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En pleine canicule, les climatologues atterrés par le « déni de responsabilité » des politiques face au changement climatique

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Valérie Masson-Delmotte, Jean Jouzel ou Christophe Cassou regrettent que les alertes formulées depuis des années par la communauté scientifique sur les conséquences du réchauffement climatique n’aient pas davantage été prises au sérieux.
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Audrey Garric et Raphaëlle Besse Desmoulières

23 juin 2026
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Depuis plusieurs jours, comme lors des dernières vagues de chaleur, la climatologue Valérie Masson-Delmotte ressent une grande lassitude. De la colère aussi, à force de répéter les mêmes faits scientifiques depuis des années ; de marteler l’urgence à se préparer au climat d’aujourd’hui et à celui de demain ; et d’observer, canicule après canicule, une « impréparation », une « improvisation », un « bricolage » pour limiter la surchauffe, causant des souffrances aux personnes vulnérables et des perturbations dans les écoles ou les transports.

Son collègue Jean Jouzel va dans le même sens, lui qui se dit « énervé » et « déçu ». « Il faut prendre ça au sérieux », plaide l’ancien vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et, à ce titre, Prix Nobel de la paix en 2007.

Tout aussi exceptionnelle soit-elle, la vague de chaleur qui frappe actuellement la France entre dans les scénarios envisagés par les projections climatiques. Depuis plusieurs décennies, les chercheurs le rabâchent : le changement climatique d’origine anthropique – principalement causé par l’utilisation d’énergies fossiles – augmente la fréquence, l’intensité et la durée de ces événements extrêmes. Pourtant, Valérie Masson-Delmotte n’a pas entendu de responsable gouvernemental « capable de lier » cette vague au réchauffement dû aux émissions de gaz à effet de serre.

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« On rogne sur les moyens »

A chaque surchauffe, le même mécanisme se met en place : de la sidération, puis de l’oubli. « Quand la crise est passée, on passe à autre chose sans mettre en place les changements structurels nécessaires. Pire, on rogne sur les moyens », regrette l’ex-coprésidente du groupe 1 du GIEC, également membre du Haut Conseil pour le climat.

Juste après la canicule de mai, le gouvernement a par exemple gelé une partie du fonds vert, déjà fortement raboté depuis deux ans alors qu’il permet aux communes de s’adapter au réchauffement. Aux yeux de Valérie Masson-Delmotte, la gestion de crise est devenue le modus operandi, plutôt que la mise en place d’actions concrètes préventives avec des budgets. « Il y a un manque criant de courage et de sens des responsabilités », juge-t-elle.

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Une carence que dénonce également avec force Christophe Cassou. Le directeur de recherche (CNRS) à l’Ecole normale supérieure explique avoir été « sidéré » par l’absence de réponse du gouvernement lors de la canicule de mai, et le « semblant de mesures » prises la semaine du 15 juin, avec des actions pour les logements « déjà prévues ». « Il va faire 26 ou 27 degrés au plus bas la nuit à Paris, 40 degrés en journée un peu partout en France, et pourtant cela n’occasionne pas de sursaut des politiques. Il y a un déni de responsabilité très puissant », lance-t-il, soulignant plus largement la faiblesse des discours et des propositions de tous les partis politiques.

« Trop peu d’élus sont réellement conscients de ce qu’il y a dans les rapports du GIEC ou du Haut Conseil pour le climat », déplore également Jean-Pascal van Ypersele, professeur émérite à l’Université catholique de Louvain, en Belgique.

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Le problème ne date pas d’aujourd’hui. Jean Jouzel appelle à replacer « l’inaction sur les trente dernières années ». Et de citer les renoncements qui ont succédé aux sursauts, que ce soit sous Nicolas Sarkozy après le Grenelle de l’environnement en 2007, sous François Hollande après l’accord de Paris en 2015, ou sous Emmanuel Macron, après la convention citoyenne pour le climat de 2019. Le « qui aurait pu prédire » la crise climatique ?, lâché par le président de la République le 31 décembre 2022, lui est cependant resté en travers de la gorge.

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Attaques climatosceptiques

Christophe Cassou appelle à « politiser les canicules », dénonçant la « banalisation » des morts de la chaleur, l’« impensé total » de la sobriété, et surtout, l’« illusion » que l’on peut s’adapter à des niveaux de réchauffement élevés « sans casse ». L’adaptation sera un échec sans réduction des émissions, qui implique une transformation profonde de la société, rappelle-t-il. « Nous, les climatologues, on a fait attention à ne pas être trop catastrophistes pour encourager l’action, mais le compte à rebours est en train de se rapprocher de zéro, met également en garde Davide Faranda, directeur de recherche au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement. Ce que l’on connaît du paysage français n’est pas adapté à la survenue des températures à 43 ou 44 degrés pendant un mois d’été tous les jours. »

Les attaques climatosceptiques et les insultes qui vont avec, aussi, fatiguent Valérie Masson-Delmotte. Nombre de ses posts sur les réseaux sociaux engrangent leur lot de déni. En ce moment, c’est la canicule de 1976 qui est régulièrement avancée pour minimiser la gravité de celle actuelle. « Cette année-là, les villes du Nord avaient franchi les 35 degrés, désormais, c’est 40 degrés. Ce seuil, aujourd’hui dans notre quotidien, était rarissime avant 1980 », rappelle-t-elle.

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Pour autant, Jean Jouzel ne veut pas baisser les bras. Pour lui, il faut continuer de témoigner et d’informer, malgré les difficultés. « + 1,5 °C c’est terminé, + 2 °C, ça va être difficile, mais ça reste possible, souligne le climatologue de 79 ans, en référence aux deux objectifs de l’accord de Paris sur le climat. Si on ne se bat pas, on n’y arrivera pas. » Jean-Pascal van Ypersele veut aussi rester « combatif ». Face au backlash environnemental, l’ancien vice-président du GIEC appelle à la « résistance » car, selon lui, cette « lame de fond n’est pas universelle ». Il en est persuadé : « Le meilleur cadeau que l’on pourrait faire au lobby des énergies fossiles, ce serait d’être découragés. »

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