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Obésité
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L’obésité et le surpoids continuent leur progression dans le monde, 60 % des adultes et un tiers des enfants seront concernés en 2050 si rien ne change

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Une étude publiée, mardi, dans « The Lancet » alerte sur l’amplification de la pandémie d’obésité et de surpoids, si rien n’est fait pour inverser la tendance. La hausse toucherait particulièrement l’Asie et l’Afrique.

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  Mathilde Gérard

  04 mars 2025

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Sans action politique vigoureuse, environ 60 % des adultes et un tiers des enfants et adolescents dans le monde seront en situation de surpoids ou d’obésité en 2050, selon des projections publiées, mardi 4 mars, dans la revue médicale britannique The Lancet. Issues de travaux du Global Burden of Disease, un programme mondial de recherche en épidémiologie coordonné par l’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) à Seattle, aux Etats-Unis, ces évaluations alertent sur l’amplification à venir de ce fardeau sanitaire.

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L’obésité – définie dans les études statistiques par un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 30 chez l’adulte – et le surpoids – IMC supérieur à 25 – sont associés à un risque accru de nombreuses pathologies (diabète de type 2, maladies cardiaques, hypertension artérielle, cancers…) et représentent déjà la cinquième cause de décès dans le monde.

La prévalence du surpoids et de l’obésité a plus que doublé en trente ans, touchant 2,1 milliards d’adultes et près de 500 millions d’enfants et d’adolescents en 2021. L’obésité, à elle seule, affecte plus d’un milliard d’individus selon des données publiées en 2024 dans The Lancet. Dans certains Etats d’Océanie, du Moyen-Orient ou d’Afrique du Nord, la prévalence atteint des sommets : l’obésité touche plus de 70 % des femmes des îles Tonga et pourrait grimper à plus de 87 % en 2050. Les projections sont tout aussi inquiétantes pour l’Egypte qui afficherait le même taux chez les femmes au milieu du siècle. Parmi les pays les plus riches, les Etats-Unis enregistrent, aujourd’hui, la plus forte prévalence de l’obésité, à près de la moitié de la population.

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Mais c’est en Asie et en Afrique subsaharienne que les progressions les plus fortes devraient être enregistrées dans les prochaines décennies. En Chine, le surpoids et l’obésité ont déjà progressé d’environ 150 % en trente ans et continueront à grimper pour affecter près des deux tiers de la population en 2050. Des régions historiquement très touchées par la sous-alimentation verront fortement croître la prévalence de l’obésité et du surpoids. Au Nigeria, le nombre d’adultes en surpoids ou en obésité devrait ainsi tripler d’ici à 2050, ce qui en ferait le quatrième pays le plus touché en nombre absolu à cet horizon. Ces prévisions ont été établies en combinant plus d’un millier de sources de données renseignant des évolutions historiques et actuelles par pays avec des projections socio-démographiques jusqu’en 2050.

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« Echec monumental de nos sociétés »

Les causes de ces évolutions sont connues : les changements de régime alimentaire, liés notamment à l’urbanisation, le développement de l’alimentation transformée au détriment des produits frais, la consommation accrue de sucre, d’huile et de produits d’origine animale dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, et la sédentarisation. Pour Emmanuela Gakidou, première autrice de l’étude et professeure à l’université de Washington, « cette pandémie sans précédent de surpoids et d’obésité représente un échec monumental de nos sociétés ». Car ces pathologies, qui affectent fortement la qualité de vie et la santé des individus touchés, sont en grande partie évitables.

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De fortes hausses attendues d’ici à 2050 en Asie et en Afrique

De fortes hausses attendues d’ici à 2050 en Asie et en Afrique

La prévalence du surpoids et de l’obésité est un indicateur épidémiologique qui mesure la proportion d’une population donnée présentant un excès de poids à un moment donné.

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Parmi les tendances particulièrement alarmantes établies par ces nouvelles données : la progression de l’obésité chez les enfants et les adolescents devrait être plus rapide que celle du surpoids. Plusieurs pays sont déjà touchés par cette transition d’une prédominance du surpoids vers une prédominance de l’obésité, notamment les petites îles d’Océanie, mais aussi le Nigeria, l’Inde, le Brésil ou les Etats-Unis. En 2050, la prévalence de l’obésité chez les garçons de 5 à 14 ans devrait ainsi dépasser celle du surpoids (respectivement 16,5 % contre 12,9 %).

Autre évolution préoccupante : les projections suggèrent que, en 2050, un quart des adultes en situation d’obésité seront âgés de plus de 65 ans. Sachant que l’obésité est un facteur de risque pour une vingtaine de pathologies associées, pour la plupart chroniques, cette tendance chez les individus plus âgés risque de placer encore plus sous tension des systèmes de santé exsangues, en particulier dans les pays à faibles revenus.

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Forte dimension sociale

En France, la dernière grande étude anthropométrique remonte à 2016 – la cohorte Constances, plus de 50 000 participants inclus, avait alors établi l’obésité à un peu plus de 15 % de la population adulte. Une autre enquête conduite par la Ligue contre l’obésité, en 2021, avait conclu à une obésité et un surpoids affectant 47,3 % des adultes (dont 17 % pour l’obésité), mais celle-ci était uniquement déclarative. Si les données manquent pour évaluer précisément les tendances françaises, les études convergent, en revanche, sur la forte dimension sociale de l’obésité, appelant à des politiques ciblées en faveur des catégories les plus défavorisées.

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Pour enrayer cette spirale mondiale, les auteurs de l’IHME appellent les Etats à se doter en urgence de plans d’action pour la période 2025-2030. Alors que l’obésité et l’insuffisance pondérale sont bien les deux visages d’un même fardeau, celui de la malnutrition, des politiques de prévention peuvent participer à la lutte contre ces deux extrêmes. « Dans les pays à revenus faibles et intermédiaires, il faut répondre autant aux enjeux de surnutrition que de sous-nutrition, avec des interventions allant de la promotion de régimes équilibrés et de programmes de santé maternelle et infantile à l’encadrement de l’alimentation ultratransformée, souligne Jessica Kerr, coautrice de l’étude, du Murdoch Children’s Research Institute à Parkville, en Australie. Beaucoup de pays n’ont qu’une courte fenêtre d’opportunité pour agir. »

Les politiques de prévention en matière de santé publique connaissent pourtant des revers. Si les Etats-Unis réfléchissent à un étiquetage nutritionnel obligatoire sur les emballages alimentaires – une proposition en ce sens a été formulée par la Food and Drug Administration, mi-janvier, juste avant l’investiture de Donald Trump –, l’Union européenne, elle, vient de tourner le dos à un logo harmonisé entre les Vingt-Sept. L’adoption d’une étiquette nutritionnelle figurait parmi les engagements de la Commission européenne en 2020 pour une alimentation saine et durable, mais face à l’hostilité farouche de l’Italie au Nutri-Score, le principal système déployé dans plusieurs pays européens, les commissaires ont tergiversé, puis renoncé à toute initiative sur le sujet. Dans la « vision pour l’agriculture et l’alimentation » présentée le 19 février par la Commission, qui détaille la feuille de route des prochaines années, il n’en est fait aucune mention.

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Mathilde Gérard à suivre sur Le Monde

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