L’émotion soulevée par la condamnation de Nicolas Sarkozy est bourrée de paradoxes. Comme pour celle de Marine Le Pen, on y retrouve des interrogations légitimes – sur l’exécution provisoire – mêlées à une démagogie délirante contre le « gouvernement des juges ». Leurs partisans nous expliquent depuis des années que la justice est trop laxiste, qu’il faut des peines planchers et coller le moindre délinquant en prison. Mais quand la justice passe, et touche des puissants, ils semblent horrifiés à l’idée qu’un ancien chef de l’État condamné pour « association de malfaiteurs » puisse dormir en prison. Ou qu’une candidate à la présidentielle condamnée pour « détournement de fonds publics » doive purger sa peine avant de se représenter.

Les deux émotions se ressemblent, rapprochent ces électorats, mais ne confondons pas les deux affaires, ni les deux jugements. Dans le procès de Marine Le Pen, sa responsabilité directe dans l’organisation d’un système de détournement de fonds publics a été clairement établie, sans l’ombre d’un doute et d’un remords. Ce qui justifie une mesure d’exécution provisoire pour éviter la « récidive ». L’exécution provisoire concernant Nicolas Sarkozy, jugée «indispensable pour garantir l’effectivité de la peine au regard de l’importance du trouble à l’ordre public causé par l’infraction », mérite débat. Certainement pas de contester la justice.

Preuve qu’elle fait son métier sans se laisser griser, son verdict de 380 pages, prononcé par trois magistrats à l’unanimité, après dix ans d’enquête et 38 jours d’audition, n’a pas retenu le document mis en avant par Mediapart, « probablement un faux ». La peine prononcée pour « association de malfaiteurs », lourde, s’explique par le devoir d’exemplarité d’un homme déjà condamné pour « corruption », « trafic d’influence », et poursuivi dans sept affaires. Alors qu’il suffit de mieux l’encadrer, son exécution provisoire présente néanmoins le risque de réveiller un débat qui, par ricochet, bénéficie à Marine Le Pen.

Il est si facile d’exciter plutôt la colère et l’indignation. La violence des menaces envers les magistrats inquiète à juste titre le ministre de la Justice et le président de la République. Ce vent est mauvais.

Ceux qui crient depuis des années au « tous pourris » ont le chic pour nous faire vivre dans un climat pourri dès que ce qu’ils exigent des autres s’applique à leur camp. La preuve par Donald Trump. Ils crient au « complot politique » des juges, mais admirent un président qui vient ouvertement de demander à une procureure générale et aux juges de servir sa vengeance ! Les mêmes soupçonnent les juges d’être rouges, alors que les condamnations rattrapent tous les partis : le Modem, LFI, le PS, la gauche, la droite et l’extrême droite…

Il y a plus paradoxal encore. Les Français veulent la transparence, mais adorent les pourris. La preuve par la réélection, malgré leurs condamnations, des Balkany, Emmanuelli ou Santini. La preuve par le baromètre de popularité, où caracolent en tête les plus grands profiteurs de notre vie politique. Et si c’était l’exigence de transparence, et non la justice, qui était à géométrie variable ?

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Caroline Fourest
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