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« La seule voix discordante à l’adoubement de Donald Trump est venue d’une femme, Mariann Edgar Budde, évêque épiscopalienne de Washington ».

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Anne Soupa, théologienne et  Sylvaine Landrivon, théologienne

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Les théologiennes Sylvaine Landrivon et Anne Soupa apportent, dans une tribune au « Monde », leur soutien à l’évêque qui a interpellé le président américain lors d’un office : « L’intervention de cette femme et son courage sont une lueur d’espoir face au monde impitoyable sur lequel Trump veut refonder l’Amérique. »

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Mariann Edgar Budde, évêque épiscopalienne de Washington, le 21 janvier 2025 à Washington (Etats-Unis)

 Mariann Edgar Budde, évêque épiscopalienne de Washington, le 21 janvier 2025 à Washington

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Dans cette folle semaine de « l’intronisation » de Donald Trump au Capitole, la seule voix officielle discordante à cet adoubement de la force brute vient d’une femme : Mariann Edgar Budde, évêque épiscopalienne de Washington. En effet, Donald Trump a inauguré son mandat en assénant des décrets contre les minorités sexuelles, les immigrés, la diplomatie climatique…

Dans le même temps, il gracie les émeutiers du 6 janvier 2021 et soutient les plus intransigeants colons israéliens. Son ami et partenaire Elon Musk reproduit, intentionnellement ou non, le salut nazi devant les caméras du monde entier, et le parlementaire Andy Ogles propose d’acquérir le Groenland en se vantant d’être un « prédateur dominant »

Devant l’avalanche de ces outrances et de cette brutalité assumée, le monde politique semble avoir plongé la tête dans le sable attendant des jours meilleurs, et l’opinion publique mondiale assiste, hébétée, à cette légitimation qu’on pressent inéluctable, de la loi du plus fort. Il a fallu attendre le prêche de l’évêque Mariann Edgar Budde [prononcé lors d’une messe à la cathédrale nationale de Washington, mardi 21 janvier, au lendemain de l’investiture] pour faire entendre à Donald Trump [présent au premier rang lors de l’office] que l’Evangile appelle à la miséricorde, cette si belle ouverture du cœur au malheur d’autrui.

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Lueur d’espoir

L’intervention de cette femme et son courage sont une lueur d’espoir face au monde impitoyable sur lequel Trump veut refonder l’Amérique de ses rêves, quitte à dépouiller le reste du monde. Or, quand se réveillent le goût de la puissance au nom d’un certain ordre social et le choix de la prospérité d’une caste au détriment des autres, il faut que des voix s’élèvent pour résister. Surtout si celui qui dirige affirme détenir son pouvoir de « la main providentielle de Dieu ».

En 1932, ce fut le pasteur allemand Dietrich Bonhoeffer qui, le premier, dénonça la mégalomanie et les exactions d’Hitler. Au prix de sa vie, il a lutté contre le fascisme et a notamment rappelé « le devoir inconditionnel de l’Eglise envers les victimes de tous les systèmes sociaux, même s’ils n’appartiennent pas à la communauté des chrétiens ». Il fut entendu trop tard.

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Aujourd’hui, une femme ose réagir devant un parterre de nantis arrivés aux commandes de l’un des plus puissants pays du monde. Mariann Edgar Budde s’adresse à celui qui a déjà stigmatisé les personnes LGBTQIA+, déclarant, comme s’il s’agissait pour lui d’une priorité absolue, ne reconnaître que « deux sexes, masculin et féminin ». Elle, s’inquiète : « Au nom de notre Dieu, je vous demande d’avoir pitié des gens de notre pays qui ont peur maintenant. Il y a des enfants gays, lesbiens et transgenres dans des familles démocratiques, républicaines et indépendantes. Certains qui craignent pour leur vie. »

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« Pas les bons papiers »

Mariann Edgar Budde, elle, met en évidence la nécessaire fraternité-sororité entre tous les humains d’où qu’ils viennent, aussi bien pour le respect de l’Evangile que pour l’épanouissement d’un pays, sans discrimination des communautés les plus précaires. Elle rappelle que ces plus « petits », « ces gens qui cultivent nos terres, qui nettoient nos immeubles, (…) qui travaillent de nuit dans les hôpitaux… (…) n’ont peut-être pas les bons papiers, mais la grande majorité des immigrants ne sont pas des criminels ». Elle plaide pour eux en disant : « Ils paient leurs impôts et sont de bons voisins. »

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Ainsi, l’évêque épiscopalienne honore sa charge en exhortant Donald Trump à la miséricorde. L’Evangile autant que l’histoire nous ont appris qu’ériger en programme politique la division entre les hommes et les femmes, les bons et les méchants – le président américain a d’ailleurs traité plus tard Mariann Edgar Budde de « méchante », le lendemain sur la plateforme Truth Social –, feindre de croire que la liberté de l’un peut ignorer la liberté de l’autre, flatter les instincts humains les plus primaires, c’est, à terme, conduire à la guerre.

Faut-il rappeler à un Etat qui fait jurer son représentant sur la Bible que ce texte, dans lequel nos sociétés sécularisées ont puisé leurs valeurs, appelle à la paix et à l’unité du genre humain ? Face à cette menace, revers pour la démocratie au profit d’une oligarchie hypnotisée par sa puissance, nous, baptisées, apportons notre soutien inconditionnel à Mariann Edgar Budde, et à toutes celles et tous ceux qui fondent la société sur le droit, en particulier sur les droits humains. Nous espérons que nos Eglises, nos compatriotes uniront leurs voix à la sienne pour faire preuve de lucidité et de courage.

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Sylvaine Landrivon et Anne Soupa sont théologiennes et membres du Comité de la jupe, mouvement féministe catholique dont elles sont respectivement coprésidente et présidente d’honneur. Elles sont autrices d’un ouvrage commun, Marie telle que vous ne l’avez jamais vue (Salvator, 2024).

Anne Soupa (théologienne) et Sylvaine Landrivon (théologienne) avec APPIS

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