Plus de 40 reculs environnementaux en 6 mois : l’échec de l’écologie à la française ?
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27 juin 2025
En 2023, Emmanuel Macron vantait « l’écologie à la française » comme un axe majeur de sa politique. Deux ans après, les déconvenues s’accumulent, que ce soit sur le climat ou la biodiversité. Les ONG ont fait le compte, c’est mon rétroviseur de la semaine, il n’est pas brillant pour le gouvernement.
- Célia Quilleret, journaliste Environnement à France Inter
Tout s’est accéléré brutalement, ces six derniers mois. Ce sont les ONG qui l’ont remarqué cette semaine, elles ont tout épluché, les votes au parlement, les décisions ministérielles, et elles ont fait le calcul, plus de 43 reculs sont à déplorer depuis le début de l’année.
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Sous prétexte de simplification, ou par peur de braquer une partie de la population, le gouvernement multiplie les pas en arrière.
Un triste record quand on voit les vagues de chaleur que nous traversons. Anne Bringault, du Réseau action climat le dit, « ces reculs se décident contre la volonté des Français, ils vont impacter leur pouvoir d’achat, les emplois, la santé, c’est la population qui va payer les pots cassés ».
Ces 37 ONG, France Nature Environnement, Greenpeace, Oxfam… appellent les politiques à « se réemparer de l’intérêt général », preuve d’une lassitude largement ressentie.
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Et dans le détail, quels sont ces pas en arrière ?
Le plus marquant pour moi, c’est l’abandon des zones à faible émission, un dispositif imaginé par la convention citoyenne pour le climat pour réduire les émissions et améliorer la qualité de l’air des grandes villes.
On aurait pu espérer mieux respirer c’est raté. La ministre Agnès Pannier-Runacher le déplore, mais la droite a eu raison de ces ZFE.
Or les Républicains et le RN ne sont pas les seuls responsables, le gouvernement a lui-même supprimé des aides pour la voiture électrique, le vélo, suspendu le dispositif « Ma prime renov ». Il traîne des pieds sur la stratégie énergétique et n’hésite pas à soutenir les modes d’élevage industriels.
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Mais pourtant, Emmanuel Macron est très attaché à son concept d’ « écologie à la française », le pari est raté ?
C’est une bonne question qui me taraude depuis plusieurs mois. « Le quinquennat sera écologique ou ne sera pas », on a envie d’y croire quand Emmanuel Macron prononce de grands discours en faveur d’une meilleure protection de l’environnement.
En septembre 2023, il promet une « écologie à la française basée sur la science, une écologie de progrès qui n’est ni le déni ni la cure qui consiste à dire ça va être un massacre.
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Plus récemment à Douai en juin, il a qualifié cette « écologie à la française » de « politique volontariste qui réconcilie l’écologie et l’économie »;
tout cela sur le papier c’est plutôt fédérateur mais en réalité la ligne de crête du « et en même temps » n’est pas facile à tenir car l’Elysée est poussé à ralentir par le poids de la droite et de l’extrême droite dans le paysage politique… Et finalement il y a un écart manifeste entre les discours et les actes.
Idem sur l’océan, le président a endossé à Nice un costume plutôt séduisant de protecteur de la mer, avec cette phrase par exemple « les abysses ne sont pas à vendre », mais quand il s’agit de mieux protéger nos littoraux de la pêche au chalut ou des navires industriels, il n’y a plus personne.
A la barre le capitaine affronte de vents contraires, le cap n’est plus très clair.
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Et dans votre viseur ?
Et bien comme les politiques reculent, les résistances se crispent…
Dimanche, près de 50 rassemblements sont prévus contre la loi Duplomb qui veut réautoriser les néonicotinoïdes, ces insecticides tueurs d’abeille. La commission mixte paritaire est la semaine prochaine. Les députés ont reçu 180.000 interpellations de citoyens selon la Fondation pour la nature et l’homme qui parle d’un moment historique…
Et le week-end suivant sera un nouveau moment de lutte pour les opposants à l’A69, on l’espère pas trop violent… Car si l’écologie peut être un sujet de débat, un objet d’opposition, ce serait dommage que ce bel enjeu devienne un terrain de déchirements peu fructueux, allez on espère que les débats prochains autour du budget, des municipales gagneront en hauteur de vue, on peut espérer un nouveau récit, celui d’une transition avant tout positive pour le climat et notre santé !
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