« Le nucléaire va ruiner la France », par Laure Noualhat
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Laure Noualhat
16/05/2025

Le tournant a été pris en 2022 : Emmanuel Macron a décidé la relance du nucléaire.
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Au parc de 56 réacteurs, six nouveaux EPR viendraient s’ajouter dans un premier temps, puis huit autres d’ici 2050. Une industrie tente de se reconstituer pour « produire une électricité décarbonée », censée nous déplacer, nous chauffer et nous divertir. Le « graal » nucléaire serait la seule solution pour lutter contre les changements climatiques et préserver notre confort.
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Le hic, c’est que la production de cette électricité est un puits sans fonds… et que les fonds, justement, manquent cruellement. EDF est lourdement endettée et d’énormes investissements publics sont nécessaires pour maintenir le parc actuel et gérer ses déchets radioactifs. Où trouver les dizaines de milliards d’euros pour ces nouveaux EPR, dont les chantiers sont déjà en retard ? C’est l’État, c’est-à-dire le contribuable, qui paiera. D’autres choix énergétiques seraient pourtant bien moins coûteux, comme le montre Laure Noualhat dans cette enquête chiffrée et documentée.
.De surcroît, on oublie bien souvent que la sobriété énergétique reste le choix le plus sérieux de l’époque. Il est urgent de repenser la politique de l’énergie, pour que la France ne s’engage pas dans une impasse ruineuse. Contributrice régulière de Reporterre, Laure Noualhat est journaliste, spécialiste du nucléaire et des sujets environnementaux.
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Le tournant a été pris en 2022 : Emmanuel Macron a décidé la relance du nucléaire. Au parc de 56 réacteurs, six nouveaux EPR viendraient s’ajouter dans un premier temps, puis huit autres d’ici 2050. Une industrie tente de se reconstituer pour « produire une électricité décarbonée », censée nous déplacer, nous chauffer et nous divertir. Le « graal » nucléaire serait la seule solution pour lutter contre les changements climatiques et préserver notre confort. Le hic, c’est que la production de cette électricité est un puits sans fonds… et que les fonds, justement, manquent cruellement. EDF est lourdement endettée et d’énormes investissements publics sont nécessaires pour maintenir le parc actuel et gérer ses déchets radioactifs. Où trouver les dizaines de milliards d’euros pour ces nouveaux EPR, dont les chantiers sont déjà en retard ? C’est l’État, c’est-à-dire le contribuable, qui paiera. D’autres choix énergétiques seraient pourtant bien moins coûteux, comme le montre Laure Noualhat dans cette enquête chiffrée et documentée. De surcroît, on oublie bien souvent que la sobriété énergétique reste le choix le plus sérieux de l’époque. Il est urgent de repenser la politique de l’énergie, pour que la France ne s’engage pas dans une impasse ruineuse.
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« Le nucléaire va ruiner la France », par Laure Noualhat
La journaliste Laure Noualhat démonte le mythe d’un nucléaire bon marché et garant de notre souveraineté énergétique.
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Février 2022. Emmanuel Macron, sans consulter ni les élus ni la population, décide de relancer le nucléaire français en programmant la construction de six nouveaux réacteurs EPR 2. Est-ce bien raisonnable ? Les énergies renouvelables, accessibles plus rapidement et moins coûteuses, progressent partout ailleurs, nous rappelle la journaliste Laure Noualhat, qui cite l’avis « assassin » de la Cour des comptes rendu en janvier 2025 sur la filière EPR, dénonçant « surcoûts, retards et incertitudes ».
Il faut dire que la construction de l’EPR finlandais a duré seize ans au lieu de quatre et a coûté 12 milliards d’euros au lieu de 3 milliards. L’ardoise du chantier britannique de Hinkley Point C a de son côté battu tous les records avec ses 56,4 milliards d’euros.
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Quant aux pistes de financement envisagées, l’Etat accorderait un prêt à taux zéro à EDF pour la construction des EPR 2. Et la Caisse des dépôts et consignations pourrait s’appuyer sur le Livret A. Mais celui-ci sert déjà à financer le logement social et doit contribuer à l’effort de guerre.
On aurait donc recours à des « contrats pour différence » qui prévoient que face aux fluctuations du marché de l’électricité, si le prix de marché est inférieur au prix de référence, l’Etat verse une compensation au producteur d’électricité. Ou encore à des « modèles d’actifs régulés », permettant de récupérer les coûts de construction auprès des consommateurs en augmentant les tarifs avant la mise en service. Dans tous les cas, les Français mettraient la main au portefeuille.
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Certes, le gestionnaire de réseau RTE a évalué les coûts du développement des différentes filières énergétiques. Le scénario qui envisage une réduction de la part du nucléaire à onze centrales en 2050 avec une montée en puissance des renouvelables serait plus cher que celui de la construction de nouveaux réacteurs. Mais tous les coûts ont-ils été pris en compte ? En particulier celui de l’« héritage radioactif » laissé aux générations futures ? Le retraitement du combustible irradié à La Hague coûte à lui seul entre 1 et 2 milliards d’euros par an.
Et Laure Noualhat de nous rappeler la vulnérabilité des centrales au changement climatique, avec notamment les risques de submersion de celles qui se trouvent à proximité des côtes. Certes, pour éviter un Fukushima français, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a exigé l’installation de palplanches, de digues de protection, de portails étanches… Mais quid des effets de la sécheresse ?
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Pour fonctionner correctement, les centrales françaises ont besoin de 26 milliards de mètres cubes d’eau par an, « soit l’équivalent du débit annuel de la Loire », précise l’autrice. Le programme du nouveau nucléaire ressemble donc plus à « un acte de foi qu’à une décision éclairée », conclut-elle.
En parallèle, l’entretien du nucléaire existant est extrêmement coûteux. Les incidents se multiplient. Et le total des investissements de la période 2011-2033 atteindrait environ 110 milliards d’euros. Enfin, le nucléaire, censé assurer notre indépendance énergétique, s’appuie sur l’importation d’un uranium issu à 100 % du Niger, du Kazakhstan et du Canada, rappelle l’autrice dans ce réquisitoire argumenté et bien informé qui ne peut que nous laisser perplexes et inquiets.
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Naïri Nahapétian
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Le nucléaire va ruiner la France, par Laure Noualhat, Coll. Reporterre, Seuil, 2025, 192 p., 13,50 €.
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Laure Noualhat est journaliste, spécialiste du nucléaire et des sujets environnementaux.