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Alors que ce premier tour des législatives françaises s’achève sur une victoire, en termes de nombre de voix, du Rassemblement National et de ses alliés, les spécialistes de l’analyse de données montent au créneau pour montrer comment les dernières campagnes ont été largement influencées par des fermes de trolls sans doute originaires de Russie. Le 27 juin dernier, l’analyste des données sociales Florent Lefebvre, plus connu sous le pseudo de Flef sur X, pour sortir une nouvelle étude portant sur la présence d’une « armée de bots faisant de l’astroturfing à propos des élections législatives de 2024 ».
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Pour rappel, l’astroturfing est une forme de propagande qui consiste à faire passer une tentative de manipulation médiatique pour un mouvement spontané et citoyen né sur les réseaux. D’après Flef, cette opération de propagande est portée par un groupe d’une dizaine de milliers de comptes présents sur X et qui ne semblent pas être associés à aucun autre réseau politique classique. Alors qu’ils arborent habituellement des biographies en anglais qui semblent évoquer le monde des cryptomonnaies et tweetent sur des sujets divers comme le sport, la politique française, ces comptes ont comme point commun leur nouveauté. La plupart ont été créés depuis le 1er juin 2024. Quant à leur ligne éditoriale, elle est claire : les trolls bombardent les militants et les politiques issus des camps de Renaissance et du Nouveau Front Populaire. Du côté des cyberactivistes d’extrême droite, on peut produire jusqu’à 70 messages par jour, et la plupart sont des retweets de soutien envers les personnalités politiques et médiatiques du même camp. Pour Flef, il s’agit à la fois de bots, de comptes générés grâce à des outils d’aide à la publication, ou bien de militants acharnés.
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Quand Poutine tire les ficelles
Cette petite armée au service de l’extrême droite suffit-elle à inciter tout un pays à voter pour le Rassemblement National ? Dans une étude sortie ce premier juillet et menée par le directeur de recherche du CNRS au Centre d’Analyse et de Mathématique Sociales David Chavalarias, on comprend surtout le contexte de déploiement de ces comptes et leur stratégie à long terme. D’après ce spécialiste de l’astroturfing, l’influence du Kremlin sur le tournant politique du pays se joue au moins depuis 2016, depuis l’élection de Donald Trump.
L’idée générale est d’annexer l’Europe par le biais du soft power et de la déstabilisation politique. Après une première tentative d’ingérence dans le scrutin présidentiel de 2017 avec notamment l’utilisation des #MacronLeaks, le Kremlin n’a eu de cesse de tenter d’imposer des éléments de langage et d’instiller des divisions au sein de la société en surfant de manière habile sur les sujets de polémiques. Le directeur du CNRS indique que cette stratégie s’étale sur plusieurs années et peut connaître des moments d’accélération. Après avoir démoralisé le pays pendant une quinzaine d’années, la Russie passe à une phase de déstabilisation qui dure entre 2 et 5 ans, période qui se termine par une crise de plusieurs mois amenant au pouvoir une personnalité politique très favorable aux intérêts russes. D’après ce plan, nous en serions donc entre l’étape deux et trois.
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« Mon petit propagandiste »
Dans ce jeu d’échecs 4D, les bots Twitter ne sont qu’un outil parmi toute une panoplie de leviers. Le rapport évoque aussi des faux sites d’information qui relaient des fake news et des mèmes sur les réseaux ainsi que des relais parmi les personnalités politiques. On pense notamment aux nombreux candidats du Rassemblement National pro-russe faisant partie du cercle Pouchkine (un think tank qui travaille à « fédérer les jeunes pousses des milieux économiques, politiques, culturels et associatifs pour un rapprochement France-Russie » ) ou bien qui ont réalisé des missions d’observation électorale en Russie pour le compte du Kremlin ou de la Douma. Le rapport note aussi la naissance et la montée en puissance pendant la crise sanitaire du Covid-19 d’une nouvelle communauté d’influence dite « antisystème » sur les réseaux sociaux, très proche des idées d’extrême droite et dirigée par l’ex-numéro 2 du RN, Florian Philippot. Mais la stratégie ne se concentre pas seulement sur l’extrême droite.
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Islamo-gauchisme versus défenseurs de Gaza
La gauche et notamment les militants de la France Insoumise font aussi partie de l’échiquier. Traitée comme une force « antisystème », cette force de gauche est présentée comme un ennemi intérieur qu’il convient de rendre dangereux. Pour cela, la Russie a largement participé à une « attaque sémantique » en amplifiant les occurrences du terme « islamogauchisme » depuis 2021. Existant de manière sporadique depuis 2002 en France, cette expression a connu une normalisation et une explosion des mentions sur les réseaux de la part de comptes pro-russes après le passage sur CNews de l’ancienne Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Frédérique Vidal. Cette dernière avait exprimé son souhait de missionner le CNRS pour une « étude scientifique » sur une possible invasion de cette idéologie au sein de l’université. Cette accusation a permis de jeter un discrédit antisémite sur une gauche qui a par ailleurs été fortement radicalisée depuis les attaques du 7 octobre en Israël. Les militants ont notamment été bombardés d’images de guerre insoutenables provenant de Gaza et relayées en masse par des comptes X du Kremlin infiltrés dans le réseau de la FI. Pour David Chavalarias, l’amplification de ce genre d’attaque sémantique ou la radicalisation d’une communauté par l’indignation sont des marques de fabrique très distinctes de l’action de la Russie qui ont permis d’effectuer une véritable inversion de valeurs. Après ce travail de sape, l’extrême droite est perçue comme un parti populaire et protecteur des juifs de France (les déclarations de Serge Klarsfeld, ancien chasseur de nazis, vont dans ce sens), tandis que la gauche est perçue comme un danger démocratique et islamique contre lequel il faudrait faire barrage. Relayée par les médias d’opinion de Bolloré, mais aussi par une partie des médias mainstream, cette vision caricaturale a largement influencé un scrutin qui se présentait déjà sous l’aune d’un ras-le-bol et d’une frustration généralisée de la part d’une partie grandissante de la population face aux difficultés économiques.
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