc-en-Diois était sans doute le plus opportun, ne serait-ce que d’un point de vue pratique. Mais aussi que pour que cela soit intéressant, il fallait que ces projets soient tous subventionnés à hauteur de 80 %.
Une réalité qui a donné lieu à une scène parlante, bien symptomatique de ces temps de rigueurs budgétaires. Ainsi, à la fin de la présentation, Jean Serret a-t-il salué le travail des ingénieurs et dit sa conviction de voir le projet enfin aboutir, saluant le travail « remarquable » de Jérôme Veauvy, pépiniériste et référent « réut’ » (réutilisation, NDLR) à l’association Biovallée. Un enthousiasme salué et partagé par la sous-préfète, qui a insisté sur le fait que l’État souhaitait voir ce type d’initiatives aboutir, faisant écho à la prise de parole favorable du représentant de la Direction départementale des territoires (DDT). Le maire de Luc-en-Diois a alors demandé : « Et donc maintenant, qu’estce qu’on fait ? » Ce qui a provoqué un petit flottement, qui s’est vite transformé en malaise quand Jérôme Veauvy, l’initiateur du projet, s’en est pris carrément à l’Agence de l’eau, qui refuse de financer ces projets en raison de l’absence de substitution de l’eau : « On ne se comprend pas. Bien sûr qu’il y a de la substitution ! On ne peut pas avancer avec un tel discours. »
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À L’ARMOIRE ?
Réponse (un poil lassée) du représentant de l’Agence de l’eau : « Nous pouvons accompagner des projets qui permettent de laisser suffisamment d’eau dans la rivière. Or là, en période d’étiage, on est sur le même niveau de prélèvement. Il n’y a pas de gain pour les milieux aquatiques. » Interpellés pour savoir si le Département suivrait, en termes de financement, ses représentants ont habilement botté en touche. De quoi inspirer à Jérôme Veauvy cette réflexion : « Le “On fait quoi maintenant“, c’est fondamental. Parce que sinon il va se passer quoi ? Ça va finir dans l’armoire. »
Face à cette question, somme toute fondamentale, tous les acteurs ont promis de se revoir très vite, d’ici trois semaines, un mois. On saura à ce moment-là si, oui ou non, la Drôme sera un territoire pilote pour la réutilisation des eaux usées. Et qui paiera la note.
Blandine Flipo
Article publié dans Le Crestois du 7 février 2025
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