Colombie : près de 1 000 militants des droits de l’homme tués en dix ans
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Un total de 972 militants des droits de l’homme ont été assassinés en Colombie entre 2016, année de l’accord avec l’ex-guérilla des Farc, et 2025, a annoncé jeudi 19 mars le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU. Ce chiffre représente une moyenne de près de 100 décès par an, a déploré l’organe onusien dans un communiqué accompagnant la publication d’un rapport.
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« Il est déchirant de constater que la Colombie demeure l’un des pays les plus dangereux au monde pour les défenseurs des droits humains », a regretté le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme Volker Türk, cité dans le communiqué.
Si un dialogue a été mis en place avec les organisations de la société civile et une politique nationale menée en direction des défenseurs des droits humains, « les institutions étatiques (…) n’ont pas été en mesure d’inverser les tendances et schémas de violence », relève ce rapport portant sur la période 2022-2025.
Les auteurs du rapport affirment que « cette tendance est principalement liée aux conflits impliquant des acteurs armés non étatiques dans des zones anciennement contrôlées par le groupe de guérilla des Farc, où l’État a peiné à établir une présence stable ».
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410 défenseurs des droits humains morts entre 2022 et 2025
Le rapport pointe également « des intérêts criminels liés notamment au trafic de drogue, à l’exploitation minière et forestière illégales, ainsi qu’à la traite des êtres humains ». « L’évolution des homicides, des menaces, des attaques et des déplacements forcés montre que les violences à l’encontre des défenseurs ne constituent pas un phénomène isolé ou passager, mais une réalité persistante étroitement liée à des causes structurelles profondes », affirme encore le rapport, qui souligne la faiblesse et la saturation des institutions face au phénomène.
Entre début 2022 et fin 2025, période durant laquelle 410 défenseurs des droits humains ont été tués, 23 % des victimes étaient des autochtones, un pourcentage extrêmement élevé pour une population ne représentant que 4,7 % des Colombiens. Les communautés afrodescendantes et paysannes, les militants communautaires et environnementaux, les défenseures des droits humains et défenseurs des droits des enfants ont aussi été ciblés, détaille le rapport.
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Au cours de la même période, 2 018 cas de menaces et d’attaques contre des défenseurs des droits humains ont été recensés, indique encore le rapport, précisant que ce chiffre « ne représente qu’une fraction de l’ampleur réelle du phénomène » faute de système efficace de compilation de données.
Pour tenter d’infléchir cette dramatique tendance, les auteurs du rapport recommandent à la Colombie de « consolider les politiques publiques efficaces, de mettre en œuvre les réformes institutionnelles essentielles (et) de promouvoir les enquêtes criminelles » afin de prévenir l’impunité et développer des mécanismes de protection adaptés.
« À moins que des mesures efficaces ne soient prises pour faire de la protection des défenseurs des droits humains une priorité nationale, assorties d’un programme clair de prévention, de protection, d’enquêtes et de traitement des causes structurelles, les violences à leur encontre persisteront », ajoutent-ils.
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