Fraude aux eaux minérales Nestlé : «C’est une affaire d’Etat dans laquelle des lobbys industriels contournent la réglementation»
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Pour Antoinette Guhl, sénatrice écologiste de Paris et vice-présidente de la commission d’enquête sénatoriale en cours, les dernières révélations du «Monde» et de Radio France laissent entendre que le scandale des eaux en bouteille est remonté jusqu’à la présidence de la République.

Le scandale des eaux en bouteille de Nestlé Waters éclabousse jusqu’au sommet de l’Etat. D’après de nouvelles révélations du Monde et de Radio France, la filiale du groupe suisse, qui détient notamment les marques Vittel et Perrier, a exercé son lobbying, non seulement auprès de divers ministères, mais aussi auprès de l’Elysée.
Pour rappel, Nestlé Waters est accusé d’avoir vendu des bouteilles d’eau présentées comme «minérales» et «naturelles», traitées avec des techniques de purification interdites pour ces catégories. Pendant au moins trois ans (entre 2021 et 2023), des consommateurs ont été trompés en payant à prix d’or pour de l’eau équivalente à celle du robinet.
La sénatrice de Paris Antoinette Guhl, membre du parti les Ecologistes, est à l’origine d’un premier rapport sur les «politiques publiques en matière de contrôle des traitements des eaux minérales naturelles et de source» remis en octobre et est actuellement vice-présidente de la commission d’enquête sénatoriale en cours sur l’industrie de l’eau en bouteille. Elle estime que ce scandale sanitaire pourrait changer d’ampleur avec ces nouvelles informations.
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Que nous apprennent les dernières révélations ?
On savait déjà que le gouvernement avait choisi de ne pas arrêter la production, ni même la mise en vente sous l’appellation «minérale naturelle» des eaux en bouteille Nestlé. Dans le cadre de la mission d’information, nous savions déjà que le cabinet de la Première ministre [à l’époque Elisabeth Borne, ndlr] était investi dans cette affaire. Ce que l’on découvre aujourd’hui, avec cette enquête, c’est que l’Elysée était informé et donc que tout cela remonte jusqu’au président de la République. C’est important : cela veut dire que c’est une affaire d’Etat où, en réalité, nous avons des lobbys industriels qui contournent la réglementation et qui demandent qu’on la modifie.
Ce qu’on savait aussi, c’est qu’il y avait un problème sanitaire et pas uniquement un problème de tromperie commerciale, ce qui est déjà très grave. Le risque a non seulement été pris de laisser tromper le consommateur, mais aussi de laisser les citoyens face à un risque sanitaire, puisqu’il y avait un risque virologique qui n’était pas exclu. Et cela, alors que neuf milliards de litres d’eau en bouteilles sont consommés par an. La Première ministre ou son cabinet ont validé cela, mais c’est donc aussi monté jusqu’à l’Elysée. Et ça, c’est absolument scandaleux.
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Le sénateur du groupe socialiste écologique et républicain Alexandre Ouizille, également rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur le sujet, a déclaré ce mardi 4 février sur France Info qu’il comptait «auditionner du côté de l’Elysée et de Matignon pour aller au bout de la vérité». Quelles suites voyez-vous à cette affaire ?
Dès mercredi, au Sénat, je poserai une question au gouvernement au nom du groupe écologiste sur ce sujet. Nous voulons savoir qui dirige : les intérêts des grandes entreprises ou le gouvernement qui fait prévaloir l’intérêt général sur toute autre forme d’intérêt ? De son côté, la commission doit auditionner des conseillers pour savoir jusqu’où ce scandale est allé. Il faudra bien comprendre la réalité de l’ampleur du scandale. Est-ce que l’autorisation donnée à Nestlé de continuer à produire a été validée par l’Elysée ?
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