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Mickaëlle Paty répond à l’avocat Francis Vuillemin : « La liberté de la robe n’excuse pas tout »
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Dans un texte pour « Marianne », Mickaëlle Paty, sœur de Samuel Paty, répond à Francis Vuillemin, nouvel avocat d’Abdelhakim Sefrioui. À l’ouverture du procès en appel des complices de l’assassin de son frère, il a en effet affirmé au sujet du professeur d’histoire-géographie assassiné au terme d’une campagne de diffamation : « Il procédait à la discrimination des élèves musulmans. Je vais le dire haut et fort. »
Je m’étais préparée à ces attaques. Elles avaient été annoncées dès le 15 décembre, presque méthodiquement, durant une conférence de presse. Le mode d’action était clair. Ce que nous voyons aujourd’hui n’est pas une surprise : Francis Vuillemin vocifère, occupe l’espace, transforme l’audience en tribune.
Mais une incohérence me saute aux yeux. Il ne cherche pas réellement à défendre son client. Il cherche à affaiblir le crime lui-même. Le procès glisse alors du pénal vers le moral. Il devient idéologique. C’est un signe très clair : lorsqu’il n’y a plus rien à opposer aux faits, on change de terrain. On ne plaide plus, on relativise. Et pour relativiser, on finit par minimiser le crime.
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Nous savions que les provocations seraient permanentes. Dès la première journée, il est monté au créneau. Il va en distiller tout au long du procès, chaque fois qu’il le pourra. Je pense même qu’il aura l’audace de demander des comptes à la famille. Après avoir tenté de déboulonner Samuel Paty, les derniers maillons encore là pour le défendre, ce sont nous : sa famille et les avocats. Alors il tire à boulets rouges.
Notre objectif est clair : ne pas entrer dans son jeu. Tenir. Et, autant que possible, ridiculiser son argumentaire par sa propre vacuité. Il faudra être prêts à entendre des ignominies, dites dans un seul but : nous faire sortir de nos gonds. Provoquer des incidents d’audience qui ne viendraient pas de lui, mais des parties civiles. Créer le désordre, puis s’en laver les mains.
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Danger
Abdelhakim Sefrioui cherche son heure de gloire. Il a trouvé l’avocat qu’il lui fallait pour cela. L’importance, la reconnaissance, la centralité qu’il a toujours cherchées. Tout cela sert un projet plus large : banaliser ce qui est arrivé à mon frère. Installer l’idée diffuse que, finalement, « tu vois bien, c’était un peu mérité ». Libérer une parole qui n’ose pas toujours se dire frontalement, mais qui s’insinue.
Ils se sont battus pour dire que le blasphème devait exister. Ils recyclent aujourd’hui cette accusation. Comme s’ils disaient : « Vous avez votre justice française, islamophobe. Nous, nous avons raison au nom d’une morale supérieure, d’une justice au-dessus de la vôtre, non infectée par l’islamophobie. »
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C’est une nouvelle fois, une mise en garde contre les professeurs qui oseraient faire Le cours de Monsieur Paty. C’est précisément là que réside le danger. Et c’est pour cela qu’il faut le dire clairement, calmement, fermement : la liberté de la robe n’excuse pas tout. Elle n’autorise ni la falsification morale, ni la banalisation de l’assassinat, ni la réécriture idéologique des faits. Défendre n’est pas salir. Plaider n’est pas provoquer. Et la justice ne peut pas devenir l’arène d’un combat moral qui cherche à absoudre l’inacceptable.
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