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Canicule : « Rétablir l’habitabilité* de notre monde est un objectif vital »

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Luc Abbadie, Professeur émérite d’écologie, ancien directeur de l’Institut de la transition environnementale, Sorbonne Université
 27 juin 2026
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Une fleur sauvage poussant sur une terre calcinée. Photo prise à Thézan-des-Corbières, dans l’Aude, le 13 mai 2026.

Une fleur sauvage poussant sur une terre calcinée. Photo prise à Thézan-des-Corbières, dans l’Aude, le 13 mai 2026.
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Les conséquences de la canicule doivent être considérées sur le long terme et sur l’ensemble du vivant, rappelle l’écologue Luc Abbadie. Avec en ligne de mire un principe simple et non négociable : la capacité à habiter notre monde. Toutes les décisions politiques devraient être passées au tamis de cette condition.

En ce mois de juin 2026, nous battons chaque jour des records de température. Ce que signifie vraiment « changement climatique » devient ainsi brutalement perceptible : conditions de travail dégradées, voire insupportables pour certains métiers, fatigue physiologique et psychologique, mise en danger aiguë de la santé des plus faibles, réduction de la productivité, perte de PIB, etc.

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Face à ces réalités, le débat ou ce qui en tient lieu s’enclenche tous azimuts, chacun empilant ses réponses prioritaires, plus ou moins bricolées, sur celles des autres. Si cette réaction est compréhensible et nécessaire, elle présente toutefois un inconvénient majeur : elle privilégie l’immédiat et le sectoriel au détriment du temps long et de l’approche systémique.

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La biodiversité, éternelle absente

Les conséquences de moyen et long terme de ces deux premières canicules et de celles qui suivront ne sont en effet pas assez soulignées, vis-à-vis du vivant notamment. Rappelons d’abord que les périodes de forte chaleur du passé nous amènent à redouter une hausse significative de la mortalité humaine dans les semaines à venir. Ensuite, que les plantes cultivées comme les animaux d’élevage souffrent eux aussi des fortes chaleurs et réduisent leur croissance, ce qui compromet les rendements et l’équilibre financier de beaucoup d’exploitations agricoles.

Et qu’enfin la biodiversité, éternelle absente des commentaires, déjà malmenée par l’extension des surfaces imperméabilisées, la pollution, l’agriculture intensive, est lourdement affectée par ces événements. Or, plus le temps passe et plus le changement climatique s’aggrave, renforçant l’effondrement de populations animales, végétales et probablement de micro-organismes, engendrant une simplification des écosystèmes et une perte de la capacité de ceux-ci à encaisser les perturbations à venir, climatiques, sanitaires ou autres.

Toutefois, voir le vivant uniquement comme une victime du changement climatique serait passer à côté de l’essentiel : climat et biodiversité s’influencent l’un l’autre. On sait que la végétation et les sols puisent du CO2 dans l’atmosphère pour assurer leur photosynthèse, mais peuvent aussi en relâcher s’ils sont mal gérés, attaqués par des parasites ou brûlés. Mais on oublie parfois que la végétation peut accroître ou amoindrir la capacité d’un paysage à se réchauffer ou se refroidir selon sa couleur et l’intensité de sa transpiration, cette dernière contribuant aux précipitations à l’échelle régionale.

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Un système sociobiophysique

En d’autres termes, le monde réel est un système complexe, avec beaucoup d’organismes, parmi lesquels les humains, et de phénomènes distincts en interaction, peu susceptible par conséquent de répondre de façon linéaire à un ensemble de perturbations elles aussi en interaction… Un système complexe donc, biophysique et, depuis quelques millénaires, sociobiophysique : ses dynamiques sont de plus en plus déterminées par des processus sociaux au détriment des processus physiques et biologiques.

Deux concepts, désormais classiques, aident à y voir clair : celui d’anthropocène, qui constate que l’humanité a pris le contrôle du système Terre, et celui de limites planétaires, qui alerte sur la dégradation continue des conditions d’existence des êtres vivants. Puisque nous avons le contrôle, au moins partiel, nous pouvons rétablir l’habitabilité de notre monde. C’est un objectif vital qui, s’il n’est pas atteint, annule les chances d’atteindre d’autres objectifs, culturels, politiques, économiques…

Un filtre systématique

C’est en cela qu’un troisième concept s’impose pour retrouver un futur désirable, celui de transition écologique. Le terme écologie dérive du grec oïkos qui désigne à la fois la maison en tant que lieu de vie et la communauté humaine qui y est rattachée. Le but, c’est l’habitabilité. C’est non négociable. Ce qui est négociable, ce sont les moyens d’y parvenir, les trajectoires possibles, nécessairement diversifiées car il n’existe pas de recette miracle.

Il va falloir faire preuve d’imagination et d’esprit collectif en s’appuyant sur les corps intermédiaires, associations, syndicats, organisations professionnelles, en clair parier sur la responsabilité et l’intelligence des citoyens. La question de l’habitabilité doit désormais être un filtre systématique. Toute décision politique, tout projet de loi, toute stratégie d’entreprise, devraient être évalués à cette aune : si l’effet n’est pas neutre ou positif, il faut impérativement faire autrement.

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Luc Abbadie, Professeur émérite d’écologie, ancien directeur de l’Institut de la transition environnementale, Sorbonne Université à suivre sur La Croix
 27 juin 2026
Ce texte est signé par un auteur invité. Il exprime son opinion et non celle de la rédaction. Notre rubrique À vif a pour but de permettre l’expression du pluralisme sur des sujets religieux, de société et d’actualité, et de favoriser le dialogue, selon les critères fixés par notre charte éditoriale.

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*Le terme habitabilité est un néologisme qui qualifie l’ensemble des conditions de l’habiter d’un lieu (accessibilité, convivialité, citoyenneté, proxémies) aussi bien matérielles qu’idéelles. Le terme renvoie à une idée de l’habiter plus large que le fait de résider. L’habitabilité d’un lieu est liée à l’existence de possibilités suffisantes de création et d’adaptation permettant aux individus de se l’approprier. Les approches par l’habitabilité étudient la façon dont le social se construit dans un territoire de vie.

L’habitabilité est une notion de géographie particulièrement multiscalaire : elle renvoie aussi bien à la fois la façon dont les êtres humains arrangent leur environnement proche pour le rendre habitable, qu’à celle dont l’humanité préserve — ou met en péril — l’habitabilité de la planète Terre. Parmi les espèces qui modifient l’environnement pour le rendre plus habitable, c’est-à-dire pour l’adapter à leurs besoins (fourmis, termites, castors, certains végétaux ou champignons…), l’espère humaine est la seule qui l’a fait dans tous les type de milieux, et à l’échelle planétaire.

L’habitabilité est construite socialement et historiquement située (Barrioz et Laslaz, 2025) : les caractéristiques qui rendent un lieu habitable ou non dépendent de l’appréciation des individus et des normes fixées par les sociétés, ces normes étant évolutives.

(MCD) avril 2014, dernières modifications (SB et CB) septembre 2023, (JBB) janvier 2025.

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Référence citée
Pour compléter avec Géoconfluences

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