Hors-série « Le Monde » : Edgar Morin, un humaniste planétaire
Le hors-série « Edgar Morin, le philosophe indiscipliné » déroule le fil de la vie et des travaux de l’écrivain, plébiscité à travers le monde.

Il aura 100 ans le 8 juillet et a parcouru tous les domaines du savoir, vécu intimement les extases de l’histoire. Théoricien de la connaissance et héros de la Résistance, dissident du stalinisme et infatigable promoteur du « principe espérance », anthropologue de la mort et sociologue du temps présent, Edgar Morin est un touche-à-tout universel.
Né en 1921, il est un enfant du siècle. Résistant, notamment dans le réseau de François Mitterrand, il s’est opposé aux carcans de l’esprit et à certaines formes d’engagement. Contre une raison réduite au calcul, une science sans conscience, une séparation des connaissances universitaires, il propose de relier les savoirs, d’enseigner la transdisciplinarité, de réformer notre pensée.
A rebours d’une certaine militance qui l’a conduit lui-même à certaines erreurs et errances, il forge une éthique de l’incertitude et plaide pour une politique, une métamorphose, une symbiose des civilisations. Solidaire des humiliés et des offensés, il sait pour cela prendre des coups et connaît le prix qu’il faut payer afin de rester fidèle à ses idées.
D’auteur minoré à savant respecté
Un mot lui est accroché, celui de « complexité ». Car Edgar Morin est l’artisan d’une pensée capable de lier la connaissance des parties à celle du tout. Aujourd’hui, de nombreux ouvrages, colloques et cursus d’universités lui sont consacrés, en particulier à l’étranger où ce penseur de l’ère planétaire est très largement plébiscité. En France, Edgar Morin est pourtant longtemps resté un auteur minoré, avant d’être un savant respecté et parfois même une caution recherchée.
Comme l’illustrent les textes, débats, entretiens, documents et notions présentés dans le hors-série du Monde « Edgar Morin, le philosophe indiscipliné », il a saisi son époque avec sagacité, su capter l’essence des événements, les inscrire dans la longue durée. En témoigne notamment un commentaire de La Marseillaise, « un hymne d’éveil et de résistance qui a valu pour les résistances qui ont suivi, qui vaut pour celles que nécessite notre temps, et qui vaudra pour les résistances futures », écrit-il. Ou une interview accordée au Monde après « l’horreur de la criminelle décapitation » de Samuel Paty dans laquelle il analyse l’opposition entre « la France identitaire et la France humaniste ».
Du phénomène « yé-yé » à l’impératif écologique, il offre des repères pour nos temps déboussolés. Il montre aussi que l’homme est pétri de contradictions et, entre raison et déraison, qu’il lui est possible d’inventer un autre destin, d’emprunter d’autres chemins. Fidèle à son adolescence et marqué par ses blessures d’enfance, Edgar Morin demeure avant tout un intellectuel rimbaldien. Pensée complexe ou « Terre-patrie », ce braconnier du savoir déploie une philosophie comme un antidote aux œillères de l’esprit, une perpétuelle invitation à « changer la vie ».
l’éminent sociologue français se propose de tirer les leçons de la crise due au coronavirus.

Les enseignements à retenir de la crise du Covid-19 inondent depuis bientôt trois mois les colonnes de vos journaux préférés. Voici qu’ils font leur apparition dans les librairies, rouvertes depuis peu. La lassitude ne doit pas, pour autant, détourner le lecteur de l’essai à paraître d’Edgar Morin, éminent sociologue français de 98 ans, et enfant de toutes les crises. Son incroyable expérience de vie, qui fait d’ailleurs l’objet d’un passionnant préambule, mérite de lui accorder une lecture attentive. Hélas, les leçons à tirer et les idées-guides pour « changer de voie » sont parfois convenues et très attendues. Extraits.
Notre souveraineté « La pratique de la délocalisation a eu le vice gravissime de nous assujettir à des économies étrangères et de nous laisser dénués de produits et de producteurs lors de l’invasion du virus. […] Il est regrettable que ce problème de l’autonomie nationale soit si mal posé et soit toujours réduit à une opposition entre souverainisme et mondialisme. Il s’agit de restaurer une autonomie nationale vitale et en même temps de réformer la mondialisation techno-économique […]. La mondialisation doit comporter son antagoniste, la démondialisation, pour sauver les terroirs, territoires ou nations menacés dans leur espace vital. »
L’économie « La croissance qui doit se poursuivre est celle de l’économie des besoins essentiels : les services publics, dont la santé, l’éducation, les transports, les énergies vertes, l’agriculture fermière et agroécologique […]. La décroissance doit s’effectuer progressivement pour réduire l’économie du frivole et de l’illusoire […] diminuer la production et la mise en conserve de la nourriture industrialisée ainsi que la production d’objets jetables et non réparables, réduire le trafic automobile, le transport routier et le trafic aérien […]. La période du confinement a donné un bon aperçu de ces possibilités. »
La société « Notre société souffre de croissantes inégalités. Celles-ci peuvent être réduites par la taxation des spéculations boursières, la fiscalité augmentée des hauts revenus (si l’évasion fiscale est lourdement pénalisée), le recours à l’impôt sur la fortune ou sur le patrimoine, ainsi que la baisse de l’impôt sur les bas revenus. Les inégalités peuvent également être réduites par la revalorisation des métiers méprisés qui ont montré leur caractère essentiel pendant le confinement : éboueurs, manutentionnaires, infirmiers, caissiers, standardistes. »
APIS ( Agence populaire d’information Solidaire )