Géorgie: arrestation d’un deuxième leader de l’opposition en une semaine
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En Géorgie, un des principaux opposants politique, Nika Mélia, a été arrêté, au soir du 29 mai. C’est le second opposant de premier plan emprisonné en une semaine. Les deux hommes ont en commun d’avoir refusé de se présenter pour témoigner devant une commission parlementaire créée pour enquêter sur les prétendus crimes du pouvoir précédent. Ce qui est dénoncé comme les signes d’une dérive dictatoriale par les opposants au parti au pouvoir, le Rêve Géorgien, s’inscrit dans un changement de cap géopolitique. Le pays revenant dans le giron russe et rompant tous ses liens avec l’Occident.
.30/05/2025

Régis Genté
En Géorgie, c’est le Second politicien de premier rang arrêté en une semaine. Cette fois, c’est Nika Mélia, ex-patron du principal parti d’opposition, le Mouvement national uni, et homme clé de la « Coalition pour le changement », qui a été appréhendé ce 29 mai au soir. Ce 30 mai, il était convoqué devant un tribunal de Tbilissi après son refus de se présenter devant la Commission parlementaire créée pour enquêter sur les prétendus crimes du régime précédent, celui de l’ancien président très pro-occidental Mikheïl Saakachvili.
Une Commission présentée par le pouvoir en référence au tribunal de Nuremberg, contre le régime nazi allemand, mais dénoncé par les opposants et les organisations de la société civile comme une mascarade destinée à éliminer toute opposition pro-occidentale. Bidzina Ivanichvili, le milliardaire et homme fort de la Géorgie depuis 2012, ainsi que ses hommes dans le gouvernement, ont promis à plusieurs reprises de faire interdire les partis d’opposition. Et ce dans un contexte où des Géorgiens manifestent chaque jour depuis plus de six mois contre la dérive prorusse et dictatoriale du parti au pouvoir.
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Salomé Zourabichvili, présidente «légitime» de la Géorgie: «Notre existence même est très liée à l’avenir ukrainien»
En marge des funérailles du pape François à Rome, plusieurs rencontres diplomatiques ont eu lieu. La plus commentée a été celle entre les présidents américain et ukrainien, Donald Trump et Volodymyr Zelensky. En Géorgie, voisine de la Russie, l’opposition proeuropéenne suit attentivement ces échanges. Elle estime que les élections législatives de novembre 2024 qui ont donné vainqueur le parti prorusse «Rêve Géorgien» ont été volées, sous influence de Moscou. La présidente géorgienne Salomé Zourabichvili a quitté le palais présidentiel, sans toutefois démissionner, et poursuit ses rencontres en Europe, tout en misant aussi sur la diplomatie vaticane.
29/04/2025
Vous êtes venue exprès pour les obsèques du pape François, ici à Rome ?
Salomé Zourabichvili: Absolument. Parce que le pape François avait une relation particulière avec l’Église orthodoxe de Géorgie, avec le patriarche de Géorgie. J’étais venue en visite officielle et les contacts et les liens ont été très renforcés à ce moment-là, et j’estimais que c’était ma place de venir rendre hommage.
Donc une place particulière aussi dans le contexte actuel, puisqu’en Géorgie, la situation est très tendue ?
Salomé Zourabichvili: Très tendue et on a besoin justement de renforcer tous les liens. Donc, je profite aussi de cette visite pour avoir des rencontres politiques au Parlement et des interviews.
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Avec l’Église catholique en particulier, donc avec le pape François, il y avait cette proximité effectivement d’actions diplomatiques au niveau de la Géorgie, des choses ont pu avancer ou non ?
Salomé Zourabichvili: Il n’était pas intervenu sur ce plan-là, mais il était venu en Géorgie et il était très attaché au fait que les relations entre l’Église orthodoxe et l’Église catholique soient aussi avancées que possible. Mais nous avons vu que sur le plan de la diplomatie, les choses se sont davantage avancées pour l’Ukraine et j’espère que nous allons voir dans les jours qui viennent le résultat de probablement son inspiration.
Qu’est-ce que vous attendriez du prochain pape pour la Géorgie, en particulier dans ce type de relations diplomatiques ?
Salomé Zourabichvili: Le plus important, c’est justement de ne pas être isolé, ce qui est la politique aujourd’hui du régime prorusse en place, qui cherche à complètement couper tous les liens de la Géorgie avec ses partenaires européens, que ce soit sur le plan religieux ou sur le plan politique. Donc, c’est très important de maintenir ces liens et de les renforcer. Et j’espère qu’avec le prochain pape également, il sera possible de continuer ce travail.
Vous continuez donc à travailler en diplomatie en tout cas ?
Salomé Zourabichvili: Diplomatie à l’extérieur et à l’intérieur du pays pour essayer de coordonner davantage les forces politiques de l’opposition, de façon à ce que l’alternative politique soit là et soit présente pour le moment où nous allons pouvoir retrouver notre avenir européen.
Le président américain Donald Trump était présent aux funérailles du pape François, le président ukrainien Volodymyr Zelensky aussi. Vous-même, vous étiez présente. Est-ce que vous avez pu échanger en marge de ces funérailles ?
Salomé Zourabichvili: À cette occasion, je crois que le moment était un moment ukrainien. Ce n’était pas un moment géorgien. Mais je suis très heureuse que le moment ukrainien se soit produit et que les rencontres du président Zelensky non seulement avec le président Trump, mais avec le président Macron, avec Giorgia Meloni, avec le Premier ministre britannique. Tout cela était très important. Vous savez que notre avenir, notre existence même est très liée à l’avenir ukrainien. Et donc tout ce qui progresse pour l’Ukraine est pour nous une raison d’espérer davantage.
Et donc le rôle de l’Église catholique doit continuer dans ce sens ?
Salomé Zourabichvili: Oui, ce n’est pas un rôle direct en ce sens. C’est une inspiration. Le moment a été utilisé et c’est quelque chose dont tout le monde peut se féliciter.
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Régis Genté