Un personnage «maléfique» et «humain»: comment Benito Mussolini a séduit autant d’Italiens
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Le fascisme est une notion politique capitale du XXe siècle et continue de faire débat dans nos sociétés actuelles. À l’occasion de la sortie d’une série télévisée italienne sur la vie du Duce, il en est justement question.
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Depuis le début du mois de janvier, la chaîne italienne Sky diffuse une série biographique en huit épisodes, consacrée à la vie du dictateur italien Benito Mussolini, intitulée Mussolini: Son of the Century et réalisée par Joe Wright. À cette occasion, pour le quotidien britannique The Independent, le journaliste Craig McLean s’est rendu sur le tournage de la série, à Rome.
Il y a rencontré les membres de l’équipe ayant participé à ce projet et a eu l’occasion de les interroger sur la vie de Benito Mussolini, cherchant à comprendre pourquoi celui qui a dirigé l’Italie de 1922 à 1945 a pu séduire tant de personnes, malgré les bains de sang et la répression.
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Par ailleurs, la sortie de cette série est particulièrement évocatrice au regard du contexte politique italien actuel. Le pays est dirigé par Giorgia Meloni, présidente du parti national-conservateur Fratelli d’Italia, tandis que, partout ailleurs en Europe, sa famille politique gagne du terrain. Et comment ne pas évoquer le salut nazi d’Elon Musk lors de son discours à l’investiture de Donald Trump, lundi 20 janvier? Pour ceux qui ont travaillé sur cette série, c’est l’opportunité de montrer ce qu’a été le fascisme en Italie, tout en cherchant à explorer la psychologie du mouvement.
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«Montrer toute la violence du fascisme»
«Nous devions montrer toute la violence du fascisme, mais aussi le grand pouvoir de séduction de Mussolini sur les gens», explique Antonio Scurati, dont le livre M. L’Enfant du siècle (M. Il figlio del secolo), publié en 2018 en Italie puis en 2020 en France, a servi de base pour le scénario de la série. «Mussolini devait donc être un personnage profondément maléfique, mais en même temps humain et semblable à nous, poursuit l’écrivain italien. Parce que si vous réduisez Benito Mussolini à un simple personnage diabolique ou si vous en faites un type comique, vous passez à côté de ce qu’il était vraiment. Il est les deux à la fois. Il parle à notre conscience profonde, à nos peurs, à nos désirs. Et en même temps, c’est un dictateur violent et craint.»
Pour le réalisateur britannique de la série, Joe Wright (Orgueil et Préjugés, Les Heures sombres), l’objectif n’était pas de convaincre les partisans fascistes des horreurs commises sous la dictature du Duce. «Nous n’allons jamais détourner un fasciste de ses convictions avec cette série, estime-t-il. Je ne voulais pas m’adresser uniquement aux convaincus. J’avais envie de parler à des personnes qui n’avaient pas forcément réfléchi à ces questions ou qui n’ont pas encore pris de position. Et cela concerne particulièrement un public plus jeune. Il était essentiel pour moi de les atteindre.»
Pour espérer atteindre un public jeune, justement, Joe Wright s’est entouré du musicien Tom Rowlands, plus connu comme étant un des membres du duo anglais de musique électronique The Chemical Brothers. Dans la série, la musique joue un rôle clé, en accompagnant l’histoire violente du fascisme en Italie, là où les images seules ne suffisent parfois plus à raconter l’ampleur des événements.
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De la nécessité de définir le fascisme
Selon le journaliste Craig McLean, la série finit par dépeindre Benito Mussolini comme un maniaque meurtrier, montrant comment il n’a éprouvé aucun scrupule à éliminer ses adversaires pour transformer l’Italie en un État fasciste. Cependant, elle prend également le parti de présenter l’homme derrière le dictateur, dans une tentative honnête d’humaniser l’inhumain.
«Il y a beaucoup de moments théâtraux dans la série, parce que Mussolini, c’était aussi cela», raconte Luca Marinelli, l’acteur principal de la série, qui incarne le rôle de Benito Mussolini. Les monologues, dans lesquels Luca Marinelli s’adresse directement à la caméra, créent un sentiment d’intimité entre le public et le dictateur italien, nous dit le journaliste de The Independent.
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Inévitablement, les parallèles avec la période politique actuelle pullulent. La série, qui s’ouvre sur un monologue de Mussolini, évoque, par moments, l’imaginaire trumpien. «Il arrive toujours un moment où un peuple perdu se tourne vers des idées simples», déclare le Duce, avant de clamer: «Il suffit de trouver les bons mots, des mots simples et directs, le bon regard, le bon ton.» Des caractéristiques qui figurent précisément parmi les grandes forces politiques de Donald Trump.
Pour Joe Wright, tout l’enjeu résidait dans le défi de définir ce qu’est réellement le fascisme, un terme souvent galvaudé. «Il nous incombe de véritablement comprendre ce mot, ainsi que de saisir les similitudes entre les gouvernements d’extrême droite actuels et ce monde passé», indique le réalisateur. La sortie de la série coïncide avec un moment politique particulièrement sombre pour les valeurs progressistes. Il est difficile d’ignorer ce constat.
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Léo Pierre
26 janvier 2025

