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« Les pesticides nous tuent » : ces apiculteurs détournent des panneaux pour protester contre la loi Duplomb

Les apiculteurs recouvrent le panneau de la commune de La Côte Saint-André (Isère).

Les apiculteurs recouvrent le panneau de la commune de La Côte Saint-André (Isère).
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Olivia Boisson et Jean-Christophe Pain

25/06/2025 

En Isère, les apiculteurs se mobilisent sans relâche contre la proposition de loi Duplomb. Ce texte, qui vise à « lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur » en autorisant à nouveau l’utilisation d’un pesticide, sera examiné en commission mixte paritaire à partir du 30 juin.

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« Les pesticides nous tuent. C’est plus clair comme ça ? », peut-on lire sur certains panneaux routiers. Ce mercredi 25 juin, plusieurs apiculteurs isérois collent ce message, notamment sur le panneau de la commune de La Côte-Saint-André, située dans la plaine de Bièvre, « une zone intensive au niveau agricole avec énormément de production et énormément d’usage de pesticides« , explique Éric Tarpin. Pour cet apiculteur qui a décidé de retirer ses ruchers de ce territoire, la possible réintroduction de « produits nocifs et redoutables est un mauvais signal« .

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On n’a pas envie de vendre notre miel avec des poisons dedans. Eric Tarpin, apiculteur à Commelle

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En effet, une proposition de loi prévoit de réintroduire l’acétamipride par dérogation pour certaines filières (la betterave à sucre, notamment).

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Le possible retour de ce pesticide de la famille des néonicotinoïdes, interdits en France depuis 2018 mais autorisés en Europe jusqu’en 2033, inquiète vivement les professionnels affirmant que l’acétamipride « attaque le système nerveux de l’abeille« . « C’est une vie compliquée qui s’offre à nous« , souffle Nicolas Guintini, « cette molécule est très dangereuse pour les abeilles, la faune aquatique, les humains« .

L’apiculteur affirme que ce pesticide menace les colonies, désorientant les abeilles qui n’arrivent plus à revenir à la ruche. « L’acétamipride se retrouve dans l’air et dans l’eau« , poursuit l’apiculteur, « c’est un toxique puissant et systémique« .

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Rejetée par l’Assemblée nationale en mai dernier, la loi Duplomb sera examinée à partir du 30 juin en commission mixte paritaire.

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“C’est une loi très dangereuse pour le monde agricole lui-même” : pourquoi des apiculteurs s’opposent à la loi Duplomb

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Alors que la loi Duplomb vient d’être rejetée par l’Assemblée nationale, le débat continue entre les agriculteurs. La question de la réautorisation de la molécule acétamipride, un néonicotinoïde interdit en France, divise. Les apiculteurs en particulier redoutent cet insecticide tueur d’abeilles et de biodiversité selon eux.

À Sembadel, en Haute-Loire, Isabelle ne décolère pas contre le sénateur de son département, Laurent Duplomb, à l’origine de la proposition de loi. Un des articles clés du texte veut faciliter l’accès aux produits phytosanitaires pour les agriculteurs. Isabelle Coudert, présidente du syndicat d’apiculture de Haute-Loire, indique : “L’acétamipride est un pesticide rémanent : il pénètre dans le sol et il va se retrouver non seulement sur les fleurs que vont butiner les abeilles mais il va aussi se retrouver dans les rivières, dans l’eau. Il est qualifié de dangereux pour les abeilles puisque ça agit sur leur système nerveux. Cela ne les tue pas directement mais ça les empêche de retrouver leur ruche. Elles sont dehors et désorientées. Si elles ne retrouvent pas leur ruche, elles meurent”.

Une question qui divise

Pour elle, réautoriser la molécule en France alors qu’elle est interdite depuis 2018 est un retour en arrière incompréhensible. Même en Auvergne, région moins concernée par les cultures intensives de betteraves ou d’arbres fruitiers, ces filières qui disent avoir  besoin des pesticides, le sujet divise. Julien Raymond, coporte-parole de la Confédération paysanne, souligne : “C’est une loi très dangereuse pour le monde agricole lui-même. C’est une régression de la qualité de nos produits. Il s’agit de produire toujours plus pour qu’on nous paie toujours moins. C’est absolument scandaleux”.  (…)

Pour Isabelle, le bras de fer entre les apiculteurs et les agriculteurs ne fait que commencer. Elle compte sur les consommateurs pour faire les bons choix.

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« Ils attaquent le système nerveux de l’abeille » : la possible réintroduction de pesticides interdits inquiète les apiculteurs

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Interdits depuis 2018, les néonicotinoïdes pourraient bientôt faire leur retour en France. Adoptée par le Sénat, une proposition de loi qui vise à les réintroduire est examinée en commission à l’Assemblée nationale. Ce pesticide, qui « attaque le système nerveux de l’abeille », inquiète vivement les apiculteurs.

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« Pourquoi en sommes-nous là ? J’ai un peu de mal à l’expliquer, très sincèrement », avoue le député écologiste Jérémie Iordanoff. Le vice-président de l’Assemblée nationale et député de la 5e circonscription de l’Isère, s’est rendu, ce mercredi 14 mai, à la rencontre d’apiculteurs inquiets. En cause : le possible retour d’un pesticide de la famille des néonicotinoïdes, interdits en France depuis 2018, mais autorisés en Europe jusqu’en 2033.  

« Ce genre de culture ne doit plus exister »

« Les néonicotinoïdes sont très mauvais que ce soit pour la santé ou pour la biodiversité« , lâche Loïc Thomas, un apiculteur isérois pour qui « ce genre de culture ne doit plus exister« . Pourtant, une proposition de loi, « visant à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur« , prévoit de réintroduire l’acétamipride par dérogation pour certaines filières (la betterave à sucre, notamment). « Si on l’autorise à nouveau pour un certain type de culture, il est à peu près évident que les autres la demanderont également« , craint l’apiculteur. 

Porté par le sénateur LR Laurent Duplomb, le texte a été voté par le Sénat. Il a ensuite été examiné en commission du développement durable à l’Assemblée nationale, puis en commission des affaires économiques. Il devrait être soumis au vote fin mai. « Je constate depuis quelques années, que dans le débat public, la question environnementale est très en retrait« , regrette le député isérois.

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On oppose l’agriculture à l’environnement.  Jérémie Iordanoff, vice-président de l’Assemblée nationale et député de la 5e circonscription de l’Isère

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« On a tendance à vouloir supprimer toute norme environnementale sans se préoccuper des effets sur notre santé, sur les insectes et sur certaines professions« , affirme-t-il, évoquant « un débat caricatural ». 

« Une collusion d’intérêts » dénoncée par le député isérois

« Un syndicat, la FNSEA maîtrise beaucoup de chambres d’agriculture« , poursuit le vice-président de l’Assemblée nationale. « Il y a une collusion d’intérêts entre ceux qui vendent les produits phytosanitaires et les très grands agriculteurs« , affirme-t-il.

Cette collusion est très forte et pèse sur les politiques publiques au niveau des ministères depuis très longtemps en France.  Jérémie Iordanoff, vice-président de l’Assemblée nationale et député de la 5e circonscription de l’Isère

« Nous l’avons vu pendant la crise des agriculteurs, ce sont ces gens-là qui ont réussi à avoir gain de cause dans le débat alors qu’ils n’apportent aucune solution structurelle sur le revenu, à terme, de nos agriculteurs« , constate Jérémie Iordanoff, dénonçant « une hypocrisie totale du gouvernement« . 

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Les effets dévastateurs des néonicotinoïdes

« Les néonicotinoïdes attaquent le système nerveux de l’abeille, ce qui va la désorienter et la rendra incapable de revenir à la ruche« , explique Bernard Magaud, président du syndicat apicole dauphinois. « Elle va sortir, aller butiner et ne trouvera plus sa route, va errer jusqu’à mourir d’épuisement« , précise-t-il, évoquant un « danger« .

La ruche s’affaiblit de plus en plus et disparaît, décimée par des virus.  Bernard Magaud, président du syndicat apicole dauphinois

« Il faut arrêter avec ce modèle industriel de l’alimentation« , conclut Jérémie Iordanoff. Pour lui, le possible retour de ce pesticide est un « signal dramatique concernant les questions environnementales« . Les députés se prononceront sur la loi Duplomb avant la fin du mois de mai et les apiculteurs envisagent de manifester afin de sensibiliser l’opinion publique.

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Olivia Boisson et Jean-Christophe Pain à suivre sur FR3

25/06/2025 

 

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