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Guerre civile, famine, catastrophe naturelle : le Soudan oublié

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 4 septembre 2025

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Provenant du podcast Les Enjeux internationaux
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Entre déplacements massifs de populations, famines et épidémies, le Soudan traverse une crise humanitaire sans précédent. Un glissement de terrain massif dimanche dernier s’ajoute à cette situation déjà catastrophique. Pourquoi le Soudan s’enlise-t-il dans la crise ?

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Le Soudan traverse une crise majeure due à la guerre civile qui oppose plusieurs groupes armés depuis 2023. Définie comme la pire famine contemporaine selon l’ONU, le glissement de terrain qui a eu lieu ce dimanche 31 aout dans le Sud Darfour ajoute une nouvelle dimension à la crise. La difficile situation géographique et politique du pays entrave les possibilités d’action humanitaire et interroge sur les perspectives de sortie de crise.

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Une crise humanitaire sans précédent

Jusqu’à sa scission en deux pays en 2011, le Soudan était le plus grand pays d’Afrique. Depuis deux ans, une guerre civile divise l’appareil militaire qui était jusque-là resté uni et plonge le pays dans des combats pour le pouvoir dont les civils sont les premières victimes. Bien que le nombre de morts soit difficile à estimer, nous savons qu’il s’élève à des centaines de milliers dont la plupart sont victimes de massacres ethniques contre les individus non-arabes.

Le pays est alors plongé dans une crise humanitaire sans précédent, aggravée par la famine et récemment par un glissement de terrain qui a enseveli un village entier dans le massif du Jebel Marra dans le Sud-Darfour.

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L’humanitaire entravée par des blocages

Alors que l’aide humanitaire et les secours sont plus que jamais requis pour permettre un accès aux soins et participer à la sécurité sanitaire des populations locales, son intervention est entravée par des blocages dus au partage du territoire entre les belligérants.

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Soudan: à el-Fasher, les combats s’intensifient et aggravent la crise humanitaire

Au Soudan, au moins dix-neuf personnes ont été tuées dans des frappes aériennes au Darfour. Une frappe attribuée à l’armée soudanaise sur une clinique à Nyala, au Darfour du Sud, a fait au moins douze morts ce samedi 30 août. Une frappe attribuée aux paramilitaires samedi soir dans la ville d’el-Fasher a également fait neuf morts. Depuis plus d’un an, la capitale du Darfour du Nord est assiégée par les paramilitaires qui tentent d’en prendre le contrôle des mains de l’armée soudanaise. Selon les observateurs, les attaques se sont fortement intensifiées dans cette ville ces deux dernières semaines.

 

01/09/2025 

Des habitants soudanais se rassemblent pour recevoir des repas gratuits à el-Fasher, dans la région du Darfour, le 11 août 2025.
Des habitants soudanais se rassemblent pour recevoir des repas gratuits à el-Fasher, dans la région du Darfour, le 11 août 2025.

À el-Fasher, les bombardements sont quotidiens, confie un habitant. Certains jours, les paramilitaires attaquent jusqu’à trois fois dans la journée via des tirs d’artillerie, parfois de drones. Selon les observateurs, les Forces de soutien rapide du général Hemedti ont redoublé leur offensive ces derniers jours, notamment à l’ouest de la ville pour tenter de prendre le contrôle de l’aéroport qui est encore aux mains de l’armée soudanaise.

Pour les habitants, la vie est devenue intenable, témoigne Mohamed Doda. « Tout est devenu très dangereux. Aller chercher de l’eau ou de la nourriture est devenu risqué. Quand les tirs commencent, tout le monde se met à l’abri dans des trous creusés dans le sol ou bien dans des containers enfouis dans la terre, qui servent de refuges. Malheureusement, les FSR ciblent ces abris. Ils essayent de faire fuir la population afin de prendre le contrôle de la ville », explique-t-il.

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« Si les gens ne trouvent rien, alors ils mangent de l’ambaz »

El-Fasher, quasiment coupée du monde depuis dix-sept mois, est menacée de famine. Aucune aide humanitaire ne peut atteindre la ville à cause des combats. Acheminer des denrées est devenu de plus en plus difficile. La plupart des gens dépendent des cuisines communales, ces soupes populaires financées par la diaspora, et les gens ne mangent qu’une seule fois par jour, confie Mohamed Doda.

« À cause du siège, les produits ont du mal à arriver à el-Fasher. Parfois, les marchés sont fermés à cause des bombardements. De toute façon, tout coûte trop cher. Si les gens ne trouvent rien, alors ils mangent de l’ambaz, du fourrage pour le bétail qui est presque devenu la base de notre alimentation. Il y a beaucoup de mendiants dans les rues, notamment des enfants », termine cet habitant qui avoue vouloir quitter el-Fasher. « Mais c’est devenu trop dangereux », termine-t-il.

Ces deux dernières semaines, il y a eu énormément de bombardements. Les paramilitaires attaquent la ville tous les jours, parfois trois fois par jour.

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Soudan: plus de 60 civils tués à el-Fasher en l’espace de seulement 24 heures

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Deux attaques qui se sont produites dans la soirée du vendredi 10 et dans la matinée du samedi 11 octobre ont fait au moins 67 morts dans la capitale du Darfour-Nord. Imputées aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) du général Hemedti, elles ont pris pour cible le centre universitaire Dar al-Arqam qui accueillait plusieurs dizaines de familles de déplacés.

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Capitale de l'État soudanais du Darfour-Nord, la ville d'el-Fasher est assiégée depuis 18 mois par les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) qui cherchent à en prendre le contrôle.
Capitale de l’État soudanais du Darfour-Nord, la ville d’el-Fasher est assiégée depuis 18 mois par les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) qui cherchent à en prendre le contrôle.

Plus de 60 civils tués dans des attaques de drones ciblant des installations non militaires de la ville d’el-Fasher en l’espace de 24 heures : au Soudan, le week-end a été particulièrement meurtrier au Darfour, une région située dans l’ouest du pays.

La dernière en date s’est déroulée à l’aube du samedi 11 octobre, aux alentours de 5 heures du matin, quand deux rockets sont tombées à l’ouest d’el-Fasher, sur le centre universitaire Dar al-Arqam qui accueillait plusieurs dizaines de familles de déplacés. Bilan : au moins 37 morts, selon un membre d’une organisation d’aide locale qui précise que la veille au soir, 30 personnes avaient déjà été tuées dans une première attaque contre ce bâtiment.

Alors que la semaine dernière, c’est cette fois une mosquée qui avait été prise pour cible, l’offensive de ces derniers jours contre la capitale du Darfour-Nord est la plus violente depuis le début de la guerre. Imputées aux forces paramilitaires du général Hemedti qui assiègent el-Fasher depuis 18 mois pour tenter d’en prendre le contrôle, elle a permis aux Forces de soutien rapide (FSR) de prendre le contrôle de nombreux secteurs de la ville, repoussant l’armée dans ses derniers bastions.

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« Rendre la vie impossible aux habitants d’el-Fasher pour en prendre le contrôle »

Avant même les attaques qui se sont produites ce week-end à el-Fasher, le haut commissaire de l’ONU aux droits de l’homme a lui dénoncé dès vendredi les massacres perpétrés dans la région. Volker Türk s’est alors dit consterné par le mépris constant et flagrant des FSR pour la vie des civils, exhortant les pays voisins du Soudan à prendre des mesures urgentes pour les protéger ainsi que le centre hospitalier universitaire d’el-Fasher.

Membre du Réseau des médecins soudanais, le docteur Mohamed Faisal juge quant à lui que ces attaques quotidiennes sont inacceptables et constituent des crimes de guerre. « Malheureusement ce n’est pas nouveau : voilà des mois que les FSR ciblent les civils d’el-Fasher, mais aussi les centres de réfugiés, les écoles, les mosquées et même les hôpitaux. En paralysant les services médicaux, ils rendent la vie impossible aux habitants de la cité pour les forcer à fuir afin de pouvoir en prendre le contrôle », déplore-t-il.

Toujours pendant le week-end, une autre attaque – cette fois attribuée à l’armée soudanaise – a, quant à elle, fait au moins 16 morts selon des autorités locales. Un drone a frappé la ville d’al-Kuma controlée par les paramilitaires, à l’est d’el-Fasher.

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Au cœur du Soudan en guerre

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11 octobre 2024 

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Provenant du podcast Cultures Monde
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Au Soudan, la guerre à laquelle se livrent les généraux Al-Burhan et Hemetti depuis avril 2023 ravage le pays. Arthur Larie s’y est rendu au mois d’août. Il raconte les vies brisées par la violence, mais aussi l’espoir et l’entraide qui empêchent de sombrer.

La révolution soudanaise de 2019 avait mené à la chute du dictateur el-Bechir, après plus de 30 ans au pouvoir. Une transition vers la démocratie qui semble désormais loin, alors que le Soudan s’enfonce dans la guerre. Depuis plus d’un an, deux camps s’affrontent : l’armée régulière du général Al-Burhan d’un côté, les milices des Forces de Soutien Rapide (FSR) du général Hemetti, de l’autre. Une lutte de pouvoir à l’origine d’une crise humanitaire d’ampleur, alors que 12 millions de personnes ont été poussées sur les routes et que la famine fait rage au Darfour.

En août, le journaliste Arthur Larie s’est rendu à Khartoum, la capitale, et à Port Soudan, à l’est du pays. Il raconte les vies brisées par la violence, mais aussi l’entraide et l’espoir qui empêchent de sombrer.

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Les reportages d’Arthur Larie et Bastien Massa sont à retrouver dans Le Figaro, sur Arte et TV5 Monde.

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Références sonores

– Les hôpitaux, entre manque de personnel et coupures de courant, TV5 monde, 8 octobre

– Au Soudan, la jeunesse prend les armes, Arte

Chanson : Ajak Kwai – “We need love not war” (2017)

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Arthur Larie, photojournaliste et réalisateur de documentaire

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