6 juillet 2026
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Die : faute de moyens, l’incendie se propage
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À Die, dans la Drôme, où nous vivons, plus de 1000 hectares sont déjà partis en fumée. C’est l’absence d’investissements massifs dans la lutte contre les feux, qui est responsable de la propagation dans ce territoire, tout autant que la foudre, le mistral et le dérèglement climatique. Nicolas Haeringer, Pauline Magnat, coordinateurs de campagnes sur le climat, et Marie Pochon, députée de la Drôme, interpellons les pouvoirs publics.
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À Die, dans la Drôme, où nous vivons, plus de 1000 hectares sont déjà partis en fumée. La situation est moins dramatique qu’ailleurs, dans la mesure où seules quelques habitations sont menacées : on compte pour l’heure une quinzaine de personnes évacuées, rien de comparable avec ce qui se passe dans les Pyrénées orientales (même si ce lundi soir le feu se rapproche de plusieurs villages dont les habitant·es sont en train d’être évacué·es).
De ce fait, les moyens aériens sont déployés en priorité dans le Sud de la France.
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Le feu risque donc de continuer à se propager dans la Drôme – les fronts se sont multipliés, malgré le travail des pompiers et des renforts militaires : les DASH et les hélicoptères viennent compléter le travail au sol (dans des secteurs difficiles d’accès) mais ne peuvent faire aussi bien que des canadairs.
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Die n’est pas prioritaire – et c’est à la fois normal, et totalement anormal.
Normal, dans le sens où il serait aberrant de ne pas combattre en priorité un feu qui menace des habitations et des vies humaines. De ce point de vue, il est logique que les canadairs soient utilisés ailleurs.
Anormal, dans le sens où nous ne devrions pas avoir à choisir et décider ce qui serait moins important, ce qui pourrait continuer à brûler. Car c’est la rareté du matériel (la France ne compte que 12 canadairs) et le manque de moyens humains qui nous imposent de devoir choisir. Pour le dire autrement : c’est un problème de volonté politique. C’est l’absence d’investissements massifs dans la lutte contre les feux, qui est responsable de la propagation de l’incendie dans le Diois, tout autant que la foudre, le mistral et le dérèglement climatique.
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Ici, comme ailleurs, la solidarité s’organise. Les Diois·es et les touristes de passages donnent volontiers chaque jour des aliments pour améliorer le quotidien des pompiers ; les permanences s’organisent au gymnase pour les accueillir et les soutenir ; et la liste des hébergements proposés pour accueillir d’éventuels renforts ou des personnes évacuées ne cesse de croître. Une assistante maternelle propose de garder les enfants des pompiers volontaires pendant, alors qu’elle est en congés. Les élu·es locaux sont sur le pont de jour comme de nuit. Des restaurateurs cuisinent des repas, tandis que des bénévoles préparent des sandwichs.
Malgré des moyens limités, en dépit du manque de volonté politique national, nous faisons face, nous savons ce qu’il faut faire face à un incendie et nous nous organisons collectivement en conséquence, de manière autonome. Le problème se situe plus haut, dans l’incapacité des pouvoirs publics à agir à la juste mesure, sur les causes profondes du dérèglement climatique.
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Du reste, il ne s’agit pas que d’incendies, mais d’enfants qui suent dans leurs salles de classe, la crèche qui ferme plus tôt face aux températures à l’intérieur du bâtiment, d’habitant·es qui ont chaud dans leurs logements, d’un jeune travailleur de 19 ans qui meurt d’hyperthermie, d’un hôpital qui commence à saturer…
Ce n’est pas juste un incendie, mais bien le dérèglement climatique. Ce n’est pas juste de l’adaptation au niveau local qui est nécessaire, c’est de l’anticipation au niveau national. Nous continuerons à nous organiser collectivement pour prendre soin de nos enfants, nos anciens, nos travailleurs et nos forêts, mais nous pourrons difficilement le faire dans un monde à +50°C.
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Alors que l’atmosphère du Diois se charge de cendres et de l’odeur âcre des fumées commence à se répandre jusque dans les maisons, nous nous prenons à rêver d’une « loi intégrale de lutte contre le réchauffement climatique et ses conséquences ».
À l’instar de la loi intégrale contre les violences sexuelles, un tel dispositif législatif prendrait en compte l’ensemble de la chaîne de causalité : les racines profondes du dérèglement climatique comme ses effets délétères sur nos vies. Elle inclurait des mesures de prévention, offrirait des moyens supplémentaires pour organiser l’action publique en la matière. Elle permettrait de faire émerger une forme concrète de justice climatique, en désignant les responsables et en prenant des mesures les empêchant de continuer de nuire.
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Une structure, inspirée de la CCC, reconnue par l’État, pourrait ainsi faire émerger des propositions concrètes, précises, à l’instar du rôle joué par la Civiise sur les violences sexistes et sexuelles.
Les mesures issues de la Convention Citoyenne pour le Climat, qu’Emmanuel Macron a choisi d’enterrer en dépit de ses promesses pourraient être une bonne base. Le processus d’adoption d’une telle loi pourrait même être l’occasion de réfléchir à de nouvelles mesures – on pense immédiatement à une taxe sur les profits de Total pour financer les SDIS (services départementaux d’incendie et de secours, afin qu’ils disposent des moyens humains et matériels nécessaires) ; l’interdiction d’octroyer des permis de construire à tout bâtiment qui ne serait pas passif en énergie ; l’amélioration urgente des bouilloires thermiques ; et bien sûr un plan de rénovation énergétique des écoles. De même, un moratoire sur tous les projets qui impliquent la destruction de forêts (y compris pour développer la filière bois-énergie ou des centrales solaires) apparaît comme une évidence face aux feux en cours : il serait aberrant d’éteindre le feu qui détruit des forêts ici, pour mieux les raser ailleurs.
Ces revendications trouveront à l’évidence un écho dans la société civile : les mobilisations en cours (de parents devant les écoles ; de locataires refusant de payer leur loyer en l’absence de volets) prouvent bien que l’énergie militante est là. Après dix ans de macronisme, de répression des mobilisations écolos et environnementales et de renoncement à agir sur la question du climat, ce sont bien les débouchés politiques qui font défaut.
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Signataires :
Nicolas Haeringer, coordinateur de campagnes sur le changement climatique et l’industrie fossile
Pauline Magnat, coordinatrice de campagnes citoyennes sur le climat
Marie Pochon, députée de la troisième circonscription de la Drôme
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