Incendies
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« Le feu s’arrêtera quand la forêt aura fini de brûler » : un immense incendie dévore les monts du Diois, dans la Drôme…
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Depuis les fenêtres de la mairie de Barsac (Drôme), Noak Carrau observe les flammes dévorer les crêtes qui surplombent son village. « Le feu va arriver jusqu’ici, on ne peut pas contrôler sa progression, dit le maire. Il s’arrêtera quand la forêt aura fini de brûler. » Dans la matinée du mercredi 8 juillet, le village était envahi par une épaisse fumée âcre. Puis le vent s’est levé, dissipant le brouillard et poussant l’incendie, toujours plus vaste, vers le sud. Jeudi 9 juillet, il avait déjà parcouru plus de 3 500 hectares dans les monts du Diois, soit 1 000 de plus que la veille.
Pour l’heure, Barsac est l’un des trois villages à avoir été évacué préventivement, dès lundi 7 juillet, avec Montmaur-en-Diois et Solaure-en-Diois. Deux cent cinquante habitants ont ainsi dû quitter précipitamment leur habitation. « On a eu une réunion à la salle des fêtes vers 21 heures, on nous a dit qu’il fallait évacuer, à cause des fumées. On a cherché des solutions d’hébergement, j’ai chargé quelques bricoles, et à 23 heures, tout le monde était parti », raconte Emilien, viticulteur. Depuis, le jeune homme dort dans sa voiture. Mais ce sont surtout ses vignes qui l’inquiètent, déjà sévèrement attaquées par la sécheresse et les coups de chaleur, dans un vignoble de la clairette en crise.
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Vidé de ses habitants, Barsac n’est pourtant pas à l’abandon. Une autre activité s’y déploie, sous tension. Le téléphone du maire sonne sans cesse. Il faut trouver des denrées pour nourrir la cinquantaine de pompiers qui s’activent ici. A quelques kilomètres de là, à Die, des dons alimentaires sont collectés dans un gymnase servant de base arrière et de salle de repos aux sapeurs-pompiers – fruits et légumes des maraîchers du coin, collectes dans les supermarchés… Aux abords de la petite ville, des agriculteurs se sont aussi mobilisés pour apporter des cuves, et stocker l’eau au plus près du front de l’incendie. Les bûcherons sont également sur le pont, ainsi que des entreprises de BTP, qui débroussaillent et ouvrent de larges pistes à travers les montagnes.
Et bien sûr, les pompiers. A l’orée de Barsac, deux camions rouges se sont positionnés près de fermes isolées. Les flammes sont toutes proches. « Notre objectif, c’est de sauver ces maisons, et d’éviter que le feu passe la route », explique le commandant Foissotte, chef du sous-secteur de Barsac, au maire. « Pour le reste, tout va brûler ici », dit-il en montrant les versants boisés qui entourent le village. Tout un écosystème de pins noirs, mais aussi de genêts, de buis, de thyms et de lavandes sauvages, avec ses insectes, ses lézards, ses nichées d’oiseaux et toute sa petite faune, part en fumée. « Ça va complètement changer le paysage autour de chez nous », se désole Noak Carrau.
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Locaux et vacanciers évacués
Déclenché par la foudre le 24 juin, l’incendie du Diois a d’abord couvé avant de reprendre de l’ampleur le 3 juillet. A la faveur du vent, de la forte sécheresse atmosphérique et de la chaleur – la Drôme est toujours en vigilance orange canicule –, le feu a continué à progresser jeudi. Les conditions météo restent défavorables, en plus du relief escarpé des monts du Diois, qui rendent l’accès au feu très difficile pour les pompiers au sol. Après Barsac, d’autres villages s’inquiétaient de la progression de l’incendie, comme Aurel, Barnave, ou Pennes-le-Sec. Cette nuit, des fermes et des habitations ont aussi été sauvées dans des hameaux de Montmaur.
A Die, les flammes ont passé la crête dominant le village mercredi, rongeant les pentes de la montagne de Justin, si familière à ses habitants. Toute la journée, les habitants ont observé avec anxiété les panaches de fumée s’élever en face du petit bourg, et, cette nuit, une spectaculaire ligne de feu ceinturer leur montagne. Deux campings et plus de 450 enfants en colonie de vacances sur la commune ont été évacués.
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« Malgré l’évolution défavorable, on maintient notre stratégie, avec la construction de pistes d’accès et de pare-feu », a expliqué le colonel Nicolas Héritier, chef de groupement de gestion des risques au service départemental d’incendie et de secours (SDIS) de la Drôme, mercredi après-midi. Une bonne partie de la bataille se joue au sol, à coups de bulldozer, pour décaper la végétation et faire barrage au feu. Dans la même optique, des feux tactiques ont été allumés pour empêcher son avancée sur certains secteurs sensibles. Chaque jour, des pompiers de toute la France arrivent en renfort sur le secteur – de Marseille, du Gard, du Vaucluse… –, portant leur nombre à 570 jeudi, en plus de l’arrivée de 120 militaires. Dans la nuit de mercredi à jeudi, un pompier a été légèrement blessé, selon Frank Tournier, directeur départemental du SDIS, qui a salué le travail « exceptionnel » des soldats du feu.
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Canadairs sursollicités ailleurs
Dans les airs, les moyens apparaissent plus limités. Deux avions Dash 8 Milan, d’une capacité de 10 000 litres, larguent du produit retardant sur les franges de l’incendie. Un hélicoptère bombardier effectue également des rotations pour déverser directement sur les flammes ses 4 000 litres d’eau. L’un d’eux apparaît, depuis Die, comme un point minuscule face aux immenses panaches de fumées. Quatre Canadair étaient également annoncés jeudi, après plusieurs jours d’attente. Malgré les sollicitations du SDIS, les engins avaient été affectés, jusqu’à présent, sur d’autres foyers prioritaires, en Corse pour les uns, en Ardèche pour les autres.
En ce début d’été, le sud de la France s’embrase – 7 800 hectares ont déjà brûlé pendant les huit premiers jours de juillet, soit près de deux fois plus que pendant tout le mois de juillet 2025, selon les données du Système européen d’information sur les incendies de forêt. Les Pyrénées-Orientales, en particulier, ont déjà perdu quelque 5 000 hectares. La mise à disposition de ces moyens aériens dépend d’arbitrages nationaux, en fonction des personnes et des biens menacés sur place. La France dispose à ce jour de douze Canadair, dont seulement dix en fonctionnement. Quatre de plus, promis par le président Macron après les grands brasiers des Landes en 2022, ont été commandés – mais ils ne seront pas livrés avant 2028 et 2032.
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Si aucune habitation n’a pour l’heure été détruite dans la Drôme, les conséquences environnementales s’annoncent lourdes. Le tourisme risque aussi d’être impacté, ainsi que la viticulture, deux secteurs économiques-clés du territoire. Après la crise, l’enjeu de l’adaptation locale au changement climatique et aux risques croissants d’incendie effleure déjà les esprits. « Pour le moment, on est dans l’urgence, mais à plus long terme, viendra la question de la restauration et du renouvellement de ces forêts, avec sans doute des essences plus variées, et plus de résilience », estime Alain Matheron, président de la communauté de communes du Diois.
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Mise à jour le 9 juillet à 20 h 30 : actualisation des évacuations et des moyens mobilisés.