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Finance, Fossile

Transitions & Energies

Fermetures des centrales à charbon, le grand n’importe quoi de l’Etat

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Newsletter de Transitions & Énergies.

Par La rédaction

La gestion de la fermeture et de l’éventuelle reconversion des quatre dernières centrales à charbon en France est dénoncée dans un rapport publié le 26 février par la Cour des comptes. On y retrouve tous les ingrédients de la politique énergétique du pays, impréparation, irresponsabilité, coût exorbitant et sacrifice de l’intérêt général au profit d’intérêts particuliers. L’Etat a même contourné le droit pour accorder des conditions de rémunérations proprement scandaleuses (prix garanti de 260 euros le MWh) à GazelEnergie, propriété du magnat Tchèque Daniel Kretinsky, pour la reconversion à la biomasse de la centrale de Gardanne ! Au sein de l’appareil d’Etat, le poids des lobbys, l’idéologie et la communication politique ont pris le pas sur les réalités techniques et économiques… avec des résultats désastreux. Un schéma qui est exactement celui de la PPE3 (Programmation pluriannuelle de l’énergie version 3).

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C’est encore une nouvelle illustration des errements de la politique énergétique française.

La Cour des comptes vient de publier un rapport très sévère sur les conditions de la fermeture annoncée des centrales thermiques à charbon du pays. Une décision qui n’est pas contestable en soi. Mais comme toujours, elle a été mal préparée, mal exécutée et coûte très cher au contribuable… On se demande toujours avec stupéfaction à quoi sert la DGEC (Direction générale de l’énergie et du climat) dont la mission au sein du ministère de l’Economie et des Finances est de mettre en œuvre la politique énergétique du pays.

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Mais les administrations centrales ne sont jamais responsables de rien…

La fermeture des quatre dernières centrales à charbon du pays a été décidée et annoncée en 2017 et devait être terminée en 2022. Mais il y en a aujourd’hui deux toujours actives (Cordemais en Loire-Atlantique et Saint-Avold en Moselle). Leur part dans la production électrique du pays est anecdotique (0,13% en 2024 contre 5% en 2000). Elles fonctionnent en fait uniquement pour faire face aux pics de consommation de l’hiver, quand en raison de la baisse des températures la demande d’électricité est maximum et quand en général à ce moment-là les renouvelables intermittents (éolien et solaire) produisent très peu. Du coup, un sursis a été donné à deux centrales à charbon en 2022 avec la crise énergétique née de l’invasion de l’Ukraine par la Russie et avec l’arrêt inattendu au même moment d’une partie du parc nucléaire français en raison du problème dit de corrosion sous contrainte de canalisations sur certains réacteurs. Mais le charbon devrait bien finalement disparaître du paysage énergétique français en 2027. Tant mieux.

Même si le calendrier est difficile à comprendre, y compris d’ailleurs pour les magistrats de la Cour des comptes. Ils écrivent : « il reste que ce décalage de cinq ans par rapport à la cible initiale, bien plus long que la durée de la crise énergétique, est surprenant, d’autant que les restrictions réglementaires censées traduire cet objectif n’ont été reportées qu’à 2025 ». Le problème de fond n’est donc pas, évidemment, la fin du charbon mais dans quelles conditions et à quel coût ?

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Des choix publics incohérents, coûteux et juridiquement problématiques

La Cour des comptes a examiné ce qu’il advient des quatre dernières centrales à charbon du pays qu’elles soient encore en activité, en cours de démantèlement ou de reconversion. A savoir, donc celles encore en fonctionnement de Cordemais gérée par EDF et de Saint-Avold qui appartient à GazelEnergie, propriété du magnat Tchèque Daniel Kretinsky. Il y a également la centrale du Havre (Seine-Maritime) qui appartient à EDF a été fermée en 2021 et est en cours de démantèlement, et enfin celle de Gardanne (Bouches-du-Rhône) reconvertie et gérée par GazelEnergie (voir la photographie ci-dessus). Et le rapport illustre un ensemble de décisions publiques souvent incohérentes, irréfléchies, coûteuses et même juridiquement problématiques.

Premier constat, au moment de la décision de fermer les centrales, la question des conséquences sur la sécurité de l’approvisionnement électrique n’a pas été du tout prise en compte. « Cet enjeu a été sous-estimé par l’État dans le processus décisionnel… », résume la Cour des comptes. L’idéologie et plus encore la communication politique ont pris le pas sur les réalités techniques, une constante. Résultat, lors de la crise énergétique de 2022, deux fermetures ont dû être soudain reportées dans une totale improvisation.

Aujourd’hui, la meilleure disponibilité du parc nucléaire et la progression des capacités renouvelables intermittentes, même si en général elles n’apportent pas grand-chose quand la production au charbon est nécessaire, réduisent les risques. « La sortie du charbon en 2027 apparaît compatible avec le maintien d’un niveau de sécurité d’approvisionnement satisfaisant », précise la Cour des comptes.

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« La stratégie de l’Etat reste floue… »

Maintenant, l’idéologie et le court-termisme n’ont pas disparu par enchantement de l’appareil d’Etat… RTE (le Réseau de transport d’électricité), qui est très favorable aux renouvelables intermittents, considère pourtant dans son rapport prévisionnel de 2024 qu’il pourrait manquer de 3 à 5 GW de capacités thermiques pour garantir l’équilibre du système électrique à partir de 2030. Or « la stratégie de l’Etat reste floue quant aux mesures à prendre pour y répondre », regrette la Cour. A fortiori avec la PPE3 (Programmation pluriannuelle de l’énergie version 3) qui prévoit la fermeture des centrales au fioul en 2030.

La fermeture des centrales à charbon est une décision en soi incontestable, compte tenu à la fois de leurs émissions très élevés de gaz à effet de serre, de leur utilité extrêmement marginale et du coût élevé de leur maintenance en comparaison de leur production réelle.

Hors période de crise, ces centrales connaissent un « déficit structurel et significatif… Ces installations semblaient ainsi vouées à disparaître à moyen terme, indépendamment de l’objectif de sortie », écrivent les auteurs du rapport.

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Le scandale de la reconversion à la biomasse de la centrale de Gardanne

Mais là où les choses deviennent problématiques, c’est quand les projets de conversion décarbonés dérapent totalement et bénéficient « d’un soutien public disproportionné ».

C’est d’ailleurs ce qui a finalement motivé le démantèlement en cours de la centrale du Havre, et la reconversion industrielle de Cordemais. Encore en activité, elle cessera définitivement sa production le 31 mars 2027 pour se transformer en usine de tuyauterie pour la filière nucléaire. Quant à l’avenir de Saint-Avold, qui pourrait être convertie en partie au biogaz, il reste en suspens. « Ces hésitations, persistantes, témoignent des difficultés objectives à élaborer un modèle économique viable, mais également du manque de clarté du positionnement de l’État sur le devenir de ces installations. En tout état de cause, le déficit de compétitivité des projets de conversion décarbonée ne saurait justifier un soutien public disproportionné », souligne la Cour des comptes.

Et en matière de soutien disproportionné, le cas de la centrale de Gardanne, reprise par le groupe de Daniel Kretinsky, est proprement scandaleux. Elle a bénéficié en décembre 2024 d’un renouvellement du soutien public dans des conditions de rémunérations exorbitantes. Un amendement à la loi de finances a été voté au seul bénéfice de GazelEnergie pour la tranche P4 biomasse de la centrale de Gardanne. Il a permis d’apporter « des modifications substantielles aux clauses du contrat initial », c’est-à-dire une augmentation de 71% du tarif garanti par l’Etat. Le contrat initial avait pourtant été résilié du fait de conditions de rémunération déjà bien trop favorables !

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Fragilité juridique

Résultat, en cas de prix de l’électricité inférieur sur le marché à 260 euros le MWh, c’est-à-dire tout le temps…, l’Etat s’est engagé à compenser la différence. Le prix moyen de l’électricité en France sur le marché spot était l’an dernier de 61 euros le MWh. Avant la résiliation du contrat, l’Etat garantissait « seulement » 152 euros le MWh, ce qui était déjà considérable. L’Etat s’est bien donné la possibilité de résilier le contrat avec GazelEnergie au bout de huit ans (2032) si le montant total qu’il a dépensé dépasse alors 800 millions d’euros. Mais entretemps, la Cour des comptes craint que la facture puisse grimper jusqu’à 1,5 milliard d’euros !

« Ces modalités emportent d’importantes fragilités juridiques, pour une installation dont la justification technique n’est pas avérée, car elle ne répond plus à un besoin de sécurité d’approvisionnement. Les modifications substantielles des clauses du contrat initial ont également conduit à une revalorisation du tarif accordé à GazelEnergie, au-delà de la modification de la formule d’indexation prévue par l’article 229 de la loi de finances pour 2024. S’y ajoutent un bilan carbone critiquable et un impact environnemental contesté », indique le rapport.

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L’intérêt général sacrifié à des intérêts particuliers

En fait, cette opération, dans la droite ligne des critiques de la PPE3, pose encore une fois des questions sur la façon dont le gouvernement et l’Etat sacrifient l’intérêt général au profit d’intérêts particuliers. En plus à Gardanne, l’opération soulève aussi de sérieuses interrogations juridiques et de transparence.

Ainsi, un audit de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) est normalement prévu tous les deux ans, mais la Cour dénonce le refus fait à ses membres d’accéder aux éléments qui permettraient de calculer la rentabilité réelle de la centrale. Même les conditions précises du rachat par GazelEnergie de la centrale en 2022 sont inconnues !

La procédure suivie en décembre 2024 a permis à GazelEnergie d’éviter toute mise en concurrence. Pour la Cour des comptes, il aurait fallu conclure un nouveau contrat, le précédent ayant été résilié. Mais « un nouveau contrat d’achat n’aurait pas été compatible avec les orientations de la programmation pluriannuelle de l’énergie [qui ne permet pas de rémunérer la production d’électricité à partir de biomasse] et les règles européennes en matière d’aides d’Etat [qui interdisent le renouvellement du soutien à des installations déjà construites]. L’Etat a donc contourné sans vergogne le droit, avec un simple avenant au contrat existant… résilié, pour accorder des nouvelles conditions de rémunérations exorbitantes à GazelEnergie. Un appareil d’Etat devenu totalement hors de contrôle.

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Transitions & Energies –2026.

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L’arrêt des centrales à charbon

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COUR DES COMPTES

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Environnement, énergie et développement durable 

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26.02.2026

Dans un contexte de fort recul de la consommation de charbon dans les économies avancées, le rapport de la Cour se penche sur le processus d’arrêt des centrales électriques à charbon en France, en évaluant ses impacts sur la sécurité d’approvisionnement, l’avenir des sites concernés et les enjeux liés à leur fermeture ou reconversion. Le contrôle a porté sur les quatre dernières centrales à charbon encore en fonctionnement ou en cours de reconversion en France : les centrales du Havre et de Cordemais gérées par le groupe EDF, et les centrales de Saint-Avold et de Gardanne dont la gestion incombe à la société GazelEnergie Génération.

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La fermeture des centrales à charbon, entre enjeux climatiques et enjeux de sécurité d’approvisionnements

Le recul des centrales à charbon constitue une tendance ancienne, résultant principalement de la perte de compétitivité de ces installations. La volonté politique d’en accélérer le déclin s’est traduite par l’annonce, en 2017, du Plan Climat fixant l’objectif d’une sortie du charbon à l’horizon 2022, entériné par la loi Énergie-Climat de 2019. Cette décision était cohérente avec les ambitions de la France en matière de lutte contre le dérèglement climatique. Le rapport souligne néanmoins qu’elle présentait des risques pour la sécurité d’approvisionnement, notamment du fait de la baisse alors prévue de la part du nucléaire dans le mix électrique à 50 % d’ici 2025. Le report du plafonnement du nucléaire à 2035 a permis de desserrer partiellement la contrainte pesant sur le système électrique, sans toutefois faire disparaître l’ensemble des risques. Ces fragilités ont été exacerbées par la crise énergétique de 2021-2022. Si cette crise a contrarié la trajectoire initiale, elle n’a pas remis en cause l’objectif de fermeture, dont l’échéance a été repoussée
à 2027. Dans la période actuelle, post-crise, le déficit capacitaire devrait se résorber relativement rapidement, en partie grâce à la meilleure disponibilité du parc nucléaire et à la montée en puissance des énergies renouvelables.

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Des projets de conversion bas-carbone confrontés à une absence de rentabilité

Les centrales à charbon ont ainsi connu un regain d’activité temporaire au cours de la crise énergétique de 2021-2022, alors que leur fonctionnement se limitait à quelques centaines d’heures par an depuis 2019.
Cet épisode exceptionnel leur a permis de dégager des bénéfices sur une courte période. Mais, hors situation de crise énergétique, leur modèle économique est structurellement pénalisé par des coûts fixes et variables élevés, et par une évolution des conditions de marché qui ne devraient pas leur être favorable à moyen terme. Leur viabilité demeure très incertaine, même en intégrant les revenus du mécanisme de capacité.
Le démantèlement en cours de la centrale du Havre et la reconversion industrielle du site de la centrale de Cordemais illustrent ces difficultés à élaborer un modèle économique viable. À Saint-Avold, l’option d’une conversion reste ouverte.

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Des conversions décarbonées requérant un fort soutien, qui ne se justifie pas nécessairement : le cas de la centrale de Gardanne

Les quelques projets de conversion décarbonée envisagés pour succéder aux centrales à charbon se sont heurtées à des difficultés économiques importantes, notamment parce que l’approvisionnement en biomasse solide s’avère plus onéreux que le charbon. La conversion à la biomasse d’une première tranche au charbon à Gardanne en 2013 illustre cette problématique. Le soutien public important accordé au producteur en fin d’année 2024, qui présente un risque élevé pour les finances publiques, a été mis en place selon des modalités ayant permis de réviser des conditions contractuelles substantielles du contrat initial d’achat d’électricité. Ces modalités emportent d’importantes fragilités juridiques, pour une installation dont la justification technique n’est pas avérée, car elle ne répond plus à un besoin de sécurité d’approvisionnement. Les modifications substantielles des clauses du contrat initial ont également conduit à une revalorisation du tarif accordé à GazelEnergie, au-delà de la modification de la formule d’indexation prévue par l’article 229 de la loi de finances pour 2024. S’y ajoutent un bilan carbone critiquable et un impact environnemental contesté.

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Un déficit capacitaire identifié par RTE pour 2030 qui impose à l’État de clarifier ses intentions sur l’avenir du parc thermique

Le devenir des centrales à charbon souligne la nécessité d’une clarification de la stratégie de l’État, qui dépasse le seul cadre des projets de conversion. Alors que RTE, gestionnaire du réseau électrique et garant de l’équilibre offre-demande, considère qu’entre 2 et 5 GW de capacités thermiques supplémentaires pourraient être requis pour garantir la sécurité d’approvisionnement électrique à partir de 2030, il apparaît donc nécessaire, au-delà du devenir du site de Saint-Avold, de clarifier le rôle du parc thermique.
La réforme du mécanisme de capacité, prévue pour entrer en vigueur en 2026, en constitue un levier indispensable. Dans ce contexte, l’État doit rapidement préciser sa stratégie.

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COUR DES COMPTES 

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Le Code des juridictions financières est accessible en ligne sur Légifrance

À jour au 1er octobre 2018, ce code réunit l’ensemble des dispositions législatives et réglementaires relatives à la Cour des comptes, aux chambres régionales et territoriales des comptes et aux institutions associées telle la Cour de discipline budgétaire et financière.

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https://www.ccomptes.fr/fr/publications/larret-des-centrales-charbon

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….depuis  début 2026 et rapport de La Cour des Comptes…. enfin!

Pour le Comité Organisateur du Collectif
Janie Davin-Longchamp, porte-parole
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