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Il y a quelques jours, Libé l’a clamé par la voix de Christophe Cassou : «Il faut politiser la canicule.» A l’heure où des milliers d’hectares brûlent dans le Sud-Est, avec leur cortège de blessés graves, d’habitants déplacés et de biens détruits, insistons : il en va de même des incendies. «Le feu est aussi très politique», nous dit le géographe Arthur Guérin-Turcq, au sens où nos choix (d’aménagement du territoire, notamment) vont décider du nombre d’hectares de forêts qui brûleront à l’avenir. Avec le réchauffement climatique, les conditions de température et de sécheresse propices à l’embrasement sont par ailleurs plus précoces. Elles pourraient même s’imposer à nous toute l’année dans une France à +4°C. Cela pose des questions concrètes : à quelle distance des arbres faut-il vivre ? où débroussailler ? comment aménager la forêt ? Dans les Corbières, ravagées l’an dernier, le développement du pastoralisme est une piste, car ce que mangent les troupeaux est autant de combustible en moins pour les flammes. Pour cela, il faut connaître la forêt, vivre à son contact, comprendre son fonctionnement pour savoir ce qu’on peut ou non y faire. Autant qu’une culture du risque incendie, c’est une culture de la forêt qu’il nous faut (re)construire, ce qui prendra du temps dans des sociétés urbanisées où la canopée n’est souvent qu’un décor. A ceux qui croient que la «reconnexion au vivant» ou aux «non-humains» est une théorie fumeuse, vous avez là un bon exemple de travaux pratiques. Thibaut Sardier, chef adjoint du service Environnement |
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Forêts
«Certaines espèces sont très proches de leur seuil de rupture hydraulique» : jusqu’à quel point les arbres résisteront-ils aux canicules ?
Si la forêt française n’est pas touchée uniformément, certaines essences, comme le frêne dans le sud-ouest de la France, sont mises en danger par les récents épisodes exceptionnels de chaleur. Le mois de juillet s’annonce déterminant.
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Humains et autres animaux, champs et littoraux… Tous les êtres vivants et écosystèmes sont frappés de plein fouet par les épisodes caniculaires exceptionnels qui touchent l’ouest de l’Europe et en particulier la France depuis la mi-mai. Les forêts ne font pas exception. En témoignent les incendies qui se succèdent dans le sud de la France depuis la fin de la semaine dans les Pyrénées-Orientales, l’Aude, les Bouches-du-Rhône ou la Drôme.
«On est clairement dans une phase d’accélération des risques d’incendies dans nos écosystèmes forestiers», alerte Sylvain Delzon, directeur de recherche en écophysiologie à l’Inrae à Bordeaux. Plus le végétal est sec et plus le risque d’incendie est important. Or, au 27 juin, les sols se rapprochaient de leur niveau le plus sec jamais observé sur l’Alsace, l’Aquitaine, l’Auvergne, le Limousin, Midi-Pyrénées, constate Météo France dans un bulletin publié en fin de semaine. Pour lundi 6 juillet, l’institut météorologique national classe encore sept départements en «danger feux très élevé».
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Régulation de leur transpiration et défoliation précoce
Les arbres ont des stratégies d’urgence pour tenter de survivre aux fortes chaleurs, jusqu’à une certaine limite. «Un arbre est une grande colonne d’eau. Il puise celle-ci dans le sol et elle s’évapore ensuite au niveau des feuilles, décrit Manuel Nicolas, responsable du réseau national de suivi à long terme des écosystèmes forestiers de l’Office national des forêts (ONF). En cas de forte chaleur, le flux de transpiration devient plus puissant pour réguler la température.» Un chêne adulte peut par exemple consommer «plusieurs centaines de litres» d’eau pour se réguler lorsqu’il fait 40°C, explique Sylvain Delzon.
Grâce à ce processus et à son feuillage, l’arbre devient alors un climatiseur naturel, comme l’a notamment illustré sur ses réseaux sociaux Thomas Brail, fondateur du Groupe national de surveillance des arbres. Thermomètre à la main, l’activiste et arboriste grimpeur a enregistré 62,9°C sur une route en plein soleil devant l’entrée du parc Montsouris à Paris, le 21 juin. Quelques dizaines de mètres plus loin, sur la pelouse protégée par un grand chêne, son instrument indiquait 24,1°C.
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Tant que les arbres ont de l’eau, cette évapotranspiration massive – qui s’est accélérée avec les chaleurs de mai et juin – n’est pas un danger pour eux. «Mais lorsqu’ils en manquent, pour éviter de mourir de soif, ils ferment alors leurs stomates afin de réguler leur transpiration», poursuit Manuel Nicolas. Ces petits pores présents sur les feuilles s’ouvrent habituellement durant la journée et captent le CO2 de l’atmosphère, nécessaire à la photosynthèse des végétaux. «En faisant cela, les arbres se privent de leur activité photosynthétique, reprend le spécialiste. S’ils ne peuvent plus produire de ressources, ils risquent alors de mourir de faim si l’épisode est trop intense ou prolongé.»
Autre symptôme des sécheresses conjuguées aux fortes chaleurs résultant du réchauffement climatique : la défoliation précoce. Déshydratées, les feuilles à la cime des arbres peuvent tomber comme à l’automne, après avoir été desséchées par les UV. «Bien que spectaculaire, la chute prématurée du feuillage ou un changement de couleur comme on peut déjà le voir sur des bouleaux ou des tilleuls ne sont pas forcément synonymes de gravité, il peut aussi s’agir d’une stratégie» de conservation, analyse Nathalie Breda, directrice de recherche en écophysiologie forestière à l’Inrae, précisant qu’une perte de vitalité des arbres n’est pas forcément irréversible et n’entraîne pas toujours leur mort.
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Certaines essences proches d’un seuil critique
Pour l’instant, là où ils scrutent les végétaux, les scientifiques de l’Inrae et l’ONF n’ont pas observé de situation préoccupante liée à la mortalité de branches ou d’individus entiers après les épisodes de chaleur de mai et juin. Cela s’explique notamment par la quantité d’eau présente dans les sols après les pluies de l’hiver et du printemps, et par la profondeur du système racinaire des grands arbres. «On n’a pas de signe visuel de dépérissement sur les écosystèmes forestiers, contrairement aux écosystèmes agricoles où l’on observe des dégâts majeurs sur les cultures de printemps comme le maïs, le tournesol et le soja», confirme Sylvain Delzon.
Toutefois, avec le retour des fortes chaleurs qui ont déjà gagné le sud de la France ce week-end, certaines essences risquent d’atteindre un seuil critique. Grâce à des instruments mesurant le stress hydrique des arbres dans plusieurs forêts du Sud-Ouest, «nous observons que des espèces comme le frêne sont très proches de leur seuil de rupture hydraulique, ce qui peut conduire à une embolie vasculaire». Concrètement, si la tension devient trop forte lorsque l’arbre se met, sans succès, à tirer de l’eau de ses racines jusqu’à ses feuilles, une rupture se produit alors par l’apparition de bulles d’air à l’intérieur de ses vaisseaux. A l’instar d’une embolie pulmonaire, l’air obstrue et rompt le transport de l’eau, ce qui conduit à un dessèchement des feuilles, des branches, voire à la mort de l’arbre. Un mois de juillet avec peu de pluie pourrait ainsi engendrer une saison particulièrement mortifère pour certaines populations.
Les dégâts peuvent se manifester a posteriori : de telles sécheresses sont susceptibles d’entraîner des mortalités massives «un, deux ou trois ans» après le choc climatique initial, comme cela a été observé après 2022. De plus, les forêts françaises sont déjà largement affaiblies, dans plusieurs régions, par de précédentes catastrophes (incendies, tempêtes…), ou par les attaques de ravageurs, comme le scolyte et le nématode des pins, dont la prolifération s’accélère à mesure que les arbres dépérissent et que le climat se réchauffe. Jeudi 1er juillet, l’Observatoire des forêts françaises pointait «une inflexion inédite [de leur état] après plusieurs décennies de progression continue des ressources forestières».
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