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Réunis tous ensemble pour la première fois, les experts du Giec planchent cette semaine en France sur les prochains rapports climatiques
A partir de ce lundi 1er décembre, près de 600 chercheurs internationaux du climat se rassemblent à Saint-Denis pour lancer leurs nouveaux travaux. Un événement inédit organisé pour soutenir les scientifiques, lourdement attaqués par Donald Trump et les climatosceptiques.
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C’est reparti pour un tour. Les 568 auteurs principaux sélectionnés pour participer à la nouvelle fournée des travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) – la septième – sont accueillis à partir de ce lundi matin 1er décembre à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Cet événement de cinq jours va formellement lancer le nouveau cycle de travail du Giec, qui actualise tous les cinq à sept ans les connaissances scientifiques sur le changement climatique.
«Dans le contexte où le discours scientifique est remis en cause, l’organisation de cette manifestation est une manière pour la France d’envoyer un soutien politique très clair. Les travaux du Giec doivent être la base de l’action dans la lutte contre le changement climatique», commente le ministère de la Transition écologique, en réponse à la diatribe climatosceptique de Donald Trump à la tribune de l’ONU fin septembre, et quelques jours après la fin de la COP30 au Brésil, décevante sur le plan de la lutte climatique. Le sommet onusien a accouché d’un «accord sans ambition», de l’aveu même de la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, qui préside la cérémonie d’ouverture des échanges scientifiques. «Cette réunion va aussi permettre de mieux comprendre et expliquer ce qu’est le Giec, poursuit son entourage. Il y a beaucoup de désinformation climatique qui sème le doute dans l’opinion publique. Or les meilleurs scientifiques du monde ont été sélectionnés par leur pays, cela représente toutes les nations du monde.»
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Evénements extrêmes
Un rassemblement aussi large est une première dans l’histoire du Giec, puisque chacun des trois groupes de travail qui le composent – pour aborder les causes du réchauffement, ses conséquences et les solutions de réduction des gaz à effet de serre – organise habituellement des réunions séparément. «Cela permettra d’harmoniser et d’aborder des questions complexes et transversales», salue Robert Vautard, coprésident français du Groupe de travail I. Chacun des groupes devra faire la synthèse des données établies, à partir de la meilleure littérature scientifique existante. Entre-temps, s’y ajouteront deux rapports spéciaux, notamment un consacré aux villes. Tout cela formera le 7e cycle des rapports du Giec.
Cette nouvelle mouture devrait davantage inclure les événements extrêmes, et des scénarios jusqu’ici peu approfondis. Comme l’idée (appelée «overshoot») que les 1,5°C degré de réchauffement sur Terre seront bientôt dépassés, mais qu’en théorie, l’humanité pourrait ensuite repasser sous cette barre fatidique grâce à des efforts massifs et rapides de baisse des émissions de gaz à effet de serre, et à l’aide de technologies de captage et de stockage de CO2. Un pari ambitieux que les scientifiques doivent encore étudier car «on ne connaît pas très bien les réactions du système climatique à la baisse des températures», précise Robert Vautard.
Comme la COP il y a quelques jours, le rassemblement devient la chambre d’écho des batailles géopolitiques du moment. Cette année, les représentants des pays membres du Giec se sont déjà réunis deux fois en séance plénière, à Hangzhou (Chine) en février puis à Lima (Pérou) en octobre pour cadrer les travaux. Au terme de discussions longues et houleuses, ils se sont accordés sur les grandes lignes du septième rapport d’évaluation ainsi que sur un plan de travail pour 2026. En revanche, les Etats ne se sont toujours pas entendus sur une date de publication, initialement prévue dès 2027. Certains pays peu coopératifs, à l’image de l’Arabie Saoudite, souhaitent que la date soit décalée au-delà de 2028.
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10 millions d’euros par an
La réunion de cette semaine n’abordera pas les questions épineuses de financement et des embûches pouvant compromettre les travaux : «Les scientifiques vont parler entre eux, et pas de politique.» Ce sujet sera pourtant dans toutes les têtes, car le Giec est dans le viseur de Trump. Comme lors de son premier mandat, en 2017, les Etats-Unis ont retiré leur contribution financière d’environ 2 millions de dollars (1,7 million d’euros) au fonctionnement du groupe d’experts. Lors de la première offensive, la France et l’Union européenne avaient, en réaction, augmenté leur contribution pour compenser.
Depuis, l’Hexagone contribue à hauteur de 1 million d’euros par an. A la COP30, Emmanuel Macron avait assuré que la France contribuerait «à rassembler tous les pays qui sont prêts à pérenniser un financement visible, solide, pour ces travaux scientifiques». Mais rien n’assure pour l’heure que le Giec disposera des sommes nécessaires à son travail à moyen terme, soit près de 10 millions d’euros par an, selon un document budgétaire publié en octobre. En effet, les 195 Etats membres de l’ONU contribuent de «manière indépendante et volontaire». Ce financement est indispensable afin d’organiser les réunions, salarier les 13 personnes du secrétariat à Genève, prendre en charge les déplacements des chercheurs de pays en développement ainsi que la traduction des rapports. Les auteurs du Giec, eux, sont bénévoles. Ils sont souvent rattachés à un organisme de recherche, qui finance donc indirectement le temps passé sur les rapports.
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Signe encourageant : les chercheurs américains ont été autorisés à se rendre à Paris pour collaborer avec leurs collègues internationaux. Au début de l’année, l’administration Trump avait empêché la coprésidente du groupe de travail 3, l’américaine Kate Calvin, d’assister à une réunion du Giec, avant de la licencier de la Nasa en mars.
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