Avant la catastrophe : il y a 100 ans, ne jamais humilier…

« Retour aux sources » se plonge dans les années qui ont mené Hitler au pouvoir en Allemagne, particulièrement de 1930 à 1933 où l’on voit l’ancien caporal devenir Chancelier, atteignant le pouvoir suprême. Pour illustrer ces années brunes, un documentaire, » Avant la catastrophe « …
Réduire l’ascension de Herr Hitler à ces quelques années serait par trop réducteur. L’engrenage fatal débute bien avant… Dans cette tragédie, la Révolution bolchevique de 1917 n’est pas innocente… pas plus que le traité de Versailles. Il y a aussi l’occupation de la Ruhr par la Belgique et la France, en 1923…
Un riche bassin industriel…

Située à l’ouest de l’Allemagne, la Ruhr est traversée par le Rhin et la Lippe. Parmi ses grandes villes, Duisbourg, Essen et Dortmund qui finiront par constituer une immense agglomération, en compagnie d’innombrables autres villes et localités de moindre importance. Et cela grâce à la Révolution industrielle. Il est vrai que la Ruhr possède un sous-sol d’une rare richesse, minerai de fer et charbon principalement. La sidérurgie y trouvera dès lors un endroit propice à son développement, faisant de la Ruhr le premier bassin industriel d l’ouest de l’Europe.
Une occupation en plusieurs temps…
Par les termes du traité de Versailles, l’Allemagne est astreinte à payer des sommes astronomiques aux vainqueurs : les Réparations. Destruction et vols commis durant la guerre ne peuvent demeurer impunis. Ces Réparations sont incluses dans le traité de Versailles signé en 1919, un acte immédiatement ressenti par la république de Weimar, ses opposants et le peuple comme infamant et particulièrement injuste, voire exagéré.

Au sortir du conflit, l’Allemagne souffre rapidement de bien des maux : instabilité politique, inflation galopante, chômage, faim… Des problèmes qui mèneront à bien des tentatives de révolution et de renversement de la République, dont le fameux putsch de la Brasserie à Munich, les 8 et 9 novembre 1923. Le pays ne tarde pas à rencontrer d’immenses difficultés pour payer les Réparations.

Le traité de Versailles inclut aussi une occupation partielle de l’Allemagne qui débute en mars 1921 : autour de Duisbourg, une partie de la Rhénanie démilitarisée est militairement occupée par la France et la Belgique… Mais les deux États vont être amenés à aller plus loin…
Quatre ans après 1918, l’Allemagne a accumulé ses défauts de remboursements des Réparations. Parmi les pays les plus accablés, la Belgique et la France. Leurs gouvernements ont beau rappeler aux vaincus leurs obligations, rien n’y fait…

Les deux pays vont donc imaginer une autre forme de remboursement : en nature ! Du 11 au 16 janvier 1923, pas moins de 60.000 soldats français et belges entrent à Essen avant de se répandre dans la totalité du bassin de la Ruhr. Régiments d’infanterie, divisions de cavalerie, chars, mitrailleuses, la puissance des vainqueurs cause l’effroi parmi les habitants dont l’existence va changer du tout au tout.
» Œil pour œil, dent pour dent « , Belgique et France comptent bien puiser dans les richesses de la région. Ils établissent un état d’exception permanent dans la Ruhr, entraînant la cessation immédiate des Réparations par Berlin. Le gouvernement allemand appelle la population à la non-coopération avec l’occupant et à une résistance passive, le Ruhrkampf. Production sidérurgique et transports sont ainsi paralysés, entraînant l’hyperinflation, ruinant, si besoin était, l’État allemand.

En réaction, les armées occupantes imposent un couvre-feu, procèdent à des contrôles incessants dans les rues, expulsent des habitants… La violence ne tarde pas à s’installer, faisant plus de 130 victimes. Le Ruhrkampf ne fait pas long feu, laissant la place à des négociations entre puissances sorties vainqueurs du conflit et les vaincus.

En effet, inquiets de la mauvaise voie dans laquelle l’Allemagne s’est engagée, non seulement en matière de règlement des Réparations, mais aussi de difficultés politiques et d’inflation, Américains et Britanniques créent un comité international d’experts financiers issus des pays débiteurs de Berlin. Sous la présidence de l’Américain Charles Dawes, à côté des représentants Américains, Britanniques, Français et Italien, Émile Francqui et Maurice Houtart sont présents au nom du royaume de Belgique.
Dawes donnera son nom au plan qui, signé à Paris le 16 août 1924, mènera les Réparations dues par l’Allemagne à être calculées sur les rentrées de l’État. Un emprunt international est lancé, dont les capitaux soutiendront une réforme de l’économie allemande qui renouera avec la croissance dès 1925…
Français et Belges se retireront de la Ruhr au cours de l’été 1925, non sans avoir, bien malgré eux, créé au sein des populations, une véritable solidarité et un réel sentiment régional, jusqu’alors inexistant, qui subsistera longtemps, tant la plaie de l’occupation franco-belge aura bien du mal à se penser.
» Avant la catastrophe « , à voir dans » Retour aux sources « , sur La Trois