Discriminations au travail : l’alerte de la Défenseure des droits
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La Défenseure des droits, Claire Hédon, a souligné l’augmentation massive des discriminations, dans l’emploi notamment, lors de la présentation ce mardi du rapport 2024.
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La Défenseure des droits, Claire Hédon, dénonce un discours « préoccupant » qui fait apparaître les droits comme des « obstacles et des contraintes ».
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Alain Ruello
Une augmentation massive dans un contexte délétère qui pousse à la résignation. En présentant ce mardi le rapport annuel 2024 de l’autorité qu’elle dirige, la Défenseure des droits, Claire Hédon, n’a pas caché son inquiétude face à l’ampleur des cas de discriminations en France, et malgré une baisse, paradoxale, du nombre de réclamations des victimes.
« Je suis inquiète de cette fragilisation des droits et des libertés avec un discours préoccupant sur les droits, en les faisant apparaître comme des obstacles et des contraintes », a déclaré Claire Hédon en introduction, choisissant ensuite de mettre l’accent, notamment, sur le sujet des discriminations. « L’ampleur de ce phénomène m’effraie, à la mesure du non-recours en la matière, et pourtant des solutions existent », a-t-elle pointé.
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Au-delà de 50 ans
Origine, handicap, âge, sexe, santé, lieu de résidence… les critères de discriminations sont connus. Leurs effets aussi, en matière de logement, d’accès ou encore dans le monde professionnel (près d’une réclamation sur deux en 2024). Dans ce dernier domaine, ils se font particulièrement sentir chez les seniors, au-delà de 50 ans, aussi bien en termes de maintien que d’accès à l’emploi, comme l’a montré le dernier baromètre du Défenseur des droits publié en décembre.
« En matière de discrimination, l’intention n’est pas essentielle. Ce qui compte, c’est le fait. Même si vous pensez avoir raison de ne pas embaucher des personnes de plus de 60 ans, cela demeure une discrimination […] Ce n’est pas parce que vous avez 58 ans que vous voulez prendre votre retraite dans les deux ans qui viennent au point qu’on peut vous refuser une promotion ou une formation », a rappelé George Pau-Langevin, adjointe en charge de la lutte contre les discriminations et de la promotion de l’égalité.
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Développer la médiation
Au-delà du seul domaine de l’emploi, « toutes les enquêtes, qu’elles émanent du ministère de l’Intérieur, de l’Union européenne, de l’Insee ou les nôtres avec le baromètre OIT, montrent une augmentation des discriminations […] Nous n’avons pas de doute sur l’aggravation de la situation », a insisté Claire Hédon. Sauf qu’elle ne se reflète pas dans les saisines du Défenseur (en baisse de 15 %) ou devant les tribunaux, la faute à la peur des représailles, à un doute sur l’utilité de la démarche, à une méconnaissance des droits ou un manque de possibilité de recours collectifs.
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« C’est pour cela qu’on développe la médiation qui résout les problèmes plus rapidement », a-t-elle plaidé, tout en mettant les pouvoirs publics devant leurs responsabilités. Ce fléau doit compter parmi les priorités de l’action de l’Etat dont l’approche se fait trop souvent « en silo ».
« La non-discrimination comme objectif politique a largement disparu du débat public et des discours des décideurs, qui préfèrent parler de diversité, de lutte contre les discours de haine. Mais ces enjeux, aussi importants soient-ils, ne peuvent se substituer à la lutte contre les discriminations », a ajouté Claire Hédon. Et de pointer que nombre des mesures, bienvenues, du plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine, présentées par Elisabeth Borne début 2023, n’ont toujours pas abouti.
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Les chiffres clés
5.579 RECLAMATIONS en matière de discriminations auprès du Défenseur des droits en 2024
-15 % le recul par rapport à 2023
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Alain Ruello à suivre sur Lesechos : https://www.lesechos.fr/