En finançant les énergies fossiles, les assureurs contribuent au dérèglement climatique et se sabotent
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Camille Lemaître
31 janvier 2025
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Pétrole, gaz et charbon aggravent le réchauffement climatique et les évènements météo extrêmes, rendant de plus en plus de zones inassurables.
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Un mode de fonctionnement qui ne pourra pas durer.
C’est l’une des caractéristiques du dérèglement climatique et l’une des clés de l’adaptation à ce dernier: de plus en plus de zones vont devenir trop vulnérables aux événements météo extrêmes pour être assurées et habitées. Cela constitue aussi une menace existentielle pour le modèle économique des compagnies d’assurance. Ainsi, en Californie, qui subit chaque année des incendies de plus en plus catastrophiques, les assureurs State Farm, Farmers et Allstate ont cessé depuis l’année dernière de délivrer de nouvelles polices d’assurance, tournant le dos à ce marché de 39 millions d’habitants.
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Pourtant, les compagnies d’assurance continuent d’investir dans les énergies fossiles, contribuant ainsi à leur propre perte, analyse le magazine économique américain Fast Company. Ignorance? Aveuglement? Appât du gain à court terme? Il y a quelque chose de pourri au royaume de l’assurance, qui ne semble pas près de sortir de ce cercle vicieux.
«En 1973, la compagnie d’assurance allemande Munich Re publiait une brochure sur les inondations qui, selon elle, constituaient la première utilisation du terme “changement climatique” dans le secteur, mettant en garde contre le risque croissant de hausse des températures et d’augmentation du CO2 dans l’air, rappelle le média. Quelque quarante ans plus tard, le PDG du géant français de l’assurance AXA déclarait qu’il serait impossible d’assurer un monde plus chaud de 4°C.»
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Bien que conscients du danger, les assureurs figurent pourtant parmi les principaux financeurs de l’industrie des énergies fossiles, responsables de 75% des émissions de gaz à effet de serre (GES) et 90% des émissions de CO2. Entre 2014 et 2023, la part moyenne des fossiles dans leurs portefeuilles d’investissements a même augmenté de 3,8% à 4,4%.
Si certains assureurs comme l’italien Generali ont réduit leurs investissements climaticides, sur la même période, les mastodontes américains Berkshire Hathaway et State Farm y ont en revanche investi 200 milliards de dollars supplémentaires. Les compagnies d’assurance sont aussi de gros financeurs du gaz naturel liquéfié (GNL), notamment sur la côte du Golfe du Mexique.
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Suicide collectif
«Les pertes météo assurées imputables au changement climatique sont passées de 31% à 38% au cours de la dernière décennie, [ce qui] “dépasse largement” la croissance des pertes dans d’autres secteurs, poursuit Fast Company. Environ 600 milliards de dollars de pertes de ce type au cours des vingt dernières années peuvent être imputées au changement climatique.»
«Pour de nombreux assureurs, les pertes ne sont pas compensées par les primes, poursuit le magazine. Les pertes attribuées au climat pour les vingt-huit assureurs ont totalisé 10,6 milliards de dollars, effaçant la majeure partie des 11,3 milliards de dollars qu’ils ont perçus en primes auprès des compagnies d’assurance fossiles.» Ce qu’une partie du secteur commence à percevoir comme une menace existentielle.
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C’est une sorte de cercle vicieux. Les assureurs investissent dans l’industrie fossile les primes collectées auprès de leurs clients. L’industrie fossile accélère le changement climatique et les événements météo extrêmes (incendies, tempêtes, inondations). Les assureurs, pour limiter leurs pertes, cessent ensuite d’assurer leurs clients vulnérables à ces événements. Aux États-Unis, 1,9 million de contrats d’assurance-habitation ont été annulés par les assureurs depuis 2018, ce qui touche particulièrement les plus pauvres et les minorités ethniques.
En réponse, les États américains ont développé des programmes d’assurance publics de «dernier recours», comme le FAIR californien, mais leurs ressources apparaissent très limitées au regard des risques. De plus, la hausse du nombre de propriétés non assurées pourrait engendrer un effondrement des prix de l’immobilier aux États-Unis –et un remake de la crise des subprimes de 2007-2008.
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Camille Lemaître à suivre sur : https://www.fastcompany.com/
31 janvier 2025
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