.
Grâce aux castors, les zones humides stockent dix fois plus de carbone
.

.
Dans une étude publiée ce mercredi 18 mars, des chercheurs ont calculé pour la première fois les quantités de CO₂ séquestrées par les aménagements du rongeur, en observant un corridor fluvial suisse pendant plus de dix ans.
Le castor est un allié dans la lutte contre le réchauffement climatique, on le savait. En entassant des branches de saules et de peupliers – ses essences préférées – dans nos rivières, le plus gros rongeur d’Europe transforme durablement nos paysages en puissants puits de carbone. Ses barrages, qui rehaussent le niveau d’eau et inondent les terres alentour, créent des zones humides, grandes stockeuses de CO₂. Mais à quel point nous aide-t-il ? Pour la première fois, une équipe de chercheurs européens a quantifié l’apport de son inépuisable besogne. Résultat : ces écosystèmes qu’il contribue à aménager peuvent stocker jusqu’à dix fois plus de carbone que lorsqu’il n’est pas présent, concluent-ils dans une étude publiée ce mercredi 18 mars dans la revue Nature, Communications Earth and Environment.
Pendant plus d’une décennie, les scientifiques ont étudié un corridor fluvial, c’est-à-dire l’ensemble des espaces autour d’une rivière (son lit, ses berges et ses zones humides), dans le nord de la Suisse, où vivent de nombreux castors. En treize ans, ce corridor a piégé près de 1 200 tonnes de carbone, soit dix tonnes par hectare et par an. Un milieu similaire, sans la présence du rongeur et de ses constructions, ne stockerait qu’une tonne de carbone par an, ont estimé les géomorphologues et biogéochimistes.
.
Ne pas toucher à leurs barrages
«Nous avons été très surpris par l’ampleur du stockage de carbone induit par l’activité des castors, réagit auprès de Libération l’un des coauteurs, Lukas Hallberg, chercheur spécialisé dans l’étude des bassins-versants à l’université de Birmingham (Royaume-Uni). Mais quand on voit l’étendue des zones humides que ces animaux créent et l’épaisseur des couches organiques qu’elles génèrent, on comprend mieux comment on en arrive à de tels ordres de grandeur.»
Car en ralentissant l’écoulement, les castors permettent de retenir le carbone présent dans la matière organique, charriée par l’eau, dans les sous-sols, favorisant la sédimentation. En inondant les berges, ils rallongent le temps de décomposition de la matière organique, comme le bois mort, ce qui empêche le CO₂ contenu en son sein d’être rejeté immédiatement. «Cela permet aussi aux plantes des zones humides de pousser, ajoute Lukas Hallberg. Celles-ci se décomposent puis repoussent chaque année, formant des sédiments qui restent très humides : des conditions idéales pour stocker le carbone à long terme.»
.
«En inondant les terres, il recrée des zones humides» : en Isère, le castor fait barrage au réchauffement
«Nos résultats montrent que les castors ne se contentent pas de modifier les paysages : ils transforment radicalement la manière dont le CO₂ s’y déplace», abonde son collègue de la même université, Joshua Larsen. Ceci dit, ces paysages restent malgré tout tributaires du réchauffement climatique. Ainsi pendant l’été, lorsque le niveau d’eau baisse en raison de la sécheresse et que la matière organique est à l’air libre, ces territoires sont légèrement émetteurs de carbones. Mais, à long terme, l’impact des castors est bel et bien positif. D’où l’importance – en plus de baisser nos émissions de gaz à effet de serre – de ne pas toucher à leurs barrages, afin de ne pas annuler tous les effets bénéfiques que nous apporte l’espèce.
.
Aide essentielle
«En un peu plus d’une décennie, le milieu que nous avons étudié s’était déjà transformé en un puits de carbone à long terme, poursuit Lukas Hallberg. Cela met en évidence l’énorme potentiel des restaurations menées par les castors et offre des informations précieuses pour l’aménagement du territoire, les stratégies de renaturation et la politique climatique.»
Afin de convaincre les pouvoirs publics de la nécessité de prendre conscience de l’aide essentielle apportée par le castor, les chercheurs ont extrapolé leurs résultats à l’ensemble des corridors fluviaux propices à la présence de castors. Conclusion : les zones humides crées par les castors pourraient compenser jusqu’à 2 % des émissions de carbones annuelles en Suisse. «Cela peut sembler peu, mais les castors le font sans technologie coûteuse, ni gestion intensive de leur environnement», rappelle Lukas Hallberg. La République tchèque en a récemment bénéficié : alors que Prague prévoyait de réaliser des travaux d’aménagement pour réhabiliter un ancien terrain militaire en zone humide, les castors l’ont devancé et lui ont fait économiser plus d’un million d’euros.
.