
Des pesticides tueurs d’abeilles bientôt réautorisés ? : « indigne » dénonce Marie-Charlotte Garin
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20 mai 2025
Nathan Chaize
Les députés examineront la semaine prochaine un texte visant notamment à réintroduire des insecticides destructeurs pour la biodiversité. La députée écologiste de Lyon, Marie-Charlotte Garin dénonce un texte « indigne ».
Les parlementaires vont-ils réautoriser l’utilisation d’un pesticide tueur d’abeilles, l’acétamipride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes ? Interdit depuis 2018, ce produit dont les effets néfastes sur la biodiversité, et particulièrement sur les abeilles, sont documentés, pourrait-être de nouveau autorisé temporairement pour « lever les contraintes » pesant sur les agriculteurs.
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« Un rapport complètement trumpiste à la science »
C’est en tout cas ce que prétend faire le texte de loi, porté par le sénateur les Républicains, Laurent Duplomb (par ailleurs ex-président FNSEA de la chambre d’agriculture de Haute-Loire) qui sera examiné par l’Assemblée nationale le 27 mai. « On est dans une régression sans précédent et dans un rapport complètement trumpiste à la science, c’est indigne« , dénonce auprès de Lyon Capitale la députée écologiste Marie-Charlotte Garin.
Élue dans la 3e circonscription du Rhône, elle rappelle que « la science a prouvé la toxicité sur la santé et sur la biodiversité » des néonicotinoïdes, et dénonce un « coup de communication du gouvernement qui n’a aucune vraie solution pour les agriculteurs« . « S’il n’y a pas de biodiversité, il n’y a pas d’agriculture. Après demain, c’est fini pour nos agriculteurs si l’on s’engage sur cette voie« , poursuit Marie-Charlotte Garin.
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Que dit la science sur l’acétamipride ?
La littérature scientifique a démontré que l’acétamipride favorise les problèmes de neuro-développement chez les foetus. Il pourrait également favoriser l’apparition de cancers du foie, de la thyroïde et des testicules.
Par ailleurs, s’il ne tue pas directement les abeilles comme le glyphosate, il perturbe leur comportement, altère leur travail de pollinisation et met donc en danger les survie des ruches, comme l’ont démontré plusieurs études de l’Inrae.
Les défenseurs de cette mesure pointent de leur côté la « concurrence déloyale » à laquelle font face les agriculteurs français, puisque plusieurs pays de l’Union européenne autorisent encore les néonicotinoïdes. « Le Parlement européen doit faire son travail mais quand il s’agit de la santé des gens, la règle d’or ne doit pas être de niveler vers le bas, mais être le plus ambitieux possible pour entrainer les autres. Il ne faut pas attendre que l’Europe bouge » répond la députée du Rhône.
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« Tout se jouera en commission mixte paritaire
La proposition de loi vise également à attribuer un caractère « d’intérêt général majeur » aux retenues d’eau, notamment les mégabassines, qui permettrait de mettre en oeuvre plus facilement des dérogations environnementales pour ce type d’installations. L’article a été supprimé en commission développement durable où les rapports de force jouent en faveur des écologistes, mais Marie-Charlotte Garin se fait peu d’illusions : « Ça devrait être réintroduit en séance. » La députée défend sur ce point aussi une « approche systémique« . « Nous sommes pour une gestion concertée de l’eau, avec des pratiques sobres » défend-elle.
Des manifestations organisées par la FNSEA ont eu lieu lundi 19 mai dans plusieurs régions de France pour dénoncer le détricotage du texte par la commission développement durable, et notamment la suppression de l’article autorisant le stockage de l’eau. Les rapports de force à l’Assemblée devraient néanmoins jouer en défaveur des écologistes. « Ça va être compliqué. Nous notre rôle est de faire un travail d’amendement conséquent pour défendre nos positions. Mais tout se jouera en commission mixte paritaire« , prévient Marie-Charlotte Garin.
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20 mai 2025
Nathan Chaize
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Communiqué de presse de Marie Pochon : Fin de l’examen de la proposition de loi “Duplomb” en commission
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Marie Pochon
Paris, 16 mai 2025
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Ce vendredi 16 mai, la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale a adopté la proposition de loi visant à lever les entraves au métier d’agriculteur, dite “Duplomb”. Ce texte est une véritable bombe à retardement pour la santé publique et la biodiversité.
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Loin des avancées obtenues en Commission du Développement durable la semaine dernière, le texte issu de la Commission des Affaires économiques constitue une attaque frontale inédite contre la science, contre la santé, contre la biodiversité, contre la sécurité alimentaire. Alors que les populations de pollinisateurs s’effondrent de 80 %, il menace directement les cultures qui en dépendent. Le retour des néonicotinoïdes, soutenu par les groupes EPR, DR, Horizons, UDR et RN contre l’avis de 83% des Français, représente aussi un danger pour la santé humaine, notamment des enfants, avec des substances neurotoxiques comme l’acétamipride.
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Pour Marie Pochon, “il faut arrêter de raconter que ce texte changera en mieux quoique ce soit à la vie des agriculteurs, qu’il les libérera des contraintes, quand il est en fait une menace pour des filières toute entières, et pour notre capacité à produire demain, en enfermant notre agriculture dans la dépendance aux pesticides. Comment ce texte peut-il lever les entraves, quand tous nos amendements sur le revenu ont été jugés irrecevables ? Avec mon groupe Écologiste et Social, nous continuerons d’affirmer notre soutien à la science, au cap de santé humaine que nos politiques publiques devraient toujours fixer, et à une agriculture à taille humaine, rémunératrice, résiliente, autonome et qui nous permette de produire demain. Ce sera notre position lors de l’examen du texte en séance à partir du 26 mai.” Le groupe Écologiste et Social tiendra une conférence de presse mardi 20 mai à 16h30. Vous pouvez vous inscrire sur ce formulaire.
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En parallèle de l’examen du texte, Marie Pochon était dans la Drôme pour aller à la rencontre d’acteurs, comme la plateforme TAB, une ferme expérimentale de 20 hectares qui associe de nombreuses structures de recherche pour trouver des alternatives agroécologiques et limiter l’usage d’intrants. Elle s’est également rendue au verger circulaire de Gotheron dans le nord Drôme, un projet de l’INRAE dont le but est de produire des fruits dans un système sans pesticides et à très bas intrants. Depuis 2018, sur 1,5ha, tout y est piloté pour une parfaite interaction entre biodiversité et cultures. C’est un projet inspirant, qui permet de faire avancer la recherche pour mesurer à la fois les performances agronomiques et environnementales. Ce type de projet est essentiel pour réduire drastiquement notre dépendance aux intrants, réduire ainsi les coûts de production, et permettre une plus grande résilience de notre agriculture.
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Marie Pochon
Paris, 16 mai 2025
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La loi agricole, signe d’une nouvelle ligne de crête pour Agnès Pannier-Runacher ?
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La ministre de la Transition écologique qui s’oppose à la réautorisation de l’acétamipride a fustigé la « prise d’otage » de l’opposition sur ce texte.
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L’une vient d’une famille chez qui on est encarté à droite depuis des décennies, l’autre s’est révélée en moine soldat du macronisme. Plutôt opposées sur le papier, la LR Annie Genevard et Agnès Pannier-Runacher, membre de Renaissance, sont forcées de se croiser de par les fonctions qu’elles occupent dans leurs ministères respectifs : l’Agriculture pour la première, la Transition écologique pour la seconde. Après des débuts difficiles, l’arrivée de la loi pour « lever les entraves » au métier d’agriculteur ce lundi 26 mai à l’Assemblée, semble marquer une nouvelle étape de la relation entre les deux ministres. Plus fluide ?
Certes Annie Genevard défend de pied ferme le projet de loi, qui transporte dans ses cartons la réautorisation de l’acétamipride, un néonicotinoïde controversé, auquel sa consœur de l’Hôtel de Roquelaure est opposée. « C’est dommage d’ouvrir cette porte à la réautorisation, parce qu’on perd tout notre élan d’investissement dans des alternatives », a ainsi regretté Agnès Pannier-Runacher, ce dimanche sur franceinfo, mais estimant toutefois que le Sénat a « verrouillé fortement cette utilisation ».
Et Agnès Pannier-Runacher, de s’arroger le point, ou au moins un demi-point, sur le travail transpartisan, grâce notamment à son engagement sur la rédaction, avec les sénateurs, de certains articles, désormais « équilibrés ». Citant notamment le stockage de l’eau. La victoire peut apparaître un peu maigre quand elle n’obtiendra pas gain de cause sur l’acétamipride ? Elle est toutefois mentionnée par Annie Genevard qui assure dans le JDD « que nombre d’articles de ce texte ont été travaillés, avec le Sénat, par le ministère de l’Agriculture et par le ministère de la Transition écologique ».
Les LR sont déterminés à sauver le texte coûte que coûte, et Annie Genevard a pu compter ce week-end sur la célérité du député LR Julien Dive qui a annoncé le dépôt d’une motion de rejet. Une tactique qui, si c’est la motion est adoptée, permettra de renvoyer directement le texte en commission mixte paritaire, sans débat. Et tant pis si l’acétamipride interrogeait d’autres macronistes. Agnès Pannier-Runacher soutient-elle la manœuvre ? Oui, la ministre préférant tacler « l’obstruction » et la « prise d’otages » des Écologistes et des insoumis, à qui elle impute l’impossibilité du débat, tout comme Annie Genevard.
« Clientélisme », « populisme », « rédaction problématique », tançait Agnès Pannier-Runacher en février…
La manifestation d’un redoux printanier entre les deux ministres après des températures glaciales de l’hiver ? « Clientélisme », « populisme », « rédaction problématique », tançait Agnès Pannier-Runacher en février auprès de Ouest-France, sur le projet de loi d’orientation agricole. Remontée contre les discours anti-normes, la ministre avait dans son viseur : la dépénalisation de certaines atteintes « non intentionnelles » à la biodiversité, mais aussi les dérogations sur l’objectif de zéro artificialisation nette des sols auxquels Annie Genevard avait ouvert la porte.
Et la macroniste de premier plan d’établir un cordon sanitaire avec ses homologues LR : « Le gouvernement auquel j’appartiens aujourd’hui est une coalition, pas une alliance. Il y a des sujets sur lesquels je ne partage rien de ce que portent mes collègues ». Elle citait notamment la régularisation des travailleurs sans papiers.
À l’époque du projet de loi d’orientation agricole, François Bayrou devait absolument arriver au Salon de l’agriculture avec une besace pleine. Surtout, le Premier ministre a pris ses fonctions après Michel Barnier dans un contexte de tensions à l’égard des agents de l’Office français de la biodiversité.
« Laurent Wauquiez lamentable »
Fustigés par la droite – Laurent Wauquiez allant jusqu’à demander la suppression pure et simple de l’office – ses agents s’étaient retrouvés également sous le feu du locataire de Matignon dans son discours de politique générale. Charge ensuite à Agnès Pannier-Runacher, relativement esseulée alors, de monter au créneau pour défendre ses troupes et temporiser la colère des syndicats. Tout en les enjoignant au « port d’arme discret », pour « calmer le jeu ».
Dans cet hiver sous tensions, la ministre de la Transition écologique ne s’était pas privée de juger « très mauvaise », la suppression de tous les crédits de l’agence bio, alors même qu’Annie Genevard la trouvait « intéressante et même tout à fait pertinente ». Quatre mois plus tard, son ministère n’a pas annoncé de suppression, la ministre ayant changé d’avis, mais il a tout de même été annoncé un rabotage de 15 millions d’euros des budgets de l’agence et du fonds Avenir bio. Entre d’autres marqueurs de temporisation sont apparus : en avril, c’est ensemble qu’Annie Genevard et Agnès Pannier-Runacher ont présenté les 10 mesures pour apaiser les relations entre l’OFB et les agriculteurs.
Très impliquée ces dernières semaines sur les ZFE, la ministre de la Transition semble aussi avoir pris un peu le large en se consacrant aussi à ses dossiers de la mer et de la pêche. Lundi Agnès Pannier-Runacher accompagnera François Bayrou à Saint-Nazaire à un comité interministériel de la mer (CIMer) avant de défendre l’océan et les populations qui en vivent lors de la 3e conférence de l’ONU à Nice du 9 au 13 juin. Loin des alizés droitières qu’elle fustigeait au début de l’année ?
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