Soudan : ce que disent les chiffres après trois années de guerre et de crise humanitaire
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Trois ans de massacres et de violences : ce mercredi 15 avril marque le sombre anniversaire de la guerre au Soudan, déclenchée en 2023 par les tensions entre les forces armées du général Abdel Fattah Al Burhane et les Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemeti ». À Berlin, une conférence internationale réunit en cette occasion des donateurs afin de relancer des pourparlers de paix vacillants et lever des fonds pour ce que l’ONU considère comme la « pire crise humanitaire au monde ».
Plusieurs dizaines de milliers de morts
Il reste difficile d’établir un bilan précis des pertes civiles. Les organismes internationaux estiment qu’en trois ans, plusieurs dizaines de personnes ont été tuées en raison des effets cumulés des bombardements, des massacres, de la famine et des épidémies. Tous s’accordent à dire que ces chiffres sont probablement largement sous-estimés.
Depuis janvier 2026, l’ONU a dénombré près de 700 civils tués dans des frappes de drones. À cela s’ajoutent les plus de 11 000 personnes portées disparues depuis trois ans, recensées par le Comité international de la Croix-Rouge.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) considère que plus de 40 % de la population du pays a besoin d’une aide médicale d’urgence alors que les deux tiers des hôpitaux ne sont plus opérationnels. Ceux restant sont débordés de patients et les épidémies se propagent – dengue, choléra ou paludisme -. Par ailleurs, en trois ans de guerre, près de 200 attaques contre des structures de santé ont été recensées par l’ONG Care.
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Deux Soudanais sur cinq confrontés à la faim
Alors que 70 % des Soudanais vivent désormais sous le seuil de pauvreté (contre environ 38 % avant la guerre), la famine ne cesse de s’étendre. Près de 19 millions de personnes, soit deux Soudanais sur cinq, sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, dont 6,3 millions dans une situation d’urgence particulièrement critique.
Au Soudan, après trois ans de guerre : « L’urgence est partout à travers le pays »
Le Programme alimentaire mondial (PAM) confirme la famine à El-Fasher et à Kadougli, et alerte sur un risque élevé dans vingt autres zones du Darfour et du Kordofan. Dans l’ouest du pays, notamment au Nord-Darfour, au Sud-Darfour, au Kordofan-Occidental et au Kordofan du Sud, les combats et les restrictions d’accès très strictes aggravent fortement la faim et la malnutrition. Les capacités de production alimentaire ont été en grande partie détruites, notamment dans l’État de Khartoum, ainsi que les laboratoires vétérinaires. De fait des épidémies ravagent le bétail.
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Des violences sexuelles généralisées
Des rapports de l’ONU et d’ONG font état de viols généralisés, y compris de viols collectifs, en particulier au Darfour où Médecins sans frontières (MSF) a documenté près de 4 000 cas de violences sexuelles sur des femmes et des filles entre janvier 2024 et novembre 2025. L’armée soudanaise comme les FSR seraient responsables de ces violences. Mais le Darfour est le fief des Forces de soutien rapide et la grande majorité des auteurs des crimes identifiés étaient des combattants de cette milice.
MSF a recueilli de nombreux témoignages faisant état d’une dimension ethnique dans ces attaques, indiquant que des communautés non arabes telles que les Zaghawa, les Massalit et les Fur ont été systématiquement prises pour cible. De nombreux rapports témoignent aussi de victimes mineures, dont certaines chez les nourrissons.
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14 millions de déplacés, 4,4 millions de réfugiés
Depuis le début de la guerre, environ 14 millions de personnes ont fui les combats, selon les chiffres du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Neuf millions sont des déplacés internes au Soudan. Capitale du Nord-Darfour, El-Fasher a vu sa population fortement augmenter, atteignant entre 1,5 et 2 millions d’habitants, sous l’effet de l’arrivée massive de réfugiés et de déplacés. Dernier bastion de l’armée dans la région, la ville est assiégée par les FSR puis prise en novembre 2025.
En Égypte, la traque des réfugiés soudanais : « Je vis dans la peur »
Concernant les déplacés externes, environ 4,4 millions de personnes ont franchi les frontières du Soudan pour se réfugier notamment au Tchad, au Soudan du Sud, en Égypte et en Éthiopie, déjà sous forte pression humanitaire, d’après le HCR.
Des milliards d’euros manquant pour faire face à la crise
Près de 34 millions de personnes, soit environ deux tiers de la population, ont besoin d’une aide d’urgence. Sur le terrain, les opérations humanitaires sont de plus en plus entravées. Les perturbations des routes logistiques et des chaînes d’approvisionnement ralentissent fortement les opérations humanitaires, tandis que les stocks déjà présents dans le pays s’amenuisent. Les organisations sur place alertent sur leur incapacité croissante à répondre aux besoins, faute de nouveaux approvisionnements suffisants.
La situation est d’autant plus dramatique que 130 travailleurs humanitaires ont été tués en 2025. Les acteurs humanitaires décrivent une urgence d’une ampleur et d’une complexité sans précédent, nécessitant à la fois une issue politique et un financement minimal pour permettre la survie des populations.
Mais l’appel aux dons lancé par l’ONU pour 2026, estimé à 2,9 milliards de dollars (environ 2,5 milliards d’euros) , n’est pour l’instant financé qu’à 16 %, dans un contexte de recul global de l’aide internationale et de crise au Moyen-Orient. Face à la gravité de la situation, les Nations unies ne parlent plus d’une crise simplement oubliée, mais d’une « crise abandonnée ».
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Ses obsèques ont eu lieu le jeudi 12 mars à 14 heures en la cathédrale de Die dans la Drôme et ensuite à Luc-en-Diois.
Marion était une jeune femme solaire, qui aura consacré sa vie à l’humanitaire ( en particulier au Soudan ) et sa lumière continuera à éclairer nos chemins.
Pour tous ceux qui souhaiteraient mieux la connaître, vous pouvez lire son livre-témoignage de son vécu au Soudan, « Confluences », publié en 2025.