.
OpenAI : et si la machine à brûler des milliards de dollars explosait en vol ?
.
Pour créer sa titanesque «IA générale», qui engloberait toute la planète dans sa toile, la firme de Sam Altman s’est lancée dans une folle consommation de cash qui fait craindre l’explosion d’une bulle financière potentiellement désastreuse.
.

«Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel», rappelle un vieux dicton de Wall Street plein de sagesse. Pourtant, OpenAI, la world company de l’intelligence artificielle, semble bien décidée à aller toujours plus haut, toujours plus vite, toujours plus fort… en se jouant des règles les plus élémentaires de la physique et de la gravité économique. Propulsée par le succès planétaire de son IA générative ChatGPT, apparue dans sa version française le 30 novembre 2022, la firme multiplie annonces et provocations : elle défie Google en lançant son propre navigateur, Atlas, ambitionne de supplanter TikTok et fait trembler l’industrie de la création avec son générateur de vidéos Sora, et veut transformer ChatGPT en gagneuse OnlyFans en lui autorisant les conversations classées X avec ses utilisateurs…
Et OpenAI enchaîne les deals pour acheter la puissance de calcul indispensable au fonctionnement de sa super IA dans les années à venir : au total, elle a déjà commandé 10 millions de puces «GPU» aux Nvidia, AMD et autres Broadcom représentant une puissance inégalée de 26 gigawatts (GW). La firme empile aussi les capacités de stockage : elle vient de réserver pour 38 milliards de dollars (33 milliards d’euros) un «cloud» chez Amazon jusqu’en 2032 ! Au total, son fondateur, Sam Altman, a révélé fin octobre sans trembler qu’OpenAI avait contracté des engagements portant sur un montant faramineux de 1 400 milliards de dollars.
.
Un plan mégalomane et démiurge
Altman a tout bonnement l’ambition de construire la plus formidable machine informationnelle et technologique que le monde ait connue : «l’intelligence artificielle générale» que le transhumaniste Ray Kurzweil appelait naguère «la Singularité technologique», ce moment où la puissance de calcul informatique dépassera les capacités du cerveau humain. Les projets d’OpenAI sont dignes des visions d’auteurs de SF comme Isaac Asimov, Philip K. Dick ou George Orwell.
Comme ses rivaux dans cette course à l’IA – Google avec Gemini, Elon Musk avec Grok et Mark Zuckerberg avec Meta AI pour ne citer qu’eux –, la start-up créée il y a dix ans à San Francisco construit méthodiquement un «meta cerveau» qui englobera toute la planète dans sa toile. Cette «AGI» (pour «Artificial General Intelligence») assistera ses habitants dans la plupart de leurs activités, quand elle ne les remplacera au volant des voitures autonomes ou au travail par des robots virtuels ou humanoïdes.
.

.
Un plan mégalomane et démiurge qui nécessitera des investissements jamais vus jusque-là dans la «vieille économie». OpenAI dispose aujourd’hui d’environ 2GW de capacité de calcul, l’équivalent en puissance électrique de deux réacteurs nucléaires. Mais selon un mémo interne révélé par la presse américaine, pour arriver à créer son AGI, la firme va devoir multiplier ce chiffre par 125 d’ici à 2033 pour atteindre les 250 GW. Au coût actuel des puces GPU, la facture s’élèverait à plus de 10 000 milliards de dollars ! Et l’addition ne prend pas en compte la soif énergivore des milliers de data centers nécessaires qui sera servie en grande partie par l’énergie nucléaire.
.
Investisseurs hypnotisés
De quoi donner normalement des sueurs froides à toute la planète financière. «Sam Altman a le pouvoir de faire dérailler l’économie mondiale pour une décennie ou de nous emmener jusqu’à la terre promise», a bien résumé Stacy Rasgon, une analyste de la société spécialisée Bernstein. Numéro 2 d’OpenAI, la Française Fidji Simo balaie le risque : «Il s’agit d’un investissement massif dans la puissance de calcul, nous en manquons désespérément pour nombre d’usages que les gens veulent. Ce n’est pas une bulle mais la nouvelle réalité d’aujourd’hui», a-t-elle prêché dans un récent entretien à l’AFP.
Un krach de l’IA reléguerait celui des «.com», bulle spéculative des valeurs technologiques de l’an 2000, au rang d’une plaisanterie. Mais jusqu’ici, OpenAI continue à lever des quantités phénoménales d’argent sous les applaudissements des investisseurs hypnotisés par les perspectives de l’intelligence artificielle. Microsoft, qui contrôle 27 % du capital d’OpenAI, s’expose pourtant à un risque proportionnel si la bulle financière de l’IA explosait en vol. Idem pour l’entreprise de logiciels Oracle ou le géant américain des puces électroniques Nvidia, qui jouent 500 milliards de dollars sur Sam Altman en finançant le projet «Stargate» voulu par Trump : un centre de données de la superficie de Manhattan, au Texas.
.

.
Mais Wall Street salive à la perspective de l’introduction en Bourse d’OpenAI, prévue pour 2027 : la firme est déjà valorisée à 500 milliards de dollars de dollars par son deal avec Microsoft et espère lever la somme stratosphérique de 60 milliards. Il s’agirait de la plus grande cotation de l’histoire, qui porterait sa capitalisation boursière à plus de 1 000 milliards de dollars. Si cette opération réussit, les grands gagnants seront ses soutiens actuels, comme Microsoft et Nvidia. Mais si OpenAI finit dans le mur, ce serait un séisme sans précédent pour toute la tech et bien au-delà.
.
Susceptible, Sam Altman ?
Il y a de quoi s’inquiéter à la lecture du bilan d’OpenAI. L’entreprise a révélé en août une prévision de chiffre d’affaires de 13 milliards de dollars pour 2025, mais elle devrait accuser une perte de 27 milliards selon les analystes. Un gouffre qui interroge autant que le modèle économique de ChatGPT : seuls 5 % de ses 800 millions d’utilisateurs actifs paient un abonnement, même si OpenAI affirme avoir désormais un million d’entreprises clientes dans le monde.
Sam Altman a prévenu les investisseurs qu’ils devaient s’attendre à des années de lourdes pertes, et pas de rentabilité avant 2030 au moins : «Que nous dépensions 500 millions de dollars, 5 milliards de dollars ou 50 milliards de dollars par an, cela m’est égal vraiment. Cela va coûter cher mais cela en vaut totalement la peine», a-t-il déclaré lors d’une conférence fin 2024 à Stanford (Californie). C’est ce qui s’appelle être désinvolte avec l’argent des autres.
Et quand on lui fait remarquer que cette consommation dingue de cash peut mener au crash, le boss d’OpenAI sort de ses gonds. «Comment une entreprise avec environ 13 milliards de dollars de revenus peut-elle engager 1 400 milliards de dollars de dépenses ?» lui a demandé, fin octobre, le financier Brad Gerstner, dont le fonds a investi dans OpenAI. Réponse au bazooka de Sam Altman : «Si vous voulez vendre vos actions, je vous trouverai un acheteur. Ça suffit.» Qui poursuit, cinglant : «Beaucoup de ceux qui critiquent nos dépenses seraient ravis d’acheter des actions. Nous pourrions vendre les vôtres très vite à ceux qui s’excitent sur Twitter.» Altman et toute la nouvelle économie de l’IA peuvent prier pour que la planète financière soit moins susceptible si OpenAI n’est pas au rendez-vous de ses folles promesses.
.