Chères Glorieuses, Chers Glorieux,
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Mercredi dernier, l’autrice Alexandra Besson — Ariane Fornia de son nom de plume — a été condamnée par le tribunal de grande instance de Paris à 1 euro symbolique et le paiement de 3 000 euros à Pierre Joxe. Ce dernier l’avait attaquée en diffamation lorsqu’en octobre 2017, alors qu’on entendait sur les chaînes de télévision que « c’est bon, les femmes sont désormais libres de parler », « le patriarcat c’est fini », « les agressions sexuelles c’était hier, l’égalité c’est aujourd’hui », l’écrivaine affirmait que l’ancien ministre de Mitterrand l’avait agressée sexuellement.
Sur son blog, Alexandra Besson décrit que l’ancien ministre, « un vieux monsieur à l’air éminemment respectable » l’a agressée sexuellement. Les deux sont alors assis côte à côte à l’Opéra Bastille. « Son épouse est à sa droite à lui. » Elle est à sa gauche. Elle ne le nomme pas. « Et au bout de dix minutes, le vieux monsieur a sa main sur ma cuisse. […] Je le repousse gentiment. Il recommence. Rebelote. Une troisième fois. Il commence à remonter ma jupe. Il glisse sa main à l’intérieur de ma cuisse, remonte vers mon entrejambe. » À plusieurs reprises. « J’enlève sa main plus fermement et je pousse un cri d’indignation étouffé, bouche fermée. Tout le monde me regarde. Il arrête. Dix minutes plus tard, il recommence. Je lui plante mes ongles dans la main. C’est un combat silencieux, grotesque. »
L’agression a lieu en mars 2010. Comme nous vivons dans un système qui protège avant tout les victimes, les faits sont prescrits six ans à compter du jour de l’infraction. Au moment des faits, Alexandra Besson ne veut pas porter plainte, notamment du fait de l’exposition médiatique de son père, alors ministre.
L’écrivaine ne nomme pas directement Joxe. Elle parle d’un ancien ministre de Mitterrand. « J’ai eu peur de donner son nom, peur de mettre en cause un homme très respecté, qui a occupé les plus hautes fonctions de l’État. » Quelques jours plus tard, elle décide de dévoiler le nom de son agresseur à L’Express. « En même temps, j’ai vu toutes mes amies qui ont subi des agressions témoigner, et je ne veux pas être la seule qui se taise par lâcheté », dira-t-elle alors.
Joxe a immédiatement répliqué en dénonçant non pas des mensonges mais des « contre-vérités ». (Je serai toujours fascinée par le champ lexical utilisé pour ne pas admettre d’avoir commis une faute.) Il utilise le meilleur allié des dominants dans une société patriarcale, la justice. Il l’attaque en diffamation.
Le procès a eu lieu le 18 novembre dernier, une psychiatre atteste de la crédibilité de Besson, la juge néanmoins paraît agressive. « Comment n’avez-vous pas reconnu Pierre Joxe ? Vous n’avez jamais regardé les infos à la télé ? Vous faisiez des études ! » Besson avait trois ans quand il était ministre.
Comme le rapporte Le Monde, Alexandra Besson a dû attester au tribunal de sa « bonne foi ». Elle a présenté les billets de l’Opéra, sa mère et son père ont tous les deux témoigné qu’elle leur avait aussitôt raconté l’accident. Mais ce n’est vraisemblablement pas suffisant. Elle est également condamnée à retirer son billet de blog et à publier des excuses publiques.
Le jugement est clair. « En jetant ainsi le discrédit et l’opprobre sur Monsieur Pierre Joxe, Madame Alexandra Besson l’a diffamé et ne peut bénéficier de l’excuse de bonne foi ».
Alors que l’autrice indique vouloir faire appel, on peut se demander pourquoi la respectabilité d’un homme est-elle plus importante que la sécurité des femmes ?
L’affaire est compliquée. Besson n’a pas porté plainte immédiatement. Elle s’est trompée sur l’existence d’un entracte pendant l’opéra de Wagner. Elle n’a pas été parfaite. C’est aussi le témoignage d’une jeune femme de 30 ans contre celui d’un homme qui a présidé la Cour des comptes, qui a été ministre. « Une icône de la gauche », peut-on entendre. Mais c’est aussi l’occasion de modifier notre rapport au pouvoir. Quel message cette condamnation renvoie-t-elle ? Le 1 euro symbolique, les 3 000 euros de remboursement de frais judiciaires, la suppression du témoignage, les excuses publiques ? Le message est simple : soyez parfaite ou nous ne validerons pas votre expérience.
Car pourquoi ne sommes-nous pas débarrassé(e)s de tous les Matzneff de tous les secteurs, de tous les Weinstein de tous les secteurs ? Une première réponse, évidente, serait de pointer que le système judiciaire implique qu’un fait ait été porté publiquement à sa connaissance ou un dépôt de plainte. Or les rédactions ne peuvent pas faire tout le travail des enquêtrices et des enquêteurs de la police nationale. Or les femmes ne veulent pas parler. À l’aune de l’expérience d’Alexandra Besson, on les comprend. Lorsque les femmes parlent, elles sont condamnées. Mais n’oublions pas. Là où il y a pouvoir, il y a abus de pouvoir. Là où il y a des hommes, il y a abus des privilèges qui leur sont octroyés dans une société patriarcale.

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Cette semaine, Vanessa Nakate, une activiste ougandaise de 23 ans participait au Davos du fait de son engagement pour le climat. Elle a été choquée de voir qu’elle a été coupée de la photo officielle publiée par l’agence de presse Associated Press sur laquelle elle figurait aux côtés de Greta Thunberg, Luisa Neubauer, Isabelle Axelsson, et Loukina Tille. « J’ai pleuré car j’étais effondrée. Pas seulement parce que c’était raciste mais pour les gens d’Afrique. » a-t-elle dit à BuzzFeed News. #lespetitesglo # vanessanakate

Rebecca Amsellem est une activiste féministe franco-canadienne, créatrice de la newsletter Les Glorieuses et fondatrice de Gloria Media, société de production de newsletter. Elle est également docteure en économie. Sa thèse, « Museums go international : new strategies, business models » est publiée aux Éditions Peter Lang (au cas où ça intéresse quelqu’un·e).
En 2015, elle lance la newsletter féministe Les Glorieuses dans l’optique de constituer un nouvel imaginaire collectif où les femmes sont pleinement les égales des hommes.
Rebecca Amsellem est également l’autrice de « Les Glorieuses : chroniques d’une féministe » (2018, Hoëbeke).





