Sept mots qui résument l’activiste du climat Hilda Flavia Nakabuye
Sous les ors de la République, on a un peu cassé les codes, jeudi 30 janvier. Pour ouvrir la cinquième saison de la Nuit des idées, le Quai d’Orsay avait ouvert ses plus beaux salons et passé, une fois n’est pas coutume, les micros à la jeunesse. Sur l’estrade, face à un public intéressé par un futur écologique, trois activistes, représentant chacun un continent, ont tenté de convaincre que l’avenir s’écrirait avec eux. Au premier rang, le ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et la ministre de la transition écologique et solidaire, Elisabeth Borne, ont joué le jeu, écoutant attentivement cette jeunesse
Pas de sophistication superflue dans le discours de la Canadienne Kristine Rodrigo, 22 ans, ambassadrice de l’association Young Reporters for the Environment, du Français Nathan Méténier de l’ONG Youth and Environment Europe ou de l’Ougandaise Hilda Flavia Nakabuye, venue représenter « les pays du Sud ». Tous trois ont eu des mots simples pour arrimer la salle à leurs convictions.
D’Afrique il a été beaucoup question lors de cette discussion, organisée par l’Institut français et animée par le chroniqueur de France Culture Hervé Gardette. La jeune Ougandaise de 22 ans, étudiante en économie et fondatrice, dans son pays, des « Fridays for Future » (« vendredis pour le futur »), a pu y rappeler les effets du réchauffement sur son continent, région du monde la plus touchée et pourtant la moins pollueuse, eu égard à sa faible industrialisation.
En sept mots-clés et sept citations, voici le résumé rapide de la pensée de celle qui a aussi lancé une campagne pour protéger les rives du lac Victoria, et déjà participé à de nombreux événements internationaux, dont le sommet C40 Cities à Copenhague en novembre 2019.
- Blessure
« L’effacement de la militante écologiste ougandaise Vanessa Nakate sur la photo souvenir des jeunes activistes à Davos m’a blessée. Je me suis sentie très mal pour l’Afrique et sa place. Effacer Vanessa de la photo signifie que la voix de l’Afrique ne compte pas dans ce débat mondial et n’intéresse pas. Or, notre continent est celui qui contribue le moins au réchauffement de la planète et celui qui en souffre le plus. J’aimerais qu’on s’en souvienne. »
- Urgence
« L’économie de l’Ouganda, mon pays, est déjà impactée par le réchauffement climatique parce qu’elle est encore très agricole et que des paysans sont obligés d’abandonner leurs terres à cause de la désertification. Les températures montent, ils ne peuvent plus prévoir lorsque les pluies vont arriver… Les problèmes se multiplient en Afrique et on se demande ce que sera notre futur. »
- Combat
« Nous devons nous battre ensemble. Parce que nous sommes jeunes, nous avons l’énergie pour mener le combat que la génération d’avant n’a pas mené. D’ailleurs, nous, nous n’avons pas le choix, si nous voulons un avenir. »
- La voix du Sud
« Je représente les milliers de jeunes qui meurent déjà au Sud des conséquences du dérèglement climatique. L’injustice climatique qui touche les pays de mon hémisphère m’a forcée à devenir militante. Je sacrifie de mon temps d’études pour expliquer autour de moi ce qui se passe. Dans les campagnes, beaucoup de gens n’ont jamais entendu parler de dérèglement climatique. Ils voient que les conditions de vie ont changé autour d’eux, mais ne savent pas pourquoi. il y a beaucoup à faire pour informer. »
- Citoyens
« Les politiques, par leurs décisions, ont un impact immédiat et direct sur le monde. Ils ont le pouvoir de décider et de faire. Mais il ne faut pas oublier que le citoyen a lui aussi un vrai pouvoir. D’abord, une mobilisation citoyenne peut obliger les politiques à bouger. Ensuite, chaque citoyen, depuis sa place, peut à sa façon par des petits gestes avoir un impact sur son environnement immédiat. N’oublions jamais que nous sommes tous responsables. »
- Révolution
« Si on veut changer les choses, il faut une révolution. Et ce n’est pas une chose agréable à faire parce qu’il va falloir changer nos modes de vie, sortir de nos zones de confort. »
- Etat d’urgence
« A mes yeux, la résolution la plus urgente serait que tous les pays déclarent “l’urgence climatique”. Si la mesure semble symbolique, elle permettrait qu’on parle plus de ce sujet et que la population, notamment dans les pays du Sud, comprenne mieux ce qui se passe autour d’elle et puisse agir elle aussi. »