Donald Trump et son entourage soupçonnés de délit d’initié autour de la guerre en Iran : de quoi parle-t-on ?
.
D’importants mouvements boursiers effectués une quinzaine de minutes avant l’annonce de Donald Trump sur l’Iran interrogent la presse financière.
.
Les aficionados de la série Industry produite par HBO et relatant la vie d’un groupe de traders londoniens sont peut-être un peu plus familiers de l’expression « délit d’initié ». Un article du Financial Times jette ce mardi 24 mars un pavé dans la mare en se penchant sur les échanges qui ont précédé, lundi, les déclarations de Donald Trump sur le réseau social Truth concernant des « discussions sérieuses » avec l’Iran. L’annonce a entraîné une chute des prix du pétrole et tiré les indices boursiers à la hausse.Or, le prestigieux journal financier est formel : entre 6h49 et 6h50 du matin, soit 15 minutes avant le post du président américain, 6200 contrats à terme (un produit financier) portant sur le Brent et le WTI (deux cours du pétrole) ont changé de main. Soit une masse financière d’environ 580 millions de dollars. « Cela représente des volumes quatre à six fois plus élevés que d’habitude à ces horaires », fait remarquer au HuffPost, Nicolas Chéron, analyste boursier indépendant.
.Pour le FT, impossible de savoir en l’état si une seule entité ou plusieurs se trouvent derrière ces échanges ; et encore moins de connaître l’identité des bénéficiaires. En parallèle note d’ailleurs The Kobeissi Letter, une lettre d’analyse des marchés financiers, à 6h50 lundi, un trade de 1,5 milliard de dollars a été ouvert sur un indice boursier, le S&P. Une position qui a permis un gain de 60 millions de dollars. Ça commence à faire beaucoup ?
Sur les marchés, l’information est le nerf de la guerre : « si vous parvenez à obtenir ne serait-ce qu’une petite information, vous pouvez gagner beaucoup d’argent », rappelait à l’AFP Robin Hanson, professeur d’économie à l’université de George Mason, aux États-Unis. En France, le délit d’initié – qui consiste donc à profiter d’informations que d’autres n’ont pas pour acheter ou vendre des titres – peut-être puni jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et de 100 millions d’euros d’amende.
.
Après l’épisode des droits de douane, des élus démocrates ont réclamé une enquête pour manipulation de marché et délit d’initié. Aux États-Unis, c’est la Securities and Exchange Commission (SEC), qui aurait à s’occuper des investigations. Tout du moins si c’est possible. « Une membre de la SEC a récemment démissionné en signe de protestation car on lui a refusé d’investiguer sur l’entourage de Donald Trump », signale Nicolas Chéron en évoquant le cas de Margaret Ryan. Cette dernière a quitté ses fonctions la semaine dernière, relaie Reuters, après avoir réclamé sans succès des poursuites pour fraudes contre des personnes faisant partie du cercle présidentiel.
.

.
Mentez, mentez, il en restera toujours quelque choses !
Aux plateformes boursières s’ajoutent les soupçons pesant sur les sites de paris prédictifs (Kalshi, Polymarket…), beaucoup moins régulés aux États-Unis qu’en Europe. Les soupçons de potentiels délits d’initiés s’y sont multipliés ces dernières semaines. Plusieurs comptes, qui n’avaient jusque-là jamais parié, ont engrangé des centaines de milliers de dollars de bénéfices en pariant sur la date des opérations militaires américaines contre l’Iran, quelques heures seulement avant les premières frappes. Parmi les éminents conseillers et investisseurs de Polymarket, une des plateformes les plus populaires, un certain Barron Trump, le fils du président américain.
Si le président et son entourage ne sont formellement accusés de rien, la Maison Blanche a tenu à répondre fermement à ce climat de suspicions. Lundi, le porte-parole Kush Desai a assuré que « la Maison Blanche ne tolère pas qu’un membre de l’administration puisse tirer profit illégalement d’informations privilégiées » et d’ajouter que « toute allégation selon laquelle des responsables se livreraient à de telles activités sans preuve est sans fondement et relève d’un journalisme irresponsable ». En attendant les démocrates ont lancé en janvier dernier une pétition qui permettrait de forcer l’examen d’une loi interdisant aux présidents, vice-président et leurs familles immédiates de posséder, détenir et d’échanger des actions.
.
Lucie Oriol à suivre sur https://www.huffingtonpost.fr/international/