Suppression des Zones à Faibles Émissions : qui a eu la peau des zones à faibles émissions ?
Les députés Rassemblement national et LFinsoumis ont crié victoire après l’adoption d’un article prévoyant d’abroger cette mesure qui limitait la circulation des véhicules polluants. La macronie dénonce une «alliance».
:quality(70):focal(3108x3604:3118x3614)/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/liberation/LN2QQ4SWNNE53LOMC72PXFNZLM.jpg)
Les effets de la qualité de l’air sur la santé
Les impacts de la pollution de l’air sur la santé sont connus. Ils peuvent être immédiats ou à long terme. La pollution de l’air peut être à l’origine, ou aggraver, des maladies respiratoires (asthme, cancer du poumon, etc.) ou cardiovasculaires (infractus, accidents vasculaires cérébraux, arythmies, etc.).
.
En France, plus de 40 000 décès prématurés sont ainsi imputables chaque année aux particules fines, et 7000 décès imputables aux oxydes d’azote.
.
Des valeurs limites réglementaires, c’est-à-dire des teneurs dans l’air à ne pas dépasser en vue de protéger la santé humaine, sont donc fixées pour les principaux polluants. Compte tenu des recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), ces valeurs sont en cours de révision au niveau européen et devraient être significativement abaissées dans les prochaines années.
.
«Victoire.» Après l’adoption par l’Assemblée nationale de la suppression des zones à faibles émissions, dans la soirée du 28 mai, le mot a été brandi – et même répété quatre fois d’affilée dans un tweet – par Alexandre Jardin, autoproclamé «chef de file» de l’opposition aux fameuses «ZFE». Mais l’écrivain n’est pas le seul à avoir ce mot à la bouche. Depuis mercredi soir, aussi bien les élus d’extrême droite que de La France insoumise (LFI) tiennent ce même discours.
A l’image de Marine Le Pen, cheffe des députés Rassemblement national (RN), qui «crie victoire», depuis la Nouvelle-Calédonie où elle est en déplacement, et vante «un acquis du Rassemblement national». En visite dans le Gard, le patron du RN, Jordan Bardella, a applaudi «une victoire du Rassemblement national». Le mot «victoire» figure également dans le tweet publié, en direct des bancs de l’Assemblée, par leur allié Eric Ciotti.
.
De leur côté, les parlementaires insoumis ont diffusé un communiqué saluant une «victoire» contre «ce dispositif injuste». Sur X, la députée Clémence Guetté a même qualifié cette «victoire» de «grande».
Bref, ces groupes qui siègent pourtant aux deux extrémités de l’hémicycle semblent unir leurs voix pour se réjouir d’avoir eu la peau des ZFE qui, pour rappel, consistent à restreindre la circulation des véhicules les plus polluants dans certaines agglomérations. Une unanimité dans les réactions qui fait dire à Sylvain Maillard, élu macroniste, «qu’il y a une alliance objective entre LFI et le Rassemblement national».
Amendements identiques RN-LR
«On a voté tard», a aussi commenté, sur France Info, le député de Paris. Il était précisément 22 h 40, une veille de pont de l’Ascension, lorsque les résultats du scrutin sont tombés. Moins d’un tiers des députés ont pris part au vote sur l’article prévoyant l’abrogation des ZFE, qui a récolté 98 voix pour et 51 contre. Dans le détail, tous les parlementaires du RN présents (soit 56 sur les 123 membres du groupe) ont voté pour, de même que leurs alliés de l’UDR (4 sur 16). Les 27 députés LFI présents (sur le total de 71 élus) se sont prononcés pour, à l’inverse du reste de la gauche, les écologistes et socialistes s’étant mobilisés contre.
Mais aux voix de l’extrême droite et des insoumis se sont ajoutées celles de Droite républicaine, qui était représentée par seulement six parlementaires lors du scrutin (sur les 49 élus que compte le groupe). Au centre de l’hémicycle, le seul député Liot présent (sur un total de 23 membres) s’est aussi prononcé pour. Les quatre «pour» restants émanent de députés du socle commun (trois Ensemble pour la République et un Horizons) qui n’ont pas suivi la ligne du gouvernement, défavorable à cette mesure.
.
:quality(70)/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/liberation/O7JLWAPP3NCRLL4EW6LW2772LU.png)
Le vote sur l’article s’est tenu dans le cadre des débats sur le projet de loi dit «de simplification de la vie économique». Absent du texte initialement, l’article en question (le 15 ter) avait été introduit par le biais d’amendements adoptés en commission. De fait, le 26 mars, la commission spéciale chargée d’étudier le texte avait voté deux amendements identiques – l’un émanant du LR Ian Boucard, l’autre porté par le RN Pierre Meurin – qui proposaient de supprimer les ZFE. La disposition avait donc été ajoutée à la nouvelle mouture du texte, le vote par scrutin public (où chaque député est appelé avant de donner sa position à voix haute) s’étant soldé par 26 voix pour, sur les 37 suffrages exprimés.
Par cet amendement, le RN s’inscrivait dans la droite lignée d’une proposition de loi déposée en 2022 qui visait déjà à supprimer les zones à faibles émissions, jugées «liberticides et socialement injustes».
.
Vote «anti-écolo» contre les ZFE à l’Assemblée : l’argument social a bon dos
Mercredi, après le scrutin à l’Assemblée validant le vote de la commission, Pierre Meurin n’a d’ailleurs pas manqué de mettre en avant sa contribution, en tweetant : «Cette victoire, c’est mon amendement.» Ses collègues du RN avaient soutenu les amendements de suppression en commission, logiquement suivis sur ce vote par Les Républicains, mais aussi par une poignée d’élus issus du centre ou des rangs macronistes. A ce moment-là, le groupe LFI se montrait néanmoins plus réservé, avec l’abstention de leurs membres Claire Lejeune, Manon Meunier, Sandrine Nosbé et Anne Stambach-Terrenoir. Ce qui ne les a pas empêchées, de retour dans l’hémicycle, de se prononcer en faveur de l’article débattu mercredi.
.
La France insoumise mobilisée dès 2019
Interrogé par BFMTV sur le soutien apporté par les insoumis à une mesure défendue par la droite et, plus encore, l’extrême droite, Sylvain Carrière a fait valoir : «On a une position cohérente depuis 2019, qui est de s’opposer aux ZFE tant qu’il n’existe pas d’alternative [par le développement massif des transports en commun, ndlr].» Et le député LFI héraultais d’avancer : «Au moment du vote en 2019, le seul parti politique qui s’est opposé à la mise en place des ZFE, c’est La France insoumise.» Un argument figurant aussi dans le communiqué relayé par les parlementaires du groupe depuis le vote de mercredi.
Lorsqu’il avait été question d’inscrire dans la loi la possibilité de définir des zones à faibles émissions, avec la loi d’orientation des mobilités (LOM) déposée fin 2018, et finalement promulguée fin 2019, le groupe LFI à l’Assemblée avait été le seul à déposer des amendements visant à contrer ce tout nouveau dispositif. «Nous demandons la suppression de l’article et protestons contre une mesure plus anti-pauvres qu’écologique», écrivaient alors les députés insoumis. Pour leur part, les élus RN (alors au nombre de huit, soit pas assez pour former un groupe) s’étaient juste abstenus lors du vote sur la LOM.
.
Puis, en 2022, le parti de Jean-Luc Mélenchon avait exigé un «moratoire» sur les ZFE «dans leur forme actuelle». En 2023, Sylvain Carrière avait ensuite été à l’origine d’une proposition de loi qui ambitionnait de «conditionner les ZFE à des offres alternatives en transports en commun satisfaisantes». C’est pour s’inscrire dans la continuité de ces positions passées que les LFI ont consenti à s’aligner, mercredi, sur un article issu de la droite et l’extrême droite.
Devenue centrale dans l’examen du projet de loi «simplification», la disposition n’y avait pourtant pas forcément sa place. Il pourrait s’agir d’un cavalier législatif, soit une mesure qui, parce qu’elle s’éloigne trop du contenu du texte initial, est menacée de censure par le Conseil constitutionnel. En outre, le vote sur l’article 15 ter devra être entériné par l’adoption du texte dans son ensemble, dont l’examen est pour l’instant suspendu et doit reprendre à la mi-juin. La suppression des ZFE n’est donc pas encore acquise.
.
De quoi se décourager ? Surtout pas, puisqu’il en va de nos conditions de vie, de notre santé. Les défenseurs de l’environnement et de la santé publique réaffirment leur détermination. Car quelques bonnes nouvelles surnagent dans cet océan de régressions. L’Europe est en «bonne voie» pour atteindre ses objectifs de baisse des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030. Et la prise de conscience de la dangerosité des Pfas, ces polluants éternels ultra toxiques, est enfin là. En Belgique, près d’Anvers, une zone qui fait figure de laboratoire en Europe pour la décontamination aux Pfas, pour un coût astronomique. Reste à en tirer les leçons : mieux vaut prévenir que guérir, mieux vaut ne pas saccager, polluer, bétonner, que réparer les dégâts ensuite. Certains dégâts, notamment pour la santé, n’étant d’ailleurs pas réparables ». Libé.
Après la ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher, qui a déclaré dimanche sur France Inter «un mélange de cynisme, de déni et de lâcheté» après ce vote contre le ZFE, c’était hier au tour du ministre de la Santé Yannick Neuder (LR) de dire sur LCP son opposition à la suppression des ZFE. Contre l’avis de son parti. «C’est pas parce que les députés LR le disent que je suis forcément d’accord» , tranche-t-il. L’abrogation de ce dispositif, destiné à restreindre la circulation dans les grandes agglos des véhicules les plus polluants, a été adoptée jeudi par une coalition hétéroclite de députés LR, UDR, RN et LFI. Auxquels s’ajoutent, contre l’avis du gouvernement, une poignée de macronistes. Si l’opposition de Pannier-Runacher à cet article de loi n’est pas une grande surprise, la prise de position du ministre de la Santé étonne davantage. Ce proche de Laurent Wauquiez, lui-même grand pourfendeur des ZFE, prend son parti à revers.
Suppression des ZFE, des maires dénoncent « un vote contre la santé »
Initiée en 2019, cette politique vise à limiter les émissions de particules fines, responsables de 40 000 décès prématurés par an, selon Santé publique France.
Initiée en 2019, cette politique vise à limiter les émissions de particules fines, responsables de 40 000 décès prématurés par an, selon Santé publique France.
Mercredi 28 mai, les députés ont voté pour la fin des zones à faibles émissions. Depuis, certains élus des villes concernées par le dispositif montent au créneau pour dénoncer un recul en matière de santé publique et de transition écologique.
« Un vote contre la santé », « un signal de recul inacceptable »… Depuis deux jours, les réactions des édiles de métropoles pleuvent aux quatre coins de la France après le vote, mercredi 28 mai, de la suppression des zones à faibles émissions (ZFE) à l’Assemblée nationale. Ces espaces excluent de leur périmètre certaines voitures très anciennes et polluantes, identifiées selon le dispositif Crit’Air qui classe les véhicules de 1 à 5 et même hors classe pour les plus vieux.