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Manger trop de viande est une aberration pour l’environnement et la santé
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Autrefois l’apanage des pays riches, la consommation de viande ne cesse de se démocratiser et d’augmenter dans le monde. L’élévation du niveau de vie dans les pays en voie de développement amplifie les effets déjà catastrophiques d’une surconsommation de viande non soutenable et inutile dans les pays occidentaux.
Entre 1960 et 2020, la consommation de viande au niveau mondiale a été multipliée par 4 alors que la population mondiale a « seulement » doublé. Une tendance qui devrait se confirmer vu l’élévation du niveau de vie dans de nombreux pays.
Dans le même temps, la consommation de végétaux a beaucoup faibli : 15 g de fibres par jour soit 1/6ème de la consommation d’il y a 100 ans. En 2018, seulement un quart des français consommaient 5 fruits et légumes par jour, s’indigne le Professeur Joyeux, Chirurgien Cancérologue.
En moyenne mondiale, un être humain consomme moins de 100 g de viande par jour. Dans les pays développés, la consommation est supérieure à 180 g par jour alors que dans les pays en développement elle n’est que de 72 g, avec de fortes disparités régionales (FAO, 2016).
Comme de nombreux pays dits « développés », c’est à partir des trente glorieuses (1945-1975) que la consommation de viande en France a explosé jusqu’à devenir biquotidienne dans de nombreux foyers. Dans le même temps, la consommation des produits traditionnels de base (légumineuses, céréales, tubercules) a diminué.
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Si les pays les plus riches ont atteint un pic de consommation de viande au niveau individuel, la consommation continue d’augmenter dans de nombreux pays émergents, probablement en raison d’une plus grande accessibilité.
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Quelle est la consommation de viande en France ?
En France, depuis la fin des années 1990, la consommation individuelle de viande diminue progressivement : de 95 kgec (kilo équivalent carcasse) par habitant en 1990 à 88 kgec en 2020.
C’est toujours bien plus qu’en 1970 (73 kgec) et au-dessus de la moyenne européenne de 80 kgec. 88 kgec c’est l’équivalent d’une généreuse côte de porc, chaque jour de l’année !
L’unité « équivalent carcasse » inclut le gras et les os, et ne correspond donc pas au poids net acheté : la viande est en partie désossée et dégraissée après sortie de l’abattoir et avant mise en rayon.
Cela représente l’abattage de plus d’un milliard d’animaux par an (dont 97 % de volailles) (FranceAgriMer, 2022).
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Graphique : rapport I4CE, 02/2023
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A l’échelle mondiale, environ 75 milliards d’animaux sont abattus chaque année pour être plus ou moins consommés avec un gaspillage alimentaire considérable (FAO, 2016). Ce sont les Etats-Unis qui détiennent le record de consommation de viande avec 124 kg par an et par habitant.
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L’élevage : une pression considérable sur la surface agricole disponible
Le cheptel mondial d’animaux terrestres s’élève à 75 milliards. Autrement dit, pour un humain il y a 10 animaux d’élevage. Un poids considérable pour l’environnement…
La production mondiale de viande était de 340 millions de tonnes en 2020, en constante augmentation, (FAOSTAT) tandis que la production de lait était de 818 milliards de litres en 2015.
Or, pour entretenir autant d’animaux (61 % de la biomasse des mammifères sur Terre – The biomass distribution on Earth), la demande en céréales augmente de manière considérable, les céréales étant de plus en plus l’aliment de base du bétail, au détriment de l’herbe, des résidus de culture et des déchets alimentaires comme auparavant.
C’est pourquoi, « les pâturages et les terres arables consacrés à la production de fourrages représentent plus de 80 % de l’ensemble des terres agricoles mondiales. Les cultures fourragères occupent un tiers de l’ensemble des terres arables, tandis que la superficie totale des terres utilisées pour le pâturage équivaut à 26 pour cent de la surface terrestre libre de glace. » (FAO)
Ce n’est guère étonnant puisque pour pour produire un kilo de viande de boeuf, il faut environ 13 kilos de céréales et 30 kg de foin (L et I. Urban, 2015), céréales qui auraient pu nous nourrir directement.
Ainsi, pour une superficie donnée, la production de protéines végétales (par exemple soja, lentilles, pois chiches) est beaucoup plus efficace que l’élevage (bovins, porcins, volaille) en termes de rendement en protéines par hectare.
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| Production | Rendement en protéines (kg/ha/an) |
|---|---|
| Soja | 2 000–3 000 |
| Lentilles, pois | 1 000–2 000 |
| Poulet | 100–200 |
| Porc | 50–150 |
| Bœuf | 20–40 |
Au final, produire de la viande de bœuf est très inefficace ! Alors pourquoi manger de la viande alors que les végétaux sont à la base des acides aminés dont nous avons besoin pour synthétiser nos protéines ?
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| Mode d’alimentation | Surface nécessaire |
|---|---|
| Dominante carnée | 10 800 m² |
| Omnivore | 10 000 m² |
| Végétarien | 2 200 m² |
| Végétalien | 1 300 m² |
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L’élevage engendre une pression insoutenable sur les sols dont l’état est devenu critique, notamment à cause de la déforestation.
Par exemple, plus de 80 % de la déforestation dans la forêt amazonienne s’explique par la libération d’espace pour le pâturage ou la production de soja et céréales qui seront exportés pour nourrir le bétail dans différentes parties du monde (Greenpeace, 2009) ; et notamment en France où le bétail est nourri avec des importations de tourteaux de soja, tournesol ou de maïs, souvent transgéniques et traités à grand renfort de glyphosate.
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Près de 75 % du soja produit dans le monde est destiné à l’alimentation animale, et plus d’un million de kilomètres carrés de terres sont consacrés à la culture du soja, une surface presque deux fois plus vaste que la France (Mighty Earth, 2018). Ceci provoque de graves atteintes aux droits humains en raison de l’expulsion des autochtones en Amérique du Sud et une dégradation inquiétante de la santé des populations locales due à l’utilisation d’engrais et de pesticides, comme le glyphosate, dans les monocultures de soja.
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| Produit | Surface de sol nécessaire (m² par kg) |
|---|---|
| Bœuf (troupeau de boucherie) | 326 |
| Fromage | 88 |
| Bœuf (troupeau laitier) | 43 |
| Noix (Nuts) | 13 |
| Cochon (Porc) | 17 |
| Poulet | 12 |
| Lait | 9 |
| Poisson d’élevage | 8 |
| Œuf | 6 |
| Tofu | 3.5 |
| Pain (Blé) | 4 |
| Riz | 3 |
| Légumes / Pommes de terre | 1 |
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En France, 26 millions d’hectares sont nécessaires pour nourrir ses habitants, c’est plus que la superficie du Royaume-Uni. Or, 80 % de cette surface est monopolisée par la production de viande et de lait.
L’élevage augmente également l’empreinte phosphore de l’humanité puisque le phosphore, utilisé dans les engrais pour les céréales des animaux, provient principalement de l’extraction minière et constitue donc une ressource non renouvelable qui est, de surcroît, répartie de façon inégale dans le monde.
Enfin, la production animale entre maintenant en concurrence avec les agrocarburants et bientôt les bioplastiques dans l’utilisation des surfaces agricoles.
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Élevage et émissions de gaz à effet de serre
Le système alimentaire mondial représente environ 30 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), c’est le 2e secteur d’émissions, tout juste derrière la production d’énergie. Or, une grande partie des efforts visant à atténuer les émissions de gaz à effet de serre s’est concentrée sur la production d’une énergie décarbonée, délaissant l’agriculture.
Les principales sources d’émissions comprennent le défrichage et la déforestation pour la production agricole et animale, la production et l’utilisation d’engrais, et la combustion de combustibles fossiles dans la production alimentaire et les chaînes d’approvisionnement.
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L’élevage est la principale source d’émission de méthane (CH4) et de protoxyde d’azote (N2O), de puissants gaz à effet de serre. En effet, l’élevage est globalement responsable de 65 % du protoxyde d’azote (N2O) et de 37 % du méthane (CH4) issus des activités humaines.
En 2013, un rapport de la FAO soulignait que l’élevage était responsable de près de 15 % des émissions annuelles de gaz à effet de serre (GES) dans le monde, une contribution en forte augmentation qui dépasse maintenant l’ensemble du secteur des transports (environ 14 % selon le GIEC), mais qui reste derrière l’utilisation de l’énergie.
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Le système global de production alimentaire contribue pour environ 30 % des émissions globales de gaz à effet de serre. La majorité des sources d’émissions proviennent des défrichements, de la déforestation pour la production agricole et animale, la production et l’utilisation d’engrais et la combustion de combustibles fossiles dans la production alimentaire et les chaînes d’approvisionnement.
En France, en 2021, l’élevage représentait l’un des principaux secteurs d’émissions de gaz à effet de serre avec 12 % CO2e (CITEPA, 2022).
Ce secteur participe donc massivement au réchauffement climatique alors que son impact n’est pratiquement jamais souligné ni même évoqué par les décideurs…
Une alimentation sans produits animaux émet jusqu’à deux fois moins de gaz à effet de serre qu’une alimentation qui contient de la viande et des produits laitiers.
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| Type de régime | Émissions de GES (kg CO₂eq / personne / jour) | Équivalent km voiture / an (approx.) |
|---|---|---|
| Végan (sans viande ni produit laitier) | 2,1 – 2,6 | ~1 000 – 1 400 km |
| Végétarien (sans viande, avec produits laitiers) | 2,6 – 3,2 | ~1 400 – 1 900 km |
| Pesco-végétarien (poisson, sans viande) | 3,0 – 3,4 | ~1 700 – 2 100 km |
| Omnivore (avec viande et produits laitiers) | 3,8 – 5,3 | ~2 200 – 3 200 km |
.Ce n’est donc pas étonnant que le poids de notre alimentation sur les émissions de gaz à effet de serre soit le premier levier d’action individuel en France selon un rapport de Carbone 4 publié en juin 2019
En 2030, sans transition vers des repas bien plus végétalisés, l’élevage devrait représenter de 37 % à 49 % du budget maximum d’émissions de gaz à effet de serre acceptable pour rester en dessous de 2°C ou 1,5°C respectivement (Harwatt Helen, Climate Policy, 11/2018).
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Autres informations : celles fournies par le rapport spécial du GIEC sur les sols et le changement climatique : passer à un régime alimentaire végétal permet de diminuer significativement les émissions de gaz à effet de serre :
L’élevage permet vraiment d’éviter les engrais azotés ?
Contrairement à un argument martelé par les défenseurs de l’élevage, le passage à une alimentation plus végétale permettrait de réduire considérablement l’utilisation d’engrais issus de la pétrochimie en Europe, d’environ un quart.
C’est ce que conclut un article scientifique paru dans Nature en 2022 qui démontre que l’alignement des régimes alimentaires européens sur des régimes alimentaires riches en végétaux, pauvres en viande et en produits laitiers entraînerait une réduction estimée à 23,4 % de l’utilisation d’engrais dans l’UE.
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Comment l’expliquer ? En fait, l’élevage mobilise beaucoup d’espace et nécessite beaucoup d’intrants, loin de l’image idyllique des vaches se nourrissant seulement dans les champs. Plus de la moitié des terres agricoles de l’UE sont utilisées pour produire des aliments pour animaux. De nombreuses prairies utilisées pour le pâturage des animaux sont également fertilisées.
80 % de l’azote utilisé dans les cultures européennes est destiné à produire des aliments pour le bétail, et seulement 20 % est à destination de cultures pour la consommation humaine.
C’est pourquoi, réduire la consommation européenne de viande et de produits laitiers demeure l’un des meilleurs moyens de réduire la pollution azotée en Europe.
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Les conséquences environnementales de l’élevage
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Les algues vertes
L’augmentation constante des élevages intensifs en France et surtout en région Bretagne a des conséquences directes sur l’apparition des marées vertes. Ce phénomène se manifeste par la pullulation de certaines algues vertes qui envahissent le littoral au point de dégager de fortes concentrations d’hydrogène sulfuré (H2S). Or, ce gaz est toxique lorsqu’il est inhalé et peut être mortel lorsque l’exposition est importante comme en témoigne la mort de nombreux animaux aquatiques et de quelques animaux terrestres (animaux domestiques, sangliers…). L’élevage y contribue de façon directe par les rejets de lisiers et indirecte par l’excès d’engrais apportés aux cultures de céréales destinées à nourrir le bétail.
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L’élevage détruit la biodiversité
Mécaniquement, la déforestation induite par la mise en culture d’espaces pour l’alimentation du bétail entraîne un véritable massacre de la biodiversité. En effet, l’emprise croissante de l’élevage, provoque la destruction accélérée des habitats naturels.
Actuellement, 60 % de la biomasse terrestre des mammifères provient des animaux d’élevages, 36 % des humains et seulement 4 % des mammifères à l’état sauvage. De même, 70 % de la biomasse des oiseaux est constituée de volailles, 30 % d’oiseaux sauvages (The biomass distribution on Earth ; Yinon M. Bar-On, Rob Phillips, and Ron Milo – PNAS June 19, 2018 115 (25) 6506-6511).
Autrement dit, le vivant sur Terre ressemble davantage à une ferme planétaire qu’à un éden. La réalité a rattrapé la fiction.
Alors que le nombre d’animaux d’élevage ne cesse d’augmenter dans le monde, cela se traduit par une perte de biodiversité et une augmentation du nombre de pandémies dans le monde.
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L’élevage pollue et épuise la ressource en eau
Au niveau de la ressource en eau, l’élevage nécessite beaucoup plus d’eau que les cultures pour une production alimentaire équivalente. Ainsi, la production d’1 kcal d’origine animale a une empreinte eau de 2,5 litres en moyenne, contre 0,5 litre pour 1 kcal d’origine végétale.
Pour mesurer la consommation d’eau de l’agriculture, il faut considérer les sources de l’eau. Ainsi, nous comptabiliserons l’eau bleue (eaux de surface ou souterraines, c’est l’eau potable du robinet, y compris celle issue des forages à destination de l’agriculture, le pompage dans les rivières) utilisée pour l’alimentation des animaux et des plantes et l’eau grise (eau douce nécessaire à la dilution des polluants, afin qu’elle puisse être rejetée dans le milieu naturel) mais exclurons l’eau verte (eau issue des précipitations atmosphériques qui est absorbée par les végétaux et le sol) dont la consommation est neutre.
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| « Produit » alimentaire (pour un kg) | Eau grise nécessaire | Eau bleue nécessaire | Total |
|---|---|---|---|
| Viande de boeuf | 462 l | 616 l | 1 078 litres |
| Viande de porc | 599 l | 479 l | 1 078 litres |
| Viande de poulet | 476 l | 303 l | 779 litres |
| Riz | 275 l | 499 l | 774 litres |
| Olives | 60 l | 512 l | 572 litres |
| Fromage (lait de vache) | 222 l | 254 l | 476 litres |
| Chocolat | 172 l | 172 l | 344 litres |
| Laitue | 196 l | 28 l | 224 litres |
| Orange | 50 l | 112 l | 162 litres |
| Lait de vache | 71 l | 82 l | 153 litres |
| Tomate | 43 l | 64 l | 109 litres |
| Pommes de terre | 63 l | 32 l | 95 litres |
| Choux | 76 l | 28 l | 94 litres |
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Si 94 % de l’eau nécessaire à la production de la viande de boeuf provient de l’eau de pluie, elle est inévitablement souillée par le mode d’élevage conventionnel (antibiotiques, pesticides, OGM…). Enfin, ces données ne prennent pas en compte l’utilisation de quelque 1 500 litres d’eau dépensées en aval pour « nettoyer » une carcasse à l’abattoir…
La gestion des déjections animales dans les élevages intensifs provoque le lessivage des nitrates et des agents pathogènes dans la nappe aquifère, qui met souvent en péril les réserves d’eau potable.
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L’élevage est la plus grande source sectorielle de polluants de l’eau : principalement les déchets animaux, les antibiotiques, les hormones, les produits chimiques des tanneries, les engrais et les pesticides utilisés pour les cultures fourragères, et les sédiments des pâturages érodés.
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L’élevage contribue à la pollution de l’air
Selon la commission européenne, l’élevage est responsable de 64 % des émissions d’ammoniac (NH3 – la volatilisation des déjections des animaux en stabulation constituent la principale source d’émission de NH3), une des principales causes des pluies acides. Les précipitations s’acidifient au contact de l’ammoniaque présent dans l’air (gaz très soluble dans l’eau), perturbent la photosynthèse et détruisent les éléments nutritifs du sol causant le dépérissement forestier et l’altération des systèmes hydrologiques où on observe une réduction et une disparition d’espèces aquatiques, très sensibles au changement d’acidité.
En outre, l’ammoniac participe significativement à la formation de particules qui peuvent perdurer dans l’atmosphère pendant plusieurs jours et ainsi être transportées sur de longues distances (plusieurs centaines de kilomètres). Les émissions d’ammoniac contribuent ainsi à la formation des pics de pollution.
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La viande de boeuf : l’élevage le plus polluant
Selon une recherche menée à l’Institut Weizmann et publiée dans PNAS en juillet 2014, la viande de boeuf détériore environ dix fois plus l’environnement que les autres produits alimentaires d’origine animale, parmi lesquels le porc et la volaille. En effet, ce type de bétail exige en moyenne 28 fois plus de terres et 11 fois plus d’eau d’irrigation ; de plus, il émet 5 fois plus de gaz à effet de serre et consomme 6 fois plus d’azote que les œufs et la volaille…
Cette étude a montré que le porc, la volaille, les œufs et les produits laitiers affectent dans des proportions équivalentes l’environnement. Ainsi, les produits laitiers sont également préjudiciables pour l’environnement, contrairement à une idée reçue.
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La transition alimentaire est largement profitable pour l’environnement
Le Dr. Joan Sabaté, professeur en nutrition et épidémiologie à l’École de santé publique de l’université de Loma Linda, a conduit une méta-analyse de 49 études dédiées à l’impact des régimes alimentaires végétariens et végétaliens, en février 2020.
Les résultats sont édifiants. La transition alimentaire diminue en moyenne :
- de 35 % les émissions en gaz à effet de serre ;
- de 42 % l’occupation du sol nécessaire pour la production alimentaire ;
- de 28 % l’usage de l’eau pour l’agriculture.
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« De nombreuses autres études ont clairement démontré les bienfaits sur la santé des régimes végétariens et végétaliens. Cette analyse confirme que la transition vers ces types de régimes sont aussi significativement bon pour l’environnement également. » ajoute Joan Sabaté.
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L’élevage : une source majeure de bactéries résistantes aux antibiotiques
La plupart du temps, les éleveurs (non bio) administrent des antibiotiques de manière préventive à l’ensemble de leur élevage plutôt que de manière curative (aux seuls animaux malades), ce qui augmente considérablement la quantité d’antibiotiques distribués.
Ainsi, en France, la consommation d’antibiotiques dans les élevages intensifs est massive, et peine à diminuer : 131 tonnes d’antibiotiques ont été vendues sur l’année 2017 pour les seuls élevages de bovins, contre 124 tonnes en 2016 (Anses, 2018).
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Au niveau européen, l’EFSA constate également une forte consommation d’antibiotiques dans les élevages de veaux de boucherie. Elle souligne le risque d’antibiorésistance, et l’augmentation de la mortalité des veaux sur le long terme que cette consommation engendre. Selon elle, les systèmes d’élevage qui augmentent la prévalence de maladies, et de fait la consommation d’antibiotiques, devraient être évités : « Bien que l’utilisation d’antibiotiques comme facteurs de croissance soit limitée par la législation européenne, ils sont encore utilisés en grandes quantités dans les élevages de veaux, à la fois à titre prophylactique et thérapeutique (…) La contribution des résidus d’antibiotiques au développement de bactéries résistantes est préoccupante. »
Parmi ces antibiotiques administrés, un certain nombre (ampicilline, amoxicilline, colistine, benzylpénicilline néomycine par exemple) sont classées d’« importance critique » (la catégorie la plus haute) par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour les risques d’antibiorésistance engendrés pour les consommateurs. Ce sont en effet des antibiotiques couramment utilisés en médecine humaine pour traiter des infections sérieuses, et dont l’effet pourrait décroître si la population consomme des pathogènes résistants via l’alimentation.
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L’exploitation et la souffrance animale dans les élevages
Considérés comme de simples protéines sur pattes dans l’élevage intensif, les animaux souffrent comme jamais. Rien n’est venu enrayer l’extension de ce modèle effrayant et la toute puissance des filières agroalimentaires qui le portent.
Les conditions d’élevage, de transport et d’abattage, souvent méconnues du grand public, sont trop souvent acceptables, comme en témoigne ce nouveau scandale dans un abattoir.
Malheureusement, les associations qui luttent pour le respect des animaux et la transparence se heurtent à de puissants intérêts financiers qui méprisent le bien-être animal et dupent les consommateurs avec des publicités rassurantes.
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Aujourd’hui, l’éthique passe après la marchandise qu’est la viande ; la souffrance et l’environnement après les intérêts économiques. Ce système industriel perdure contre toute raison et contre une partie de plus en plus grande de l’opinion publique, tout en bénéficiant d’importantes subventions et du soutien des pouvoirs publics, comme des décideurs.
Or, il est impossible de produire une telle quantité de viande sans entasser les animaux, les adapter de force par des mutilations à des conditions de vie qui limitent drastiquement leurs comportements. Étendre les ailes, se dresser, fouiner, ronger, explorer, élever ses petits, se déplacer, prendre l’air… La liste des comportements entravés est longue dans la plupart des élevages. Les sélections génétiques se sont faites au détriment des animaux et poussent les organismes au maximum.
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- 27 milliards de poulets (+10 %)
- 1,55 milliard de bovins (+3 %)
- 1,2 milliard de moutons (+5 %)
- 1 milliard de chèvres (+8 %)
- 1 milliard de cochons (0 %)
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La Chine reste le premier producteur mondial de viande de porc et les États-Unis demeurent les plus gros producteurs de viande de bœuf et de volaille au monde.
En outre, les pratiques actuelles de l’élevage visent à produire des « matières animales » à moindre coût et le plus rapidement possible. C’est pourquoi la durée de vie normale des animaux d’élevage est très fortement réduite comme l’indique le tableau ci-dessous :
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| Animal | Âge d’abattage (typique) | Espérance de vie naturelle | % de vie naturelle vécue |
|---|---|---|---|
| 🐔 Poulets de chair | 5-7 semaines | 6-8 ans | ~1,5 % |
| 🦆 Canards | 7-10 semaines | 8-15 ans | ~1,5 % |
| 🐰 Lapins | 10-12 semaines | 8-12 ans | ~2 % |
| 🐐 Chèvres (viande) | 12-20 semaines | 12-15 ans | ~2,5 % |
| 🪿 Oies | 15-20 semaines | 8-15 ans | ~3 % |
| 🦃 Dindes | 4-5 mois | 10-15 ans | ~3,5 % |
| 🐮 Veaux (viande) | 1 à 24 semaines | 15-20 ans | ~4 % |
| 🐷 Porcs (viande) | 5-6 mois | 10-15 ans | ~4 % |
| 🐑 Agneaux | 6-8 mois | 10-15 ans | ~5 % |
| 🐂 Bovins (viande) | 18 mois | 15-20 ans | ~9 % |
| 🐔 Poules pondeuses | 1-2 ans | 6-8 ans | ~20-25 % |
| 🐄 Vaches laitières | 4-6 ans | 15-20 ans | ~25-30 % |
| 🐖 Truies de reproduction | 3-5 ans | 10-15 ans | ~30 % |
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Le vrai visage de l’élevage en France
Des hangars immenses, des silos imposants, des dizaines de milliers d’animaux enfermés. Voilà à quoi ressemblent la plupart des fermes professionnelles qui se sont développées depuis les années 1970.
En France, plus de 80 % des animaux sont élevés en bâtiments fermés, parqués en cage ou sur des caillebotis sans accès à l’extérieur. Le système intensif n’est donc pas une exception : c’est la règle. Ainsi :
- 83 % des 800 millions de poulets de chair sont élevés sans accès à l’extérieur ;
- 23 % (68 % en 2016) des 48 millions de poules pondeuses sont élevées en batterie de cages ;
- 99 % des 36 millions de lapins sont élevés en batterie de cages ;
- 95 % des 25 millions de cochons sont élevés sur caillebotis en bâtiments…
Or, il est illusoire d’espérer améliorer le sort d’un si grand nombre d’animaux, nécessairement confinés dans des espaces restreints, et « traités » par un nombre réduit de travailleurs. Il faut donc diminuer significativement sa consommation de produits animaux, tout en se tournant vers les produits français issus de l’agriculture biologique.
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Élevage, viande et santé humaine
L’élevage est en soi un facteur de risque pour notre santé. Les systèmes industriels de production sont depuis longtemps la norme dans les pays développés et deviennent de plus en plus répandus dans les pays en développement. Le nombre incroyable d’animaux élevés en confinement, dotés d’une variabilité génétique très pauvre, et soumis à une croissance rapide dans des conditions effroyables, crée des conditions idéales pour l’émergence et la propagation de nouveaux pathogènes, comme en témoigne le coronavirus SARS-CoV-2 qui profite des élevages intensifs de visons.
Sans oublier les scandales qui ont éclaboussé l’industrie agro-alimentaire : vache folle (encéphalopathie spongiforme bovine), hormones de croissance, grippe aviaire, fièvre aphteuse, traçabilité toujours défaillante avec la vente de viande avariée importée…
Ainsi, les systèmes modernes d’élevage sont des incubateurs à virus, listeria monocytogènes, salmonelles, campylobacters, E. coli, et autres promoteurs de « grippes » en tout genre. Comme l’indique un rapport de la FAO : « il n’est pas surprenant que les trois-quarts des nouveaux pathogènes ayant affecté les humains dans les dix dernières années proviennent des animaux ou des produits animaux ».
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La consommation de viande rouge nuit à la santé
La surconsommation de viande a pour effet d’augmenter la prévalence des affections suivantes : cancers (colon, prostate, intestin, rectum), maladies cardio-vasculaires, hypercholestérolémie, obésité, hypertension, ostéoporose, diabète de type 2, altération des fonctions cognitives, calculs biliaires, polyarthrite rhumatoïde.
« Différents facteurs semblent poser problème dans la viande rouge. Le fer notamment qui joue un rôle oxydant, favorisant les maladies inflammatoires et le vieillissement lorsqu’il est présent en trop grande quantité, en particulier chez les hommes ou les femmes ménopausées. Les graisses présentes dans la viande rouge, en majorité saturées ou de type oméga-6, pourraient également jouer un rôle » explique le site La Nutrition.fr
Des chercheurs de l’Inserm ont montré que des femmes qui ont une alimentation plus riche en viande, fromage et en produits laitiers avaient un risque augmenté de 56 % de développer un diabète par rapport à celles qui avaient un régime alimentaire plus riche en fruits et légumes.
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La viande est cancérogène
Le Fonds de recherche mondial sur le cancer a présenté en 2010 un examen détaillé de 7 000 études cliniques portant sur les liens entre alimentation et cancer. Il en ressort que les viandes transformées peuvent être dangereuses pour la consommation humaine et sont fortement liée à une augmentation du risque de cancer colorectal. Et en octobre 2015, le CIRC a classé la consommation de viande comme cancérogène.
Les viandes transformées (jambon, bacon, saucisses, pepperoni, salami, et presque toutes les viandes présentes dans les plats préparés comme les pizzas, lasagnes ou raviolis) sont généralement protégées avec un conservateur cancérogène : le nitrate de sodium (additifs alimentaires E249, E250, E251, E252). Dans les charcuteries, l’ajout de nitrates et de nitrites vise notamment à limiter le développement des bactéries à l’origine de maladies comme la salmonellose, la listériose ou le botulisme. Cependant, le nitrate de sodium (ou salpêtre du Chili) se combine avec les protéines de la viande pour donner des nitrosamines, hautement cancérigènes.
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Une étude menée par l’Université d’Hawaï en 2005 a montré que la consommation de viandes transformées augmentait le risque de cancer du pancréas de 67 %, tandis qu’une autre étude a montré qu’il augmentait le risque de cancer colorectal de 50 % !
Dans son expertise de juillet 2022, l’Anses conseille aux consommateurs de limiter leur consommation de charcuterie à 150 grammes par semaine (soit 1 saucisse et demie ou 15 tranches de saucisson).
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Autre additif alimentaire ajouté : le glutamate monosodique ou glutamate de sodium (E 621). Présent dans pratiquement tous les produits de viande transformés, il serait lié à des troubles neurologiques tels que la migraine, la maladie d’Alzheimer, la perte de contrôle de l’appétit, l’obésité…
Enfin, le fer héminique, présent dans la viande rouge (mais pas dans les végétaux) réactive la télomérase, une enzyme favorisant le cancer colorectal (Shanmugam R et al., Iron-(Fe3+)-Dependent Reactivation of Telomerase Drives Colorectal Cancers. Cancer Discov. 2024 Oct 4).
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Manger de la viande n’est pas indispensable
Contrairement à une idée reçue, les produits d’origine animale ne sont pas indispensables pour être en bonne santé. La position conjointe des diététiciens américains et canadiens, émise en 2003, a formulé un bon résumé de cette réalité. Ces deux organisations, qui regroupent maintenant plus de 100 000 diététiciens, ont endossé le fait que « les régimes végétariens (y compris le végétalisme) menés de façon appropriée, sont bons pour la santé, adéquats sur le plan nutritionnel et bénéfiques pour la prévention et le traitement de certaines maladies ». Cette position de l’Association américaine de diététique (ADA) a été réaffirmée en 2009 et en 2016.
De surcroît, la tertiarisation de nos sociétés et notre mode de vie de plus en plus sédentaire ne justifient plus cette surconsommation de viande.
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Le célèbre discours de Philip Wollen sur la nécessité de ne plus manger de viande pour nos sociétés
Il y a plus d’1,5 milliard de végétariens dans le monde. Or, c’est dans les pays riches que la consommation de produits animaux est la plus forte, alors que paradoxalement, nous bénéficions de la plus grande variété alimentaire. Un état de fait qui ne répond à aucune nécessité nutritionnelle et cause des dommages environnementaux catastrophiques. Or, l’élevage y est soutenu par des aides publiques conséquentes…
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L’association VégéVie maintient une page très instructive sur les questions récurrentes (bénéfices / risques) quant à une alimentation de type végétarienne.
Une étude publiée fin avril 2022 conclut : l’alimentation végane émet sept fois moins de gaz à effet de serre, utilise sept fois moins d’eau et six fois moins de terres arables et permettrait donc de garantir un avenir viable pour les humains et les autres êtres vivants de notre planète. (Mazac et al., Nature Food 2022).
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Vu toutes ses conséquences, « nous devons donc réduire considérablement notre consommation de viande, idéalement à 20 kilogrammes ou moins par an. La guerre en Ukraine et les pénuries qui en résultent sur les marchés internationaux de céréales soulignent également que moins de céréales doivent être données aux animaux afin de soutenir la sécurité alimentaire alors qu’environ la moitié de toutes les céréales produites dans le monde sont utilisées comme aliments pour animaux« , a déclaré le Prof. Dr. Matin Qaim du Center for Development Research (ZEF) de l’Université de Bonn, auteur principal d’une étude publiée fin avril 2022.
Pour autant, un régime végétalien et même végétarien stricte n’est pas forcément approprié, possible et adapté dans un certain nombre de pays pauvres qui sont dépourvus de cultures de substitution et/ou leurs seuls moyens de subsistance sont étroitement liés à l’élevage dans un cadre familial ou communautaire.
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Christophe Magdelaine / notre-planete.info
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Citer cet article : Manger trop de viande est une aberration pour l’environnement et la santé ; 05/05/2026 – www.notre-planete.info
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Sources et références
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- Lucile Rogissart ; Réduction de la consommation de viande : des politiques publiques bien loin des objectifs de durabilité – I4CE, 02/2023
- 6 Pressing Questions About Beef and Climate Change, Answered – WRI
- This is how many animals we eat each year – World Economic Forum
- Meat consumption, health, and the environmentScarborough, Marco Springmann et Susan A. Jebb – Science
- www.viande.info
- Processed Meats: Dangerous for Human Consumption
- L’Atlas de la viande
- Faut-il arrêter de manger de la viande ? – Le Muscadier
- Confortablement ignorant – Le Muscadier
- Harwatt Helen ; Including animal to plant protein shifts in climate change mitigation policy: a proposed three-step strategy ; 26/11/2018 – Climate Policy
- Global food system emissions could preclude achieving the 1.5° and 2°C climate change targets ; M.A. Clark, J. Lynch et al. Science 2020
- Whitton, C.; Bogueva, D.; Marinova, D.; Phillips, C.J.C. Are We Approaching Peak Meat Consumption? Analysis of Meat Consumption from 2000 to 2019 in 35 Countries and Its Relationship to Gross Domestic Product. Animals 2021, 11, 3466.
- Slywitch E. The IVU Vegan Nutrition Guide for Adults. Department of Medicine and Nutrition. 1st edition – International Vegetarian Union (IVU), 2022.
- Mazac, R., Meinilä, J., Korkalo, L. et al. Incorporation of novel foods in European diets can reduce global warming potential, water use and land use by over 80%. Nat Food 3, 286–293 (2022).