Pesticides : l’ensemble des substances ont des effets néfastes sur la biodiversité
.

D’après la communauté scientifique, cela ne fait désormais aucun doute : les pesticides ont des effets néfastes chez tous les types d’organismes non-cibles (ceux contre qui ils n’ont pas été conçus au départ). Une méta-analyse (1) d’une équipe internationale de chercheurs (dont un de l’Institut national de recherche agronomique) en atteste dans une étude publiée le 13 février dans la revue Nature Communications.
Les auteurs ont compilé 1 705 études relatant l’impact de 417 substances insecticides, fongicides ou herbicides sur 830 espèces ou 129 groupes d’organismes non-cibles (comprenant animaux, plantes, bactéries et champignons). Les études analysées proviennent des quatre coins du monde et relèvent d’expériences de terrain ou en laboratoire, en zones tempérées ou tropicales, en milieux terrestres ou aquatiques. Un peu plus de 20 000 effets des substances en question ont été recensés, que ce soit sur la croissance des organismes, leur reproductivité, leurs « biomarqueurs » (ou activités métaboliques) ou leurs comportements (pour ce qui est des animaux).
.
Un impact systématique
« Tous les insecticides, fongicides et herbicides ont des effets délétères à grande échelle sur tous les groupes d’organismes non-cibles identifiés, résument les chercheurs. Ces substances amenuisent systématiquement la croissance et la reproductivité chez tous les groupes taxonomiques, provoquent des réponses comportementales anormales chez les animaux et perturbent de nombreuses finalités métaboliques ou physiologiques. » Et ce, même quand la substance en question ne vise pas le même groupe taxonomique, à l’instar de la nocivité de certains néonicotinoïdes (visant des insectes bien spécifiques comme certaines espèces de charançon) sur des amphibiens.
En outre, les chercheurs n’ont trouvé aucune différence statistique notable entre types de pesticides ou leur nature (synthétique, minérale ou biogénique) ou entre des substances plus ou moins récentes. « Il n’y a que très peu d’indications sur le fait que l’impact environnemental négatif des pesticides sur la biodiversité en général aurait été réduit par le développement et l’autorisation de substances ou formulations nouvelles. » Les études prises en compte ne permettent cependant pas d’évaluer les effets cumulés ou « cocktail » de certaines substances ensemble, lesquels « ont le potentiel d’entraîner de plus larges perturbations sur le fonctionnement des écosystèmes ».
Les chercheurs invitent ainsi les pouvoirs publics à non seulement réduire l’utilisation des pesticides mais également à instaurer des évaluations après-autorisation sur leurs effets envers la biodiversité. « Le faible coût économique des pesticides (…) rend l’adoption de pratiques agricoles plus durables moins attractives financièrement pour les agriculteurs, leur préférant l’usage de pesticides de manière préventive. [Mais il] ne compense pas leurs coûts cachés pour la vie sauvage et les écosystèmes. »
.
https://www.nature.com/articles/s41467-025-56732-x
Félix Gouty, journaliste; Rédacteur spécialisé; Reproduction établissant un lien préformaté [45721] / utilisation du flux d’actualité.