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Revenus

30 ans de croissance… et toujours autant de pauvres !

Pour que la croissance réduise la pauvreté ces trente dernières années, il aurait fallu qu’elle bénéficie plus aux pauvres qu’au reste de la population, mais ce sont d’abord les riches qui en ont profité.

La France s’enrichit : entre 1996 et 20191, son produit intérieur brut (PIB) est passé de 1 600 milliards en 1996 à 2 332 en 2019, soit + 45 % (après élimination des hausses dues à l’inflation).

Ce qui a permis de créer près de 4 millions d’emplois : 23,6 millions de travailleurs en activité en 1996, 27,4 en 2019, 16 % de plus. Comme le PIB a progressé plus vite que l’emploi, cela signifie que la production moyenne par travailleur a augmenté. De 25 %, grâce à des investissements, des innovations, de la recherche. Voilà le bon côté des choses, celui que l’on claironne.

Persistance de la pauvreté

Côté sombre, la pauvreté, loin de se réduire, persiste, voire s’accroît : entre 1996 et 2019, le taux de pauvreté (Antilles et Réunion inclus) est passé de 14,5 % de la population à 14,6 %. En 1996, 35 % des chomeurs2 étaient en situation de pauvreté, en 2019, on en comptait 39 %.

Parmi les adultes en emploi, 2 millions étaient en situation de pauvreté en 1996, et 2,1 millions 23 ans après. Dans les familles monoparentales, le taux de pauvreté a crû de 28,4 % à 32,8 %. Quant aux moins de 18 ans, 18,9 % vivaient dans un ménage pauvre en 1996, et 20,2 % en 2019. Le nombre de jeunes de 15 à 29 ans ni en emploi, ni en formation, est passé de 1,2 million en 2003 (première année recensée) à 1,4 million en 2019.

Comme le souhaitait Malthus, les riches ont festoyé, les pauvres se sont contenté des miettes du festin. Mais, contrairement à ce qu’espérait l’économiste britannique, ils sont devenus plus nombreux

Comment expliquer qu’un pays s’enrichisse et, en même temps, que la pauvreté y stagne, voire augmente pour les jeunes, les chômeurs et les familles monoparentales, compromettant ainsi leur parcours à venir ? L’essentiel du problème se trouve dans l’évolution de ce que l’on appelle le « niveau de vie » des ménages (voir encadré).

Certes, le niveau de vie mensuel moyen du dixième le plus pauvre des ménages est passé de 618 euros en 1996 à 726 euros en 2019, une amélioration de 108 euros3 : au cours de cette période, ils ont donc pu se réjouir de voir leur niveau de vie progresser d’un peu moins de 5 euros mensuels chaque année, soit 2,7 % de l’augmentation totale des niveaux de vie durant cette période.

Tandis que, dans le dixième le plus riche, le niveau de vie moyen est passé de 3 830 à 5 014 euros : à lui tout seul, ce dixième a raflé plus de niveau de vie supplémentaire (+ 1 184 euros) que la moitié la plus modeste de la population (+ 1 180 euros).

Lecture : Le 10e décile, les plus riches, a connu une progression de son niveau de vie de 1 184 euros entre 1996 et 2019, soit une hausse de 31 % tandis que le 1er décile, les plus pauvres, a vu son niveau de vie augmenter de 108 euros sur la période, soit une hausse de 17 %.

Comme le souhaitait Malthus, les riches ont festoyé, les pauvres se sont contenté des miettes du festin. Mais, contrairement à ce qu’espérait l’économiste britannique, ils sont devenus plus nombreux : même les miettes, c’était de trop …

Pour vraiment réduire la pauvreté, il aurait fallu que, chaque année, le niveau de vie du dixième le plus pauvre progresse plus vite que celui des autres. Ce qui n’a été le cas qu’à deux reprises durant la période qui nous intéresse : lors du gouvernement Jospin (+ 22 % pour les pauvres, + 13 % pour les riches) et du quinquennat Hollande (+ 5 % pour les pauvres, et – 5 % pour les riches). Sous le mandat de Jacques Chirac d’après la cohabitation, le bilan a été de – 2 % pour les pauvres et + 5 % pour les riches, et sous Nicolas Sarkozy, – 7 % pour les pauvres et + 2 % pour les riches.

La croissance économique n’améliore pas la situation des plus pauvres, mais elle accentue les inégalités. Ensuite, la droite au pouvoir roule pour les riches, la gauche pour les pauvres.

Sous le premier quinquennat Macron, la suppression partielle de l’ISF et l‘instauration d’une imposition beaucoup plus faible sur les revenus du capital en 2017 ont permis aux bénéficiaires d’économiser 2,6 milliards d’impôts, tandis que, l’année suivante, le nombre de personnes pauvres augmentait de 440 000.

Si ces 2,6 milliards avaient été distribués en aides sociales, jusqu’à un million de personnes auraient pu franchir (de peu) le seuil de pauvreté. Certes, réduire la pauvreté ne relève pas des seules aides sociales, mais aussi de l’accès à la formation, au logement et à l’emploi. Reste qu’enrichir les riches plutôt qu’aider les pauvres à sortir de leur situation est une forme de mépris à leur égard.

De ce panorama, on peut retirer deux leçons. D’abord, la croissance économique n’améliore pas la situation des plus pauvres, mais elle accentue les inégalités. Ensuite, la droite au pouvoir roule pour les riches, la gauche pour les pauvres.

Un ménage peut comporter une seule personne, mais aussi plusieurs, dès lors qu’elles vivent sous le même toit, sans forcément qu’il y ait des liens familiaux. Ce qui implique qu’une part plus ou moins importante des dépenses du logement soit partagée (énergie, chauffage, loyer, assurance, eau, …). On comptabilise alors tous les revenus que les membres du ménage perçoivent après déduction des cotisations sociales et des impôts : revenus d’activité, du capital, ou sociaux (retraite, allocations familiales, RSA…).

L’ensemble est appelé « revenu disponible ». Lequel est divisé non pas par le nombre de personnes, mais par celui des « unités de consommation » (UC) : la première personne compte pour 1, chacune des suivantes pour 0,5, sauf s’il s’agit d’enfants de moins de 14 ans (0,3 par enfant).

La famille X composée de deux adultes et de deux enfants de moins de 14 ans compte donc pour 2,1 U.C. (1+0,5+0,3+0,3), car si ces 4 personnes dépensent 4 fois plus qu’une seule personne pour la nourriture et les vêtements, elles n’ont pas besoin de 4 voitures, de 4 lave-linges, de 4 compteurs d’électricité, etc. Si son revenu disponible est de 4 200 euros mensuels, son niveau de vie est donc de 2 000 euros (4 200/2,1) pour chacun des membres du ménage.

Ce niveau de vie permet de classer les 4 personnes de ce ménage dans l’échelle des niveaux de vie du pays. Dans un escalier de 100 marches (la première marche étant occupée par le ménage le plus pauvre, la dernière par celle du plus riche), le niveau de vie des quatre membres de notre ménage en 2019 se situerait dans la 67e marche de cet escalier. En 2019, chacun des dixièmes comporte environ 4,3 millions de ménages, soit 6,5 millions de personnes.

Du revenu au niveau de vie

Un ménage peut comporter une seule personne, mais aussi plusieurs, dès lors qu’elles vivent sous le même toit, sans forcément qu’il y ait des liens familiaux. Ce qui implique qu’une part plus ou moins importante des dépenses du logement soit partagée (énergie, chauffage, loyer, assurance, eau, …). On comptabilise alors tous les revenus que les membres du ménage perçoivent après déduction des cotisations sociales et des impôts : revenus d’activité, du capital, ou sociaux (retraite, allocations familiales, RSA…).

L’ensemble est appelé « revenu disponible ». Lequel est divisé non pas par le nombre de personnes, mais par celui des « unités de consommation » (UC) : la première personne compte pour 1, chacune des suivantes pour 0,5, sauf s’il s’agit d’enfants de moins de 14 ans (0,3 par enfant).

La famille X composée de deux adultes et de deux enfants de moins de 14 ans compte donc pour 2,1 U.C. (1+0,5+0,3+0,3), car si ces 4 personnes dépensent 4 fois plus qu’une seule personne pour la nourriture et les vêtements, elles n’ont pas besoin de 4 voitures, de 4 lave-linges, de 4 compteurs d’électricité, etc. Si son revenu disponible est de 4 200 euros mensuels, son niveau de vie est donc de 2 000 euros (4 200/2,1) pour chacun des membres du ménage.

Ce niveau de vie permet de classer les 4 personnes de ce ménage dans l’échelle des niveaux de vie du pays. Dans un escalier de 100 marches (la première marche étant occupée par le ménage le plus pauvre, la dernière par celle du plus riche), le niveau de vie des quatre membres de notre ménage en 2019 se situerait dans la 67e marche de cet escalier. En 2019, chacun des dixièmes comporte environ 4,3 millions de ménages, soit 6,5 millions de personnes.

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