Le gouvernement estime qu’il y a trop de fonctionnaires: « C’est un mythe », s’agace la fonction publique
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Émilie Agnoux : “Trop de fonctionnaires, vraiment ? L’histoire bégaye à nouveau”
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Émilie Agnoux
Cofondatrice du think tank Le Sens du service public, Émilie Agnoux revient dans cette tribune sur la question des effectifs publics, sujet de retour sur le devant de la scène après l’annonce du creusement du déficit public. “Il aura suffi de quelques annonces alarmistes pour réveiller les vieux démons. L’histoire bégaye, à nouveau”, souligne-t-elle.
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Nous pensions que la rengaine du “trop de fonctionnaires” était derrière nous, mais nous avons pêché par excès d’optimisme. Il aura suffi de quelques annonces alarmistes sur le déficit de la France pour réveiller les vieux démons. L’histoire bégaye, à nouveau. Elle se répète à l’identique, ou presque. Et c’est précisément ce “presque” qu’il nous faut analyser.
Trop de fonctionnaires ? C’est exactement le titre du livre de l’historien Émilien Ruiz, qui dévoile la profondeur historique de cette “obsession”… au moins aussi vieille que l’édification de l’État moderne et de son administration au cours du XIXe siècle ! État moderne qui a vu s’épanouir progressivement, et dans le même temps, le modèle des services publics à la française, que nous voyons aujourd’hui menacé.
Notons néanmoins la pointe d’originalité dans les dernières prises de position : il ne s’agirait plus de couper aveuglément dans les effectifs, mais uniquement dans les postes administratifs, “l’administration administrante”, supposée inutile, improductive et coûteuse, sans jamais en préciser le périmètre. L’administration, pour eux, comme pour la majorité des citoyen(ne)s, est une nébuleuse difficile à appréhender, dont on ne perçoit qu’une infime partie de l’activité.
La priorité ne devrait pas être de faire des économies aléatoires, mais bien d’améliorer la qualité des services publics.
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Pour le ministre de l’Economie Eric Lombard, il y a trop de fonctionnaires en France. Et il est essentiel d' »engager la baisse du nombre de fonctionnaires » pour faire des économies, alors que l’Insee recensait fin 2023, 5,8 millions d’agents dans la fonction publique fin 2023, soit 61.900 agents de plus qu’en 2022.
De son côté, la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin veut « revoir cette tendance » tout en rejetant « le rabot aveugle ».
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Mais les principaux intéressés ne l’entendent pas de cette oreille. Revoir ministère par ministère les besoins de recrutement et les augmentations salariales, Natacha Pommet, secrétaire générale de la Fédération CGT des service publics a une impression de déjà vu: « Depuis plus de 30 ans il y a un fonctionnaire-bashing. Ou il faut nous geler nos salaires, ou réduire le nombre de postes ».
Et quand le ministre évoque l’utilisation de l’intelligence artificielle pour réduire le nombre de fonctionnaire, elle s’insurge: « On a besoin d’un être humain en face de nous. On le voit que ça nous agace quand on appelle les opérateurs téléphoniques ou autres. Les services publics, ça ne peut pas être ça, on ne gère pas de l’humain avec de l’intelligence artificielle », estime Natacha Pommet.
Des recrutements à l’hôpital?
« C’est un des mythes contemporains de notre pays, une controverse qui a lieu de manière récurrente », abonde sur RMC Story Emilie Agnoux, fonctionnaire territoriale et co-fondatrice du collectif « Le sens du service public ». « Face à l’impasse politique et budgétaire on nous ressert cette vieille recette, malheureusement ce n’est pas une solution pour le problème actuel ».
Et si l’on recense près de 62.000 fonctionnaires de plus, cette augmentation est « portée par la fonction publique hospitalière, les besoins sociaux et les attentes de la population », assure la fonctionnaire territoriale. « Et on est même très loin des besoins », prévient-elle.
« On va faire des choix dans l’urgence avec des impacts à court et moyen terme importants, mais avec le risque que les économies budgétaires ne soient pas à la hauteur de celles escomptées », ajoute Emilie Agnoux.
La ministre des comptes publics Amélie de Montchalin dit de son côté attendre de chaque ministère des propositions « sincères, responsables, crédibles et à la hauteur de l’enjeu ».
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