Ces indicateurs qui alertent sur une dégradation de la santé de la forêt française
.
Si certains indicateurs de gestion durable des forêts sont en amélioration comme la surface boisée ou l’augmentation de la biomasse sur pied, plusieurs points d’inquiétude sont identifiés, en premier lieu la sécheresse et les maladies.
.

Les points à retenir
- La mortalité des arbres a augmenté de 125 % en dix ans.
- Les attaques pathogènes ont progressé de 175 % depuis 2015.
- Les scolytes ont ravagé près de 100 000 hectares d’épicéas entre 2018 et 2023.
- .
« Cette nouvelle édition des indicateurs de gestion durable (1) (IGD) met en évidence une inflexion inédite : après plusieurs décennies de progression continue des ressources forestières, les effets des crises climatiques ou sanitaires s’imposent désormais comme des facteurs structurants de l’évolution des forêts françaises », indique l’Observatoire des forêts françaises (2) . Lancé en 2023 et piloté par l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN), celui-ci a dévoilé, mercredi 1er juillet, ces indicateurs (3) qui dressent tous les cinq ans le bilan des écosystèmes forestiers français.
Certes, certains de ces indicateurs sont toujours bons, comme l’augmentation des surfaces boisées (+ 21 % sur 40 ans), de la ressource en bois, de la biomasse sur pied (+ 63 % sur 40 ans) ou du stock de carbone forestier. « Pour autant, des premiers signaux d’alerte apparaissent avec les effets des changements globaux qui se font sentir de manière de plus en plus importante », rapporte la synthèse.
.
Effets négatifs ayant tendance à prédominer
La fertilisation par le CO2 et l’allongement de la saison de croissance sous l’effet du changement climatique ont eu d’abord des effets positifs avec une augmentation de la production forestière. Mais les effets négatifs « ont désormais tendance à prédominer, qu’ils soient directs (sécheresse, canicule, modification du microclimat pour la régénération) ou indirects (tempêtes, incendies) », rapporte l’observatoire.
Les épisodes de sécheresse ou de canicules deviennent plus récurrents et plus intenses, occasionnant des déficits foliaires à court terme. Ainsi, le taux de feuillus touchés par un déficit sévère de feuilles était de 15,3 % en 2025 contre 2,2 % en 1997 (5,8 % contre 1,8 % pour le déficit foliaire des résineux). « Cela peut conduire à un risque d’incendie plus important », explique Nathalie Derrière, cheffe du service de l’information forestière à l’IGN.
.
Sur ce dernier point, les surfaces incendiées ont été divisées par deux entre les périodes 1980-1999 et 2000-2024, essentiellement du fait des progrès de la prévention et de la lutte. Mais, là aussi, la situation s’infléchit sous l’effet du changement climatique, avec une extension géographique du risque et un accroissement de l’intensité des événements. « Il n’existe plus de zones épargnées par le risque incendie en France aujourd’hui », explique d’ailleurs Nathalie Bréda, directrice de recherche en écophysiologie forestière au sein de l’unité Silva à l’Inrae (4) Grand-Est–Nancy..
Les forêts françaises sont également assujetties au risque de tempête. Les plus marquantes ont été les tempêtes Lothar et Martin en 1999, et la tempête Klaus en 2009. « Ce type d’évènements extrêmes va sans doute voir sa fréquence augmenter », indique la synthèse.
.
Explosion des attaques pathogènes
Les attaques pathogènes ont quant à elles, explosé, avec une hausse de 175 % des surfaces touchées depuis 2015, qu’il s’agisse de ravageurs (scolytes, processionnaire du chêne, pucerons, nématodes, etc.), ou de champignons ou micro-organismes (oïdium, chalarose du frêne, encre du châtaignier, etc.). Un épisode majeur de crise sanitaire sur l’épicéa due aux scolytes a ravagé près de 100 000 hectares entre 2018 et 2023, tandis que la présence du nématode du pin a été signalée dans les Landes en novembre dernier.
« Le nombre d’ongulés sauvages a sensiblement augmenté, ils sont aussi plus présents sur le territoire et à l’origine de problèmes de renouvellement forestier », ajoute Nathalie Derrière de l’IGN. Cette augmentation se reflète à travers les prélèvements par la chasse qui ont « très fortement augmenté entre 1973 et 2024, principalement pour le cerf (x14), le chevreuil (x10) et le sanglier (x19) », mais dont la progression est « moins forte sur les vingt dernières années, respectivement x2,3, x1,1 et x1,9 ».
.
Vulnérabilité des peuplements
Cette vulnérabilité des peuplements forestiers se traduit à travers plusieurs indicateurs. C’est le cas de l’indicateur portant sur la vitalité des arbres, le déficit foliaire connaissant par exemple une hausse continue depuis le début des années 2000. C’est le cas également de la croissance des arbres, en baisse, et de leur mortalité, en hausse. « Ainsi, la mortalité annuelle qui atteint 15,2 millions de m3, s’est aggravée de + 125 % en dix ans, tandis que le bilan global entre accroissement, mortalité et prélèvement, positif de + 19,5 millions, a néanmoins diminué de 50 % par rapport à sa valeur précédente », rapporte l’observatoire.
Si le stock de carbone dans les écosystèmes forestiers a continué d’augmenter, la vitesse d’augmentation de ce stock a été divisée par deux ces dix dernières années. Et « près d’un quart du puits de carbone trouve son origine dans la hausse du stock de bois mort, contre seulement 1 % au cours des cinq années précédentes », précise la synthèse.
.
Enfin, l’observatoire constate un décalage des forêts françaises vers les catégories de gros et très gros bois au détriment des bois moyens et surtout des petits bois. « Ce qui soulève des questions préoccupantes du rythme de renouvellement des peuplements et de risque de perte massive de carbone en cas de destruction totale des peuplements matures par aléa biotique ou abiotique (incendie notamment) », alerte la publication.
« Les effets de dépérissements forestiers sont des phénomènes complexes qui se déroulent sur plusieurs années et résultent de l’interaction de plusieurs stress », explique Nathalie Bréda. Les successions actuelles de sécheresses, de canicules et d’attaques pathogènes risquent par conséquent de se traduire par de nouvelles dégradations de l’état de santé des forêts avec un décalage de un à trois ans, voire plus pour certaines espèces comme le chêne.
.
https://observatoire.foret.gouv.fr/indicateurs-gestion-durable3. Télécharger la Synthèse des indicateurs de gestion durable
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-48253-forets-indicateurs-gestion-durable-igd-2025.pdf4. Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement
Laurent Radisson, journaliste intégré, Rédacteur en Chef de Droit de l’Environnement. Reproduction établissant un lien préformaté [48253] / utilisation du flux d’actualité.