NAT40 : le baromètre du CAC40 sur la nature et la biodiversité pointe le retard des entreprises
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Avec une note moyenne de 32/100, les grandes entreprises françaises sont en retard sur la prise en compte de la nature dans leurs modèles de production, selon le WWF qui publie son baromètre NAT40. L’organisation pointe notamment un reporting lacunaire, des plans de transition vagues et des financements insuffisants, alors que l’érosion de la biodiversité et la dégradation de la nature sont des risques croissants pour l’économie.
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Les grands acteurs économiques français sont en retard en matière de prise en compte de la nature et de la biodiversité. C’est ce que révèle le baromètre NAT40, publié par le WWF le 19 février. L’ONG s’est penché sur la manière dont les grandes entreprises cotées au CAC40 mesurent leurs impacts sur la nature et la biodiversité et structurent leurs démarches pour développer des modes de production plus respectueux de la nature.
Sur les 40 entreprises étudiées, « aucune ne dispose à ce jour d’un plan de transition nature formalisé », alerte le WWF. Pire, sur l’ensemble du CAC40, une seule entreprise (Kering) atteint la moyenne tandis que la moyenne globale de l’indice ne dépasse pas 32/100. Ces scores « traduisent un décalage persistant entre les discours affichés et la profondeur des transformations engagées » par les entreprises en matière de protection de la nature, estime le WWF.
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Une sous-estimation généralisée des risques et enjeux liés à la nature
Pour effectuer sa notation, l’organisation a évalué la maturité des entreprises en matière de reporting obligatoire sur les enjeux « nature » (biodiversité, pollution, eau, économie circulaire), et étudié les plans de transition nature des entreprises. En tête du classement ? Kering, LVMH, Carrefour, L’Oréal ou encore Hermès. On retrouve aux places intermédiaires du classement de grandes entreprises industrielles comme Bouygues, Vinci, TotalEnergies, Airbus, Legrand, Arcelor Mittal, qui ont des impacts considérables sur la nature, et en bas de tableau, plusieurs banques (BNP, Crédit Agricole, Société Générale) tandis que Thalès et Orange sont bons derniers.
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Les données du baromètre révèlent notamment « une sous-estimation généralisée des risques et enjeux liés à la nature ». « Certaines entreprises, qui ont un lien fort avec l’agriculture dans leur chaîne de valeur, commencent à comprendre qu’elles doivent intégrer ces enjeux à un niveau stratégique, mais d’autres sont encore en retard », explique à Novethic Ciprian Ionescu, Responsable Capital Naturel du WWF France. Le secteur bancaire, par exemple, apparaît très à la traîne sur le sujet, puisque « les banques considèrent qu’aucun risque lié à la nature n’est matériel » pour leur modèles d’affaires, analyse l’expert. Or, le secteur bancaire, s’il n’est pas en interaction directe avec les écosystèmes, a de lourds impacts sur la nature via ses investissements, qui peuvent également être très exposés aux risques naturels. En 2024, la Banque centrale européenne rappelait ainsi que 72% des entreprises du continent sont dépendantes de la nature et de la biodiversité pour leurs modèles d’affaires.
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Des bonnes pratiques émergentes
Même dans les entreprises les plus avancées, qui affichent un niveau de reporting plus précis sur le sujet, « les objectifs sont rarement alignés sur la science et les actions ne couvrent pas toute la chaîne de valeur », estime le WWF. Le rapport pointe ainsi le manque de prise en compte de l’ensemble des chaînes d’approvisionnement dans les reportings des entreprises, l’absence de plans de transition alignés sur la science, et surtout un défaut chronique de financements pour mettre en œuvre les actions de transition. En octobre 2025, un rapport du cabinet de conseil EY allait dans le même sens, montrant que si les entreprises communiquent beaucoup sur leurs engagements en faveur de la nature, les actions concrètes et efficaces sur le sujet restent rares. Symptomatique de ce retard : deux tiers des entreprises du CAC40 n’ont pas d’indicateur lié à la biodiversité ou la nature intégré à la rémunération de leurs dirigeants. « On est encore très loin de modèles économiques alignés avec les limites planétaires », résume Ciprian Ionescu.
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Pourtant, le spécialiste se veut optimiste : « on voit quand même que certaines entreprises commencent à prendre conscience que la protection de la nature est un enjeu stratégique, et des bonnes pratiques commencent à être mises en œuvre », explique-t-il. Parmi celles-ci, le WWF pointe les analyses de double matérialité qui ont permis à certains acteurs d’identifier leurs vulnérabilités, leurs impacts et leurs dépendances vis-à-vis de la nature. « Le nouveau rapport de l’IPBES (le Giec de la biodiversité, ndlr) montre que toutes les entreprises sont concernées par les enjeux nature. Une fois que l’on a identifié ça, il faut avoir des indicateurs pertinents pour évaluer ses impacts, ses risques, ses opportunités », commente Ciprian Ionescu. Le WWF recommande notamment aux entreprises de se doter de plans d’actions alignés sur la science, avec des financements dédiés pour mettre en place des actions sur le temps long. « C’est une demande qui monte chez les parties prenantes, notamment les investisseurs, donc les entreprises ont tout intérêt à mieux évaluer le coût de l’inaction pour sortir des approches court-termistes », résume Ciprian Ionescu.
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