« Je ne serai pas un dictateur, sauf le premier jour », avait-il lancé en décembre 2023 à ses supporters énamourés. Bah, c’est « du Trump » ! tempéraient les commentaires, un peu inquiets quand même. Une provocation de plus. Mais quelle bête de scène ! Six mois après son investissement, le déni n’est plus de mise. Chaque jour est un premier jour, que le président entame par une frénésie de décisions chocs qui électrisent l’Amérique et la planète entière. Trump fait du Trump. Il a un but : élargir son pouvoir. Et une feuille de route : démanteler l’État administratif, démolir les garde-fous de la démocratie – Congrès, justice, presse –, museler les opposants et imposer à la nation sa vision patriarcale, ultraconservatrice, nourrie aux vieilles valeurs bien blanches. Pas une dictature. Mais une forme d’autocratie moderne, qui ne dit pas son nom.

En 1787, les rédacteurs de la Constitution avaient veillé à équilibrer les trois branches du pouvoir – exécutif, législatif, judiciaire – pour que chacune puisse contrer les éventuels abus des deux autres. Mais, peu confiants envers l’être humain, ils avaient identifié la faille : l’irruption d’un « démagogue » qui détournerait ces règles à son profit. James Madison le résumait ainsi : « Des hommes d’humeur factieuse, de préjugés locaux ou de sombres desseins, peuvent, par l’intrigue, la corruption ou d’autres moyens, obtenir d’abord les suffrages, puis trahir les intérêts du peuple. » Deux cent cinquante ans plus tard, le démagogue redouté est arrivé. Vous l’avez reconnu ? Il se nomme Donald Trump. Le cauchemar des Pères fondateurs.

Chaque jour, depuis le 20 janvier, il effrite les murs porteurs de la démocratie. « Je suis votre guer- rier. Je suis votre justice. […] Je suis votre revanche », a-t-il promis aux siens. Tous ceux qui ont entravé son action lors de son premier mandat, il les brise.

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LISTES NOIRES

Premier chantier : l’asservissement de l’appareil d’État. Les fonctionnaires, magistrats, procureurs ayant instruit les affaires Trump ou reconnu la victoire de Biden en 2020 sont révoqués. Sous le prétexte légitime de rendre la fonction publique plus efficace, il vide les ministères, coupe dans les budgets et purge à tous les niveaux : les fonctionnaires sont remplacés par des agents « loyaux » non aux lois, mais à sa personne. Comme au Pentagone, dirigé par le fidèle Pete Hegseth, où les généraux légalistes ont été écartés. Tout ce qui concerne le réchauffement climatique, la diversité, la protection des minorités est banni. Les militaires transgenres ont été chassés de l’armée. On a vu les cowboys du département de l’Efficacité gouvernementale, d’abord confié à Elon Musk, munis de listes noires, expulser les « traîtres » des agences, jusqu’à ce que le milliardaire soit limogé à son tour. Trump casse tous les thermomètres de la démocratie, tels les organismes chargés de la surveillance des élections, du commerce, des valeurs boursières… Ces agences et commissions, sous tutelle du Congrès, doivent désormais obéir à la Maison-Blanche ou au ministère de la Justice. Leurs membres peuvent être révoqués du jour au lendemain pour « déloyauté ». Au FBI, le nouveau directeur, Kash Patel, qui autrefois qualifiait le Bureau de «menace existentielle pour les républicains », a pour mission d’instaurer la « loyauté ».

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