Depuis des années, nos agriculteurs et agricultrices font face à des revenus excessivement bas, 18 % d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté en France, un salaire qui ne reflète pas l’engagement et les investissements entrepris, avec plus de 54 h de travail en moyenne par semaine. Bon nombre d’entre elles et eux ne parviennent pas à dégager un salaire décent. En cause : la concurrence déloyale, la vente à perte, la course aux rendements et au nivellement par le(s prix) bas pour ne jamais rivaliser avec des normes sociales, environnementales, sanitaires que nous n’accepterions jamais chez nous; les conséquences des changements climatiques, l’explosion des zoonoses, les surproductions qui ne rencontrent parfois pas la demande, la crise du pouvoir d’achat et l’alimentation qui passe toujours en dernier, l’inégale répartition des marges, nos milliers de dépendances, en intrants, en engrais, en phytos, en exportations, en gasoil… Partout, les crises s’amoncellent, sans qu’aucune ne soit réglée.
Le projet de loi d’urgence agricole dont nous avons commencé l’étude il y a deux semaines en commission est donc annoncé comme une “solution” aux crises répétées que subit l’agriculture française. Après la commission développement durable il y a deux semaines, nous avons débattu de ce texte la semaine dernière en commission des affaires économiques, notamment sur le revenu agricole, sujet que nous demandons d’inscrire à l’ordre du jour depuis plus de trois ans maintenant, qui est le nœud du renouvellement des générations et de la transition écologique !
J’ai défendu, toute la semaine plusieurs amendements, pour une rémunération digne de nos agriculteurs et agricultrices, par exemple pour améliorer le concept de “tunnel des prix” proposé par le Gouvernement. En effet, l’article 21 du projet de loi prévoit la mise en place de tunnels de prix dans les contrats de vente de produits agricoles, avec une borne minimale, c’est-à-dire un prix plancher qui ne peut être inférieur aux indicateurs de référence relatifs aux coûts pertinents de production. Mais il y a un hic : il y a une possibilité de déroger “si les parties choisissent explicitement d’autres indicateurs et en justifient les raisons dans le contrat” ouvrant ainsi la possibilité d’un prix plancher inférieur aux coûts de production. Je proposais donc de rendre pleinement contraignants le fait de respecter les indicateurs de coûts de production, car nous connaissons les risques de laisser les “parties” se référer à d’autres indicateurs, bien souvent au détriment des agriculteurs et de leur rémunération alors qu’entre 2015 et 2024, 43 % des agriculteurs en moyenne ont généré un résultat négatif ou inférieur au SMIC. Malheureusement, cet amendement a été rejeté. La réponse sur ce lien à partir de 03:30:07.
J’ai également défendu un amendement visant à protéger les agriculteurs des « prix abusivement bas ». Le mécanisme d’interdiction des « prix abusivement bas », prévu par la loi, reste aujourd’hui largement inopérant en raison d’une formulation trop floue et d’une application hétérogène, prenant en compte “notamment” les indicateurs de coûts de production. Dans les faits, cette imprécision du terme “notamment” rend le mécanisme largement inopérant, alors même qu’il devrait constituer un outil essentiel de protection du revenu agricole ! Je proposais donc de préciser que l’évaluation d’un prix abusivement bas doit se fonder exclusivement sur les indicateurs de coûts de production, reconnus et publiés au niveau national. Là aussi, cet amendement a été rejeté par le RN, les LR, et les macronistes. La réponse sur ce lien à partir de 03:32:21.
Au milieu de nombreux autres amendements, pour nous permettre de faire face sérieusement à la concurrence déloyale, à mieux approvisionner la restauration collective ou améliorer le revenu agricole, j’ai notamment également défendu une mesure de protection pour interdire la commercialisation sur le territoire français de produits agricoles et alimentaires ne respectant pas les normes de production applicables aux producteurs établis sur le territoire national ou des normes équivalentes sur les plans environnemental, sanitaire et social. Parce que, si nous voulons une agriculture durable, respectueuse des écosystèmes et des agriculteurs, nous ne pouvons pas, en même temps, laisser ouvert notre marché aux productions qui ne respectent pas les exigences que nous fixons à nos agriculteurs. Malheureusement ces amendements n’ont pas été adoptés, suite à l’opposition des groupes RN, LR et Macronistes.
pour s’assurer que la rémunération de la main d’œuvre agricole salariée et non salariée et la protection sociale soient bien prises en compte dans les indicateurs de coût de production ;
pour rendre obligatoire l’utilisation des indicateurs de référence des interprofessions ou des instituts techniques en supprimant la possibilité de recourir à des indicateurs alternatifs ;
et pour permettre aux producteurs d’avoir la possibilité de changer d’organisation de producteurs ou d’association d’organisations de producteurs en cas de changement de mode de production, par exemple en cas de conversion en agriculture biologique.
Et je termine sur une autre victoire qui me tient particulièrement à cœur ! Deux ans après ma première tentative d’inscrire l’objectif de 100 % de viandes françaises servies dans les cantines, nous avons enfin réussi à faire adopter cette mesure ! Les éleveurs sont les agriculteurs les plus touchés par la précarité en France et se sont également parmi les plus exposés à la concurrence des produits importés à bas prix avec les accords de libre-échange. La restauration collective doit soutenir nos éleveurs en privilégiant leurs produits. L’adoption de notre amendement est une avancée importante en défense des éleveurs français et un pas contre la concurrence déloyale des viandes importées. Je suis immensément heureuse d’avoir pu faire avancer cette bataille !
Voilà : après deux semaines de commission, le compte n’y est malheureusement pas – et je peux affirmer sans doute que bien malheureusement, ce texte ne changera absolument rien au quotidien des agriculteurs drômois. Je me battrai les deux prochaines semaines en séance – du 19 au 29 mai à peu près – pour un texte qui soit véritablement utile, qui porte une vraie ambition pour l’agriculture française, loin, bien loin, des belles paroles et des crises qui s’amoncellent.
Le combat de la semaine : pour une montagne vivante
« Elle a cette petite magie, la montagne : que de révéler le plus grand des courages, de la détermination des hommes et femmes que nous sommes; de révéler également nos fragilités, le vertige de la solitude face aux éléments, notre petitesse aussi. En haut des cimes, on se rend compte que la neige, le ciel et l’or ont la même valeur”.
La montagne a des enjeux spécifiques, c’est un territoire unique soumis à des aléas climatiques encore plus importants qu’ailleurs, le changement climatique y est plus rapide : les territoires de montagne se sont déjà réchauffés de 2° au cours du 21e siècle. J’ai porté plusieurs amendements pour protéger et faire vivre nos territoires de montagne dans les années à venir et afin de faire face aux bouleversements du dérèglement climatique, à la ligne d’enneigement qui remonte et aux glaciers qui reculent.
Pour que nous le soutenions en séance publique, ce texte devra prendre en compte l’évolution du modèle touristique, la bonne gestion et le partage de l’eau, la protection des écosystèmes les plus vulnérables comme les glaciers et les milieux périglaciaires, la préservation de nos forêts, la réhabilitation du bâti existant et le renforcement de la démocratie environnementale. Il faudra réhausser son ambition, pour l’école de la République, pour l’accès aux soins, pour le tourisme de demain, pour le maintien de nos services publics, pour les mobilités en montagne, pour nos filières locales, car non, la montagne ne peut se satisfaire de belles intentions. L’examen de ce texte aura lieu demain mercredi 13 mai en séance, si vous voulez suivre en direct .
Le courrier de la semaine : protéger le grand tétras et le lagopède alpin
Avec plusieurs collègues, de manière transpartisane et à l’initiative du député Benoît Larrouquis, nous avons écrit au Premier Ministre pour protéger le lagopède alpin et le grand tétras ! L’état de conservation de ces deux espèces inquiète et des mesures de protection renforcées doivent être prises, pour interdire la chasse de ces espèces, qui a récemment été suspendue pour cinq ans pour le lagopède alpin, et pour les classer en tant qu’espèces protégées. Face à l’effondrement des espèces, nous restons mobilisé-es pour protéger ce qui peut l’être.
Une semaine à Paris
Lundi, mardi et mercredi jusqu’à minuit, en parallèle des débats en hémicycle sur la Loi de Programmation Militaire, je siégeais en commission des affaires économiques où nous avons examiné le projet de loi d’urgence agricole. Nous avons enfin de sujets centraux pour nos agriculteurs et agricultrices, comme le revenu, le foncier, la restauration collective et la commande publique. Il s’agit là de débats que nous attendions depuis des années. La présence des députés écologistes a été très utile pour améliorer le texte comme je vous le relatais en éditorial, et a permis d’apporter des réflexions à contre-courant du modèle productiviste auquel s’attache tant bien que mal le Gouvernement et ses soutiens au RN et à LR.
Mercredi, je siégeais en commission Développement durable et aménagement du territoire pour l’examen de la loi « Montagne ». J’y ai défendu la vision de mon groupe, en portant des amendements pour une véritable prise en compte des impacts environnementaux dans les territoires de montagne. Nous nous sommes fermement opposés à certains articles de ce texte comme l’article 4 qui prévoit la facilitation de projets de retenues collinaires bénéficiant, notamment, aux loisirs de neige avec la création de neige artificielle sans hiérarchiser les usages, par exemple en faveur de l’eau potable ou de l’agriculture. Une absurdité, alors que la ressource en eau est de plus en plus en tension, de placer la neige artificielle au même niveau que des besoins primaires.
Une semaine dans la Drôme
Ce lundi, je me rendais à Combovin sur l’exploitation d’Alain Baudouin pour assister à une formation d’éleveur infirmier dispensée par le vétérinaire Michel Bouy.
Aux côtés de futurs éleveurs et éleveuses en formation au CFPPA de Die, j’ai pu voir comment prendre soin des brebis de son troupeau en toute autonomie : faire un bandage en cas de fracture, soigner une plaie ou encore gérer une mise bas compliquée.
Mais cette formation va plus loin, elle apprend aussi à faire l’autopsie d’un animal pour identifier une bactérie dans l’estomac, une infection dans le poumon et permettre ainsi de gérer au plus vite une éventuelle contamination du troupeau. Ces gestes permettent aux éleveurs et éleveuses de pouvoir traiter un problème médical sans l’intervention d’un vétérinaire ou en première intention afin de donner les bonnes informations au vétérinaire et préparer son arrivée. Merci beaucoup à Michel Bouy de m’avoir proposé d’assister à cette formation et à Alain Baudouin pour son accueil et pour le bon repas composé de produits de sa ferme !
Mardi, alors que je défendais des amendements en faveur de prix agricoles rémunérateurs à l’Assemblée nationale, j’étais représentée lors de l’Assemblée générale de la Fédération départementale des producteurs de lavande et lavandin et le syndicat des distillateurs de la Drôme à Nyons
Cette filière emblématique de la Drôme connaît des difficultés importantes depuis quelques années. La raison principale ce sont les prix d’achat qui ont chuté et qui ne permettent pas aux producteurs et productrices de vivre de leur travail. En plus de ça, ils subissent les conséquences du contexte géopolitique qui fait exploser les factures d’énergie sur la production et surtout la distillation. Je voudrais les assurer de mon plein soutien et continuerai à dialoguer avec eux pour trouver ensemble des solutions, surmonter cette crise et conserver dans la Drôme ce savoir-faire ancestral qui fait partie de notre culture et de nos paysages.
J’étais également représentée à la réception de départ de Madame la Sous-préfète de Die . Je tiens à la remercier publiquement pour le travail que nous avons mené ensemble durant ces dernières années, au service de notre territoire et de ses habitant-es. Je lui souhaite une très bonne continuation dans les Alpes-de-Haute-Provence, un territoire voisin avec lequel nous partageons une frontière et des problématiques communes. Comme l’a rappelé Madame la préfète dans son discours, je ne doute pas que Madame Simonin continuera à faire vivre pleinement la devise du corps préfectoral : “S’attacher sans s’enraciner, mais ne pas oublier.” !
Vendredi, en ce 8 mai nous célébrions la fin de la Seconde Guerre mondiale, la fin de la barbarie Nazie, le début d’un nouvel ordre qui s’articulera autour de l’ONU, du droit international, du projet Européen.
Dans la joie et la fierté nationale, le peuple français adresse son fraternel salut à ses vaillants alliés qui, comme lui, pour la même cause que lui, ont durement, longuement, prodigué leurs peines, à leurs héroïques armées et aux chefs qui les commandent, à tous ces hommes et à toutes ces femmes qui, dans le monde, ont lutté, pâti, travaillé, pour que l’emportent, à la fin des fins, la justice et la liberté. De la paix comme cap. Aujourd’hui, celui-ci vacille de toutes parts. Se remémorer, c’est je crois, notre capacité à préserver ce que nos aînés ont bâti pour que nous puissions vivre libres. Se remémorer, c’est ne jamais laisser les idées rances qui ont abouti à tant de souffrances nous faire oublier ce qui compte. La paix. Toujours. Ce 8 mai, j’étais comme nombre d’entre vous à Rochegude, puis à Bouchet. Mille mercis pour ces cérémonies si émouvantes, aux Maires Fabien Coullomb et Jean-Michel Avias et leurs équipes, aux enfants présents, à leurs familles, à tous·tes celles et ceux présent·es.
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Projection La guerre des Prix – 5 juin – EDEN Crest à 20h30
Communiqué de presse de Marie Pochon – Projection du film “La guerre des prix” – le 5 juin à 20h30 – Cinéma l’Eden Crest
Comment se fixent les prix pour les agriculteurs ? Vendredi 5 juin à 20h30, la députée Marie POCHON organise en partenariat avec Max Havelaar France et le cinéma l’Eden à Crest, une
projection-débat autour du film « La Guerre des Prix » réalisé par Anthony DECHAUX.
À travers le parcours d’Audrey, fille d’agriculteurs devenue cheffe de rayon puis envoyée en centrale d’achat pour défendre une filière bio et locale, le film nous plonge dans les coulisses des
négociations commerciales. Il montre, sans simplification excessive, la pression exercée sur les prix et les arbitrages permanents entre compétitivité, qualité, accessibilité pour les
consommateurs et revenu des producteurs.
Pour Marie POCHON: “Le sujet du revenu agricole est un sujet qui me tient à cœur : j’ai pu défendre et faire adopter en avril 2024 une proposition de loi permettant des prix rémunérateurs pour les
agriculteurs, malheureusement encore non débattue au sénat; et je siège depuis la dissolution au sein de l’Observatoire de Formation des Prix et des Marges (OFPM) afin de travailler au mieux à la transparence des prix payés aux agriculteurs, à la transparence et la régulation des marges opérées par les acteurs de la transformation et de la distribution. Ces sujets, je le sais, tiennent à coeur à de nombreux drômois, inquiets de la situation de précarité économique de nombre d’agriculteurs et agricultrices du territoire, inquiets également des prix des produits alimentaires qui montent dans les supermarchés face à la crise du pouvoir d’achat. Cette projection est l’occasion de débattre de la fabrication des prix de l’alimentaire, dans un débat que j’aurai l’honneur d’animer, en présence de Valeria Rodriguez, directrice du plaidoyer chez Max Havelaar France et Job Mesnil, maraîcher au GAEC La Cavale à Montoison et membre d’Agricourt. J’espère vous y retrouver nombreuses et nombreux !”