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Décès de Pierre Tabouret à Die

Avec la disparition de Pierre Tabouret, c’est une figure de la trufficulture dans la Drôme qui s’en va. Il est décédé brutalement à l’âge de 64 ans. Pierre Tabouret a réalisé sa carrière au Centre régional de la propriété forestière (CRPF) du département de la Drôme et était depuis plusieurs décennies le technicien en trufficulture de la région…

Hommage de Isabelle Bizouard pour la municipalité de Die

Pierre

La nouvelle s’est faufilée partout, plus vite que l’éclair.

Ce n’est pas possible. Et pourtant si.

Ce n’est pas croyable. Et pourtant si, c’est vrai.

Pas comme ça. Si, comme ça.

Pas maintenant, pas si tôt. Oui c’est trop tôt mais c’est maintenant.

Pierre, nous t’avons tous vu, la veille, l’avant-veille, la semaine dernière, il y a moins d’un mois.

Nous t’avons vu et comme toujours nous avons parlé du temps, du pays, de la vie.

Tu es dans notre paysage diois depuis toujours, tu es le paysage. Parfaitement intégré à ses roches de clair calcaire parfumées de thym que tu as tant parcourues. Tu es la forêt de pins et de taillis qui embaume dans l’air chaud de l’été et qui craque sous les pas d’hiver.

Enraciné ici de tout ton être et de toutes tes forces, par tous tes sens et par le cœur.

Pierre forestier.

Depuis très jeune.

Forestier,  l’homme de patience et de persévérance, l’homme à l’écoute de la nature et de ses lois, l’homme qui prévoit et qui anticipe, l’homme qui projette dans les temps.

Pierre, notre « Homme qui plantait des arbres ». Des noyers, des chênes truffiers et même déjà 350 cèdres à Barnave. « Il n’y a que Pierre Tabouret pour un tel chantier » disent ceux du coin.

Le temps du forestier est un temps long, il ne faut rien brusquer, tout arrive quand ça doit arriver. La boussole du forestier est le vent dans les arbres ; il voit d’où viennent les vents, les bons et les mauvais. Une sorte de seconde nature, inspirée des rondes du soleil et de la lune au-dessus des montagnes aimées.

Pierre jardinier.

Mémoire du Perrier, des jardins, des jardiniers, des chemins, des canaux. Fédérateur et rassembleur à travers la présidence du Mas d’arrosage, pour des journées de remise en état des canaux et des chemins avec joyeux  casse-croûte ; et pour résoudre les problèmes  par-delà le Perrier, en lien avec l’Aube et les Fondeaux.

Cultiver son jardin pour sentir sous son palais les saveurs de la vie, cultiver son jardin pour partager, cultiver son jardin pour rester un homme libre.

Pierre rugbyman.

L’équipe et le jeu avec et pour les autres. Présent, pilier, soutien et passeur du ballon ovale à Marius lui aussi rugbyman. De joueur assidu tu étais devenu spectateur assidu ! 

Pierre compagnon.

Compagnon du tour de France et d’Europe pour trouver, multiplier et tailler magnifiquement le diamant noir. Ton père qui parcourait le Diois pour relever les compteurs d’électricité, est revenu un jour en te disant qu’on lui avait parlé de truffe et qu’il y en avait au pays.

Juste au moment où tu souhaitais diversifier tes missions au CRPF. Tu t’es passionné pour ce mystère de la Nature, tu es devenu fin connaisseur, tes conseils étaient précieux et recherchés. Référent truffe de France et connu bien au-delà en Italie, en Espagne, en Allemagne, en Suisse…

Formidable intuition de terrien, sixième sens…toujours avec tes chiens Téquila et Pomme frisés comme des moutons.

Compagnon copain aussi, celui qui partage le pain. Avec Evelyne vous aviez vite fait de dire à l’un ou l’autre : tu as le temps, viens casser une graine, manger un bout, et vous en avez partagé du beurre truffé, de l’omelette à la truffe, une soupe ou un gratin des légumes du jardin. Avec des produits vrais quoi !

Compagnon de route enfin. Nous fûmes compagnons de route de longues années : comme tu le disais à Marius, « vers 23 – 24 ans, nous sommes partis à l’assaut de la mairie ! » : conseillers municipaux ensemble avec Marcel Bonniot de 1983 à 1989, puis avec Jean-Pierre Rambaud de 1989 à 1995, et ensemble à la section du parti socialiste de Die.

Puristes nous étions, puriste tu es resté, tous deux viscéralement attachés au Diois. A un point tel que tu fuguais du lycée du Valentin et que tu faisais du stop pour rentrer plus vite que le bus ou le train !  Nous partagions le même attachement à notre territoire. Nous avions choisi de rester au pays et de nous engager. Parce que notre pays était incroyablement beau, que les gens étaient simples et vrais.  Du temps que les moins de 20 ans, et même les moins de 30 voire de 40 ans ne peuvent pas connaître ! Avec les hussards de la république résistants et laïques, comme Marcel Bonniot, Jo Galland, Pierrot Brun et d’autres, nous refaisions le monde et le Diois. Que de réunions, de discussions, de réflexions, de projections, de distributions de tracts dans les boîtes aux lettres ! Ah ! il s’en est dit salle des sociétés ou salle Joseph Reynaud, alors que le Diois perdait encore de la population et que nous participions à la mise en place des projets qui ont inversé cette tendance. Nous savions que l’avenir n’était pas dans les concentrations urbaines : notre vérité sociale et économique était modestement ici pour notre grand bonheur.

Tu m’as accompagnée dans toutes les péripéties de la vie politique locale. Loyal, fidèle, franc, droit en tes dires, en tes actes et en tes engagements.

Toujours présent, avec Evelyne, pour tenir le bureau de vote à chaque élection, puis pour dépouiller. Comme pour vivre pleinement et célébrer le rituel de notre démocratie, moment unique où chacun choisit de venir accomplir, par son bulletin secret, son droit et son devoir dans le respect de tous. Puis moments si particuliers et intenses du dépouillement, par et avec les citoyens. Avec méthode, transparence et rigueur.

Moment de partage de la vie locale, intérêt toujours maintenu pour cet acte majeur de notre vie en société, pour rendre service, pour croiser les diois, ceux qu’on ne voit qu’à ce moment-là, pour suivre l’évolution de la population, pour analyser, commenter, pour comprendre.

Évelyne, Marius, Antonin, Simone, ses proches, vous êtes dévastés. Nous aussi.

Nous vous portons dans nos cœurs.

Nous sommes reliés à jamais, par ce que nous avons vécu ensemble.

Nous sommes reliés à jamais dans ce coin de terre si beau, si bleu, si petit, si rude et si fraternel.

Quand on est né ici, à sa naissance ou après, on est uni par la vie et la mort au quotidien.

On sait les blessures et les deuils de l’autre, même si on n’en parle pas, même si on n’en parle plus. C’est l’humanité de notre territoire.

Nous sommes enracinés, nous sommes reliés à vous par nos racines et nos branches qui s’entremêlent, Pierre était un frère, nous sommes reliés fraternellement à vous. 

Isabelle Bizouard

Maire de Die

Le 23 janvier 2022

MCD  et Ecologie au Quotidien rendent hommage à un partenaire sur les plantation d’Arbres avec les Éclaireurs et Éclaireuses de France en 2021 particulièrement à SOLIHA de Die.

Acteur de l’économie sociale et solidaire, SOLIHA, Solidaires pour l’habitat, est le premier Mouvement associatif du secteur de l’amélioration de l’habitat.

Sincères amitiés à sa famille, ses amis,…

 

 

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