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Poème contre les assassins ( Titre MCD )

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Elle s’avançait

Ô, oui, si jolie, cette si jeune infirmière,

là, tellement belle avec son sourire pur,

courageuse, secourant les blessés, toujours,

toujours, elle courait pour panser leurs plâtres vives,

vingt ans, agenouillée pour essuyer les larmes,

Encore, parlant avec bonté à chacun.

Il y a eu ce jour, où, avec sa blouse blanche,

plus visible que tout autre, elle s’avançait,

accomplissant son devoir de soins, s’avançait,

le lait d’amande de la peau de son visage,

sous le soleil, qui dansait, au dessus de tous,

les branches des oliviers bruissaient de vents chauds,

grillons et cigales n’osaient même vibrer,

elle s’avançait, car son travail l’exigeait,

il fallait secourir, donc, elle s’avançait.

L’odeur d’un figuier parcourait ses souvenirs,

elle avançait, il n’y avait pourtant pas d’arbre.

Loin, les barbelés hurlaient, le blessé si proche,

ce sans blessé arme, alors, elle s’avançait.

de la dignité pure, simple, de son âge,

et de son besoin d’aider, elle s’avançait,

sa blouse d’infirmière propre, si visible,

nul, ne pouvait ignorer cette pureté,

si blanche, nul, n’aurait osé lui faire mal,

si blanche, nul, n’aurait commis la moindre faute,

si blanche, nul n’aurait osé s’en prendre à elle,

si pure, si pure, si pure, s’avançait.

Elle s’avançait. Nul n’aurait osé. Personne.

Sauf ce sniper, personne, sauf lui, oui, sauf lui,

de si loin, lui le sniper si bien à l’abri.

Rien ne pouvait l’atteindre, le sniper, non, rien.

Même le sens de l’honneur ne pouvait l’atteindre.

Il a pris son temps admirant son beau visage,

parcourant son corps avec un plaisir pervers,

a pris son temps, dans son viseur, bien à l’abri,

a appuyé, tout doucement, bien à l’abri,

faisant reculer la détente, lentement,

doucement, il a vidé l’air de ses poumons,

puis a pressé, plus fort encore, pour voir, là,

dans son viseur, sa proie, sa si douce victime,

s’effondrer.

Elle, oui, elle, se nommait Razan al Najjar.

Lui, je continuerai à ignorer son nom.

Elle, oui, elle, se nommait Razan al Najjar.

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Fabrice Selingant

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