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Monsieur Macron, vos appels à la «vigilance» face à la canicule sont indécents, vous qui incendiez le droit de l’environnement

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En pleine fournaise, le Président appelle avec paternalisme «à la précaution». Il ferait mieux de cesser de massacrer les règles qui permettent aux citoyens de saisir le juge pour protéger la nature et notre santé. Un nouveau décret, contre lequel une trentaine d’organisations ont déposé un recours ce vendredi 19 juin, entend poursuivre cette sape.

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Coralie Schaub
20/06/2026
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Sortez vos éventails, mais aussi vos mouchoirs. Emmanuel Macron a appelé jeudi les Françaises et Français «à la grande vigilance, à la précaution» face aux «jours difficiles» de canicule que subit la population. C’est beau, ça nous tirerait presque une larmichette de gratitude, tant d’attention de la part de cet homme qui se prend pour notre paternel à tous. Promis papa, nous allons veiller à bien nous hydrater, «à prendre soin des plus âgés, des plus vulnérables comme des enfants et à bien suivre toutes les préconisations du gouvernement», comme vous nous le serinez. Et puis, aussi, à bien éteindre la lumière en sortant d’une pièce, à ne pas laisser couler l’eau quand on se brosse les dents. C’est important, la vigilance et la précaution, vous avez raison.

En attendant, et pour ne parler que de ce qui nous met dans ce pétrin climatique, ou plutôt dans ce four mortel, si vous étiez un peu plus vigilant et précautionneux, vous aussi ? Un peu plus responsable, vous qui détenez les plus hautes responsabilités de notre grande famille qu’est la nation ? Si vous preniez enfin la question environnementale au sérieux ? Vraiment au sérieux, sans faire semblant à coups de One Planet Summit (ou Ocean, ou Forest, etc.) pompeux et vains, qui peinent à masquer votre inaction ? Pardon, votre action, oui, c’est vrai. Mais votre action destructrice du climat, de la nature, de tout ce qui nous permet de vivre en bonne santé.

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Enième épisode d’une liste de renoncements

La liste des renoncements et reculs environnementaux de vos deux quinquennats est longue comme une canicule de printemps des années 2020. Interminable, de plus en plus folle à mesure que les années passent. Et derrière les atteintes les plus tonitruantes, comme cette loi agricole qui fonce toujours plus dans le mur de l’agriculture industrielle dopée aux pesticides de synthèse et à l’irrigation irrationnelle et accaparatrice d’or bleu, se cache un détricotage plus discret mais tout aussi mortifère. Celui des garde-fous, regroupés dans ce qu’on appelle le droit de l’environnement, qui permettaient jusqu’ici d’à peu près limiter les dégâts d’un productivisme débridé.

Libération a déjà documenté ce processus, qui marquera votre règne. Mais voici qu’un énième épisode de cette époustouflante série de sabotages vient de survenir, avec le décret du 21 avril 2026 «relatif à la simplification de la procédure contentieuse en matière environnementale et à l’accélération de certains projets». Un épisode si grave qu’une trentaine d’organisations, des ONG environnementales (dont France Nature Environnement, la Ligue pour la protection des oiseaux ou Bloom) mais aussi la Ligue des droits de l’homme, la Confédération paysanne, le Syndicat de la magistrature et celui des avocats de France (SAF), ont déposé ce vendredi 19 juin un recours sur le fond et en référé devant le Conseil d’Etat pour en demander «la suspension sans délai et l’annulation».

Il s’agit selon elles de «stopper un coup fatal porté au droit de l’environnement», après des années de «prétendues simplifications de procédures, dans le but d’accélérer les projets et leurs implantations au détriment de l’environnement, bien commun», de «procédures de participation du public toujours plus expéditives» et de «recours contre les autorisations de ces projets toujours plus complexes à déposer pour les associations et citoyens».

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Dans vos faces, les empêcheurs de bétonner en rond

Ce décret-ci, donc, «entraîne plusieurs modifications majeures du droit de l’environnement, avec des conséquences inquiétantes», écrivent les organisations. D’abord, expliquent-elles, lors d’un recours contre un projet à fort impact environnemental (agrandissement d’élevage, mégabassine, installation photovoltaïque au sol, autoroute, etc.), l’accès aux tribunaux de première instance est supprimé. Les requérants devront dorénavant saisir directement la cour administrative d’appel, ce qui les contraint «à saisir une juridiction plus éloignée et à supporter le coût d’une représentation obligatoire par avocat». Et bim, un joli tronc d’arbre dans les roues.

Ensuite, les cours administratives d’appel devront traiter les dossiers dans un délai de dix mois, «ne permettant pas d’instruction précise, d’échanges de mémoires et de réelle étude de l’impact des projets, si souvent dissimulé […] au sein d’études d’impact de centaines, voire de milliers de pages et court-circuitant de fait l’accès à l’expertise et à la médiation, les juges indiquant eux-mêmes que ces délais ne sont pas suffisants pour une justice pleine et entière». Et bam, un autre obstacle.

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Pour bien enfoncer le clou dans le cercueil de la démocratie environnementale, «plusieurs modifications, comme […] l’obligation de notification des recours [à l’auteur et au bénéficiaire d’une décision autorisant un projet, ndlr], viennent alourdir la procédure […]. Le non-respect de cette procédure permettant, évidemment, d’écarter d’un revers de manche la contestation», s’insurgent les défenseurs de l’environnement et de son droit, mais aussi du droit d’accès à la justice. Et boum, dans vos faces, les empêcheurs de bétonner en rond.

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Ce merveilleux texte de défense d’un modèle dépassé doit être appliqué à compter du 1er juillet. Aux dépens, donc, des écosystèmes dont nous dépendons… et qui nous protègent notamment des chaleurs insoutenables. Alors bien sûr, monsieur Macron, vous n’êtes pas seul responsable de ce brigandage en cours. Sénateurs et députés, essentiellement du centre, de droite et d’extrême droite, s’y emploient allègrement, qui prennent leurs ordres auprès des lobbys industriels les plus puissants, au mépris de l’intérêt général. Mais votre rôle n’est-il pas d’être «vigilant», justement ? De faire appliquer le principe de précaution inscrit dans la charte de l’environnement, donc dans la Constitution, précaution que vous brandissez sous notre nez sans vergogne ? Monsieur Macron, vos appels pleins de trémolos face à la canicule sont indécents, vous qui incendiez par ailleurs le droit de l’environnement. Alors, de grâce, épargnez-nous ce double discours insupportable d’hypocrisie.

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Coralie Schaub à suivre sur Libé
20/06/2026

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