
Une enquête publiée par le « Guardian » révèle l’existence de centres en Arabie saoudite, destinés à accueillir et à « réhabiliter » des jeunes femmes.
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« Si elle ne prie pas, elle est fouettée » : en Arabie saoudite, des centres de « réhabilitation » et de torture pour femmes
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Droits des femmes
Une enquête publiée par le « Guardian » révèle l’existence de centres en Arabie saoudite, destinés à accueillir et à « réhabiliter » des jeunes femmes, accusées d’avoir désobéi à leur mari ou entretenu des relations extraconjugales. De leur côté, les autorités saoudiennes nient toutes formes de mauvais traitements.
Cachés par les autorités et tus par la population, ces centres de « réhabilitation » saoudiens ont longtemps été gardés secrets. Mais le Guardian, dans une enquête menée pendant six mois, a révélé de rares images et témoignages de ces « foyers » – ou Dar Al-Re’aya (« maison de soin », en arabe) – dans lesquels des milliers de filles et de jeunes femmes sont détenues. Elles y ont été envoyées par leur famille ou mari pour avoir désobéi, s’être absentées du foyer ou avoir entretenu des relations extraconjugales.
« Toutes les filles qui grandissent en Arabie saoudite connaissent l’existence des Dar Al-Re’aya et toute leur horreur. C’est un enfer », relate ainsi une jeune Saoudienne, en exil après avoir été détenue dans l’une de ces prisons, auprès du quotidien britannique. À l’image d’autres détenues, qui se sont suicidées ou ont tenté de le faire, la jeune femme avoue avoir « essayé de mettre fin à [ses] jours » après avoir appris qu’elle allait y être envoyée.
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Dans ces centres, des flagellations ont lieu chaque semaine et l’enseignement religieux est imposé sans que les prisonnières n’aient accès au monde extérieur ni droit aux visites. Elles ne peuvent en sortir qu’avec l’autorisation de leur famille ou d’un tuteur. « Si [une des filles] ne prie pas, elle est fouettée. Pareil si elle se retrouve seule avec une autre femme, les gardes l’accusent d’être lesbienne », précise Sarah Al-Yahia, à l’origine d’une campagne pour l’abolition de ces « foyers ».
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« Des défis persistent pour parvenir à l’égalité des sexes »
Car, à en croire les représentants saoudiens, ces centres, installés à travers le pays dans les années 1960, servent à « réhabiliter les détenues » grâce à l’intervention de psychiatres, « afin de pouvoir les retourner à leur famille ». Aucun rapport, selon eux, avec des humiliations ou autres tortures physiques et psychologiques. Un porte-parole du gouvernement, interrogé par le Guardian, nie en effet les enfermements et les mauvais traitements.
« Ce ne sont pas des centres de détention, la moindre allégation de violence est prise au sérieux et fait l’objet d’une investigation poussée. Ces femmes sont libres de partir quand elles veulent, que ça soit pour aller étudier, travailler ou autre. Elles peuvent partir définitivement quand bon leur semble, sans avoir besoin de l’autorisation d’un tuteur ou d’un membre de leur famille », assure-t-il ainsi.
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Mais pour les associations de défense des droits humains, telles que ALQST, ces centres « discriminatoires » doivent être « abolis » et remplacés par « de vrais foyers qui, plutôt que les punir, protégeraient cette fois les victimes de violences ». Car les jeunes femmes qui y sont actuellement enfermées ont bien souvent été victimes de violences par leur mari, ou par leurs proches. « Si votre frère ou votre père abuse de vous ou qu’il vous fait tomber enceinte, c’est vous qui êtes envoyée dans les Dar Al-Re’aya pour protéger la réputation de la famille », dénonce ainsi Sarah Al-Yahia.
Pourtant, ces dernières années et alors que la Coupe du monde de football masculin, organisée en Arabie saoudite en 2034, approche, le pays semblait avoir progressé en matière de droits des femmes. « Des progrès juridiques ont été accomplis afin d’améliorer la situation des femmes », peut-on lire sur le site des Nations Unies, notamment en leur accordant le droit d’obtenir un permis de conduire et de demander un passeport. Toutefois, comme le rappelle l’organisme mais également l’enquête du Guardian, « des défis persistent pour parvenir à l’égalité des sexes, en particulier en ce qui concerne le traitement et la liberté d’expression des militantes des droits humains ».
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