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Hugo Soutra
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Ressource longtemps déconsidérée, l’ombre va-t-elle devenir un enjeu politique de premier plan, tant elle participe au rafraîchissement des villes ? Des politiques publiques locales de l’ombre verront-elles le jour durant cette nouvelle mandature, alors que la canicule actuelle et le réchauffement climatique montrent qu’elle est en passe de devenir un bien vital pour continuer à vivre en milieu urbain ? L’inverse serait pour le moins étonnant, estimait la consultante d’Ibicity, Isabelle Baraud-Serfaty, qui, visionnaire, publiait dès novembre dernier une note dédié au nom de La Fabrique de la Cité. Coûts, équité et justice sociale… les questions que ce dossier soulève sont nombreuses. Chronique.
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[Actualisé au 28 mai 2026] Après la débitumisation de rues et de cours d’écoles ou la plantation d’arbres entreprises ces dernières années, l’accès à l’ombre et son partage vont-ils se hisser dans les programmes des candidats aux élections municipales 2026 ? Si le rafraîchissement des villes s’invite de plus en plus dans les administrations locales, et qu’il apparaît aujourd’hui dans les missions quasi-naturelles des collectivités d’installer brumisateurs, fontaines à eau et autres ombrières végétalisées, l’enjeu ne semble pas encore suffisamment noble pour être réfléchi politiquement par les élus dans les conseils municipaux ou communautaires.
Dans une France à +4 °C en 2100, où les pics de chaleurs seront dix fois plus nombreux, où Lille aura le climat de Bilbao, Lyon de Rome et Toulouse de Valence, il y a pourtant urgence à s’emparer du problème, pointe Isabelle Baraud-Serfaty, consultante du cabinet IbiCity, dans une note publiée mi-novembre par La Fabrique de la Cité. Il y a urgence à anticiper l’impact sur les habitants, en premier lieu, mais aussi sur les activités économiques, notamment agricoles, la délivrance des services urbains – publics et privés –, la santé publique, etc. « En contribuant au rafraîchissement des villes, l’ombre est en passe de devenir une condition d’habitabilité des villes chaudes », avertit celle qui avait amorcé la réflexion dès l’été 2025, dans un article de Futuribles.
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L’ombre, un enjeu de justice sociale trop longtemps ignoré
L’ombre devient une nouvelle ressource rare, à l’instar de l’eau… ou de l’argent public. « Ce qui pose la question de son partage et la rend politique », traduit Isabelle Baraud-Serfaty. Qui s’interroge : les collectivités oseront-elles augmenter la redevance d’occupation de l’espace public facturée aux cafés et restaurants privatisant un bout de place publique, de rue ou de trottoir à l’ombre, à l’avenir, par exemple ? La question se pose, compte tenu de l’attractivité procurée par de tels emplacements géographiques, par forte température : « L’ombre a une valeur économique et peut être privatisée, vendue ou louée – les prix plus élevés demandés pour les sièges à l’ombre dans les arènes espagnoles ou les parasols de plage dans les stations balnéaires italiennes en sont un exemple typique », illustre-t-elle.
Isabelle Baraud-Serfaty revient aussi sur l’enjeu démocratique et social de l’ombre. Rappelant que la police de Los Angeles a longtemps déconseillé la plantation d’arbres pour des raisons de sécurité publique, elle revient sur la plantation de plus de 90 000 arbres défendu par la municipalité. « L’ombre est de plus en plus perçue comme un bien précieux, alors que les crises du changement climatique et des inégalités convergent », avait alors justifié l’ancien maire, Eric Garcetti. « C’est une question d’équité. » Au point d’inspirer plusieurs candidats écologistes, notamment dans les grandes villes françaises, clamant leur ambition de « faire de l’ombre et de la fraîcheur une priorité absolue de la prochaine mandature. »
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« Ne faudrait-il pas alors que l’ombre devienne un service public local, dont précisément un des trois fondements est le principe d’égalité ? Aujourd’hui, la fourniture de l’ombre est tantôt assurée de manière individuelle, tantôt par la collectivité, mais sans qu’une politique de l’ombre soit explicitement énoncée », déplore Isabelle Baraud-Serfaty, en conclusion. Avant de lister différents scénarios exploratoires – des « lieux d’ombrages publics », une « généralisation de l’ombrage des rues », un « service public de distribution » ou d’ « entretien » de l’ombre, etc – et inviter une ultime fois les candidats et élus à se saisir de cet enjeu stratégique.
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Hugo Soutra
« Quel partage de l’ombre dans les villes de demain ? », La Fabrique de la cité, novembre 2025, accès libre