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« Comment sortir l’environnement du piège partisan pour en faire un sujet de réconciliation ? »
A un an de l’élection présidentielle, l’écologie pourrait cliver la société française. Elle devrait, au contraire, la rassembler autour d’efforts communs et concrets, comme le rappelle, dans une tribune, un collectif de chefs d’entreprise, de responsables d’associations et d’institutions scientifiques.
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A l’approche de l’élection présidentielle, l’environnement risque d’être relégué au rang d’objet de confrontation partisane. Ce serait une erreur stratégique majeure. Résumer l’environnement à un sujet de clivage revient à affaiblir notre capacité collective à y répondre. Là où il faudrait avancer avec détermination et constance, nous installerions des alternances d’orientation, des revirements et de l’instabilité. Dans un contexte où les effets du changement climatique et de la pollution s’intensifient, cette fragmentation du débat n’est pas seulement inefficace : elle devient dangereuse.
La détérioration de l’environnement n’attend pas les élections. Elle est déjà à l’œuvre, dans les vagues de chaleur, les tensions sur l’eau, les aléas agricoles ou encore la volatilité des prix de l’énergie. Réduire cet enjeu à des oppositions simplificatrices, pour ou contre telle technologie, pour ou contre telle source d’énergie, revient à passer à côté de l’essentiel. Les conditions mêmes de la vie quotidienne et la souveraineté de notre société sont en jeu. Comment sortir l’environnement du piège partisan pour en faire un sujet de réconciliation pendant les débats de l’élection présidentielle ?
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Ainsi, mettre l’environnement au service d’un débat présidentiel constructif suppose un déplacement du regard. Il s’agit de parler d’environnement à partir de ses effets immédiats sur la société : la santé, le logement, le pouvoir d’achat, la justice sociale, la résilience des territoires, la souveraineté énergétique. Autrement dit, partir du vécu plutôt que des abstractions, et aborder explicitement l’adaptation de notre société aux conséquences déjà visibles de la dégradation environnementale.
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Combat social et économique
Il ne s’agit en rien d’abandonner la lutte contre le dérèglement climatique, ni de relativiser l’urgence de la réduction des émissions. Au contraire, il s’agit de la renforcer en la reliant à ce qui affecte les Français au quotidien. En ancrant ainsi le débat dans des nécessités concrètes et largement partagées, ce cadrage permet de dépasser les clivages traditionnels, de créer les conditions d’une mobilisation plus large et d’engager des transformations profondes et cohérentes de nos modes de vie et de nos cadres collectifs.
Dans cette perspective, le combat environnemental ne peut plus être uniquement technique et planétaire. Il touche directement aux conditions de vie de chacun et devient social, économique, sanitaire et culturel. Il pose, de manière centrale, la question de la justice, car tous les Français ne sont pas exposés de la même manière. Les plus précaires, souvent contraints de vivre dans des logements mal isolés ou dans des territoires moins bien protégés, sont en première ligne, avec des capacités d’adaptation plus limitées.
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Si cette réalité n’est pas intégrée, l’écologie continuera d’être perçue comme une contrainte injuste. Parler d’adaptation, c’est donc répondre à des situations déjà vécues. La rénovation thermique des logements relève autant de la santé publique que du pouvoir d’achat. La transformation des villes, par la végétalisation, la gestion de l’eau ou l’accès à l’ombre, améliore le quotidien. De même, réduire la dépendance aux énergies fossiles renforce la résilience face aux crises internationales et contribue à la souveraineté énergétique.
Résilience des territoires
Cette approche ne permet pas seulement de réconcilier les Français entre eux et avec le débat public à l’approche des élections. Elle crée des passerelles entre les acteurs publics, économiques et associatifs. Elle est ainsi compatible avec l’engagement des entreprises de l’environnement, en offrant un cadre orienté vers des résultats tangibles sur les territoires. Elle rejoint les attentes des agriculteurs, confrontés sur le terrain aux effets du dérèglement climatique, en valorisant la diversification, la gestion de l’eau et la résilience des exploitations. Elle s’articule avec le rôle des assureurs, appelés à évoluer d’une logique de réparation vers une logique de prévention et d’anticipation des risques. Elle correspond enfin aux enjeux des énergéticiens, en inscrivant leurs investissements dans une optique de stabilité, de souveraineté et de robustesse des systèmes.
Cette approche ouvre également de nouvelles perspectives pour les associations environnementales. Souvent en première ligne, elles expérimentent des solutions concrètes et accompagnent les populations les plus exposées. En inscrivant davantage le débat dans une logique d’adaptation, leurs actions gagnent en lisibilité et en reconnaissance, en lien direct avec des enjeux vécus au quotidien.
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Cette évolution pourrait aussi les aider à réactiver les financements dont elles ont absolument besoin, publics comme privés, en mettant en lumière la contribution concrète de leurs initiatives à la santé, à la résilience des territoires et à la protection des conditions de vie. Elle ne remet pas en cause leur indépendance ni leur capacité d’interpellation, mais peut, au contraire, renforcer leur rôle, en donnant plus de visibilité et de portée à leurs actions.
Ainsi, l’adaptation ne juxtapose pas des intérêts divergents : elle organise leur convergence autour d’un objectif commun : rendre la société plus résiliente face aux transformations déjà à l’œuvre. Soit l’environnement reste enfermé dans des oppositions partisanes, au risque d’être dépendant des résultats d’une élection ; soit il devient le point de départ d’un effort collectif lucide, orienté vers la protection des conditions de vie et la résilience de notre société. Dans un contexte de bouleversements déjà engagés, la seconde option n’est pas seulement préférable. Elle est nécessaire.
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Signataires : Sébastien Bazin, président-directeur général d’Accor ; Jean-Marc Borello, fondateur et président du directoire du groupe SOS ; Alicia Combaz, fondatrice de Make.org ; Axel Dauchez, fondateur de Make.org ; Pascal Demurger, directeur général de la MAIF ; Stéphane Junique, président du groupe mutualiste VYV ; Antoine Petit, président-directeur général du CNRS.