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Une étude scientifique remet en cause la destruction des animaux nuisibles

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La destruction chaque année de quelque 1,7 million d’animaux jugés nuisibles est inefficace et se révèle plus coûteuse que les dommages qu’on leur impute. Les associations de protection de la nature appellent à mettre fin à cette destruction.

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Une étude scientifique remet en cause la destruction des animaux nuisibles

« L’efficacité de cette politique publique n’avait jamais été évaluée », explique le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN). C’est maintenant chose faite. Une étude scientifique, menée par des chercheurs du Muséum et publiée ce lundi 9 mars dans la revue Biological Conservation (1) , a évalué, du point de vue écologique et économique, l’efficacité de la lutte contre les animaux dits « nuisibles » en exploitant sept années de données (2015-2022) officielles portant sur les déclarations de dégâts et sur le nombre de nuisibles tués.

Dans une expertise datant de juin 2023, l’Agence de sécurité sanitaire (Anses) avait toutefois estimé que le classement du renard comme nuisible n’était pas justifié par un motif sanitaire (lié aux possibles transmissions de zoonoses). En septembre de la même année, une synthèse de la littérature scientifique effectuée par la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) avait également montré l’inefficacité de la destruction des nuisibles pour réduire les dégâts (sur la santé, sur les troupeaux, sur la faune sauvage, agricoles) mais elle n’avait, en revanche, pas évalué le bilan économique d’une telle approche.

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Destruction sans lien avec l’évolution du coût des dommages déclarés

L’étude publiée aujourd’hui montre que la destruction de quelque 1,7 million de renards, mustélidés (fouines, martes) et corvidés (pies, corbeaux et corneilles) ne présente pas de lien avec l’évolution des coûts des dommages (pertes agricoles, zoonoses) déclarés, de même que l’arrêt de cette destruction n’augmente pas les dommages constatés. En outre, les scientifiques établissent que ce « contrôle » des espèces n’a pas d’incidence sur la régulation des corvidés. Mais, surtout, qu’il présente un coût (entre 103 et 123 M€) huit fois supérieur à celui des dommages occasionnés (8 à 23 M€).

« Aucun bénéfice de l’effort de contrôle n’a été mis en évidence. Le contrôle létal n’a pas d’incidence sur les effectifs des populations et pourrait même réduire les services écosystémiques associés à ces espèces », conclut l’étude. Parmi ces services, figurent la régulation des populations de rongeurs par les petits carnivores et la dispersion de graines par les corvidés.

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« Étant donné que le contrôle létal est inefficace, économiquement injustifiable et éthiquement discutable, nous recommandons que la réduction des coûts économiques des dommages se concentre d’urgence sur la réduction et la prévention de ces dommages, ce qui ne requiert pas de contrôle létal », concluent les chercheurs dans la discussion des résultats de l’étude.

Ils relèvent toutefois l’attachement du monde agricole au piégeage et au tir de contrôle, soulignant que leur étude permet de contribuer à deux des trois conditions nécessaires pour mettre fin à ces méthodes de régulation : une prise de conscience des aspects pratiques, économiques et éthiques négatifs du tir de contrôle, et un meilleur accès des agriculteurs aux connaissances scientifiques. Reste à développer des solutions alternatives efficaces, et potentiellement non létale, pour réduire les dégâts. Concernant les corvidés, des « recherches prometteuses » sont en cours sur les répulsifs pour semences et les systèmes de dissuasion, rapporte l’étude.

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Réviser la politique actuelle de gestion

En tout état de cause, le Muséum juge « opportun » de réviser la politique actuelle de gestion des dégâts, comme l’avait déjà préconisé l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable (Igedd) dans un rapport daté de décembre 2024. Actuellement, cette politique repose sur un arrêté triennal, dont la version en vigueur expire cette année. Cet arrêté vise neuf espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (Esod) : belette, fouine, martre, renard, corbeau freux, corneille noire, pie bavarde, geai des chênes, étourneau sansonnet. Il permet de détruire ces espèces par tir ou par piégeage, voire par déterrage pour le renard, y compris hors période de chasse. Quelques restrictions existent pour certaines espèces dans des départements déterminés.

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“ Le coût de ce dispositif est disproportionné, au regard de l’absence de résultats, sur tous les plans : financier, écologique et éthique ” FNE, Humanité et biodiversité, LPO

Le rapport de l’Igedd avait relevé qu’aucun des autres pays étudiés n’avait mis en place de dispositif fondé sur la destruction comme l’avait fait la France. Dans ces pays, « la mise en œuvre opérationnelle s’appuie sur trois piliers (éviter, limiter ou indemniser les dégâts) et est déclinée au plus près du terrain suivant trois principes (la proportionnalité, la responsabilité et la gestion différenciée) », rapportait la mission. Par conséquent, cette dernière préconisait de supprimer le dispositif d’arrêté triennal à son échéance en août 2026 et d’en expérimenter un autre fondé sur une gestion collégiale sur des espèces cibles dans quelques départements..

« Contrairement aux affirmations officielles, détruire les Esod ne permet ni de « réguler » leurs populations, ni de réduire les dégâts aux activités humaines. Le coût de ce dispositif est disproportionné, au regard de l’absence de résultats, sur tous les plans : financier, écologique et éthique », réagissent trois associations de protection de la nature (FNE, Humanité et biodiversité, LPO). Celles-ci appellent en conséquence le Gouvernement à réformer en profondeur la réglementation « obsolète et inadaptée » sur les Esod en privilégiant les méthodes de prévention et les alternatives au piégeage.

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1. Consulter l’étude publiée dans la revue Biological Conservation
https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0006320726000273
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