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L’épouse de Dominique Bernard sort du silence et livre un vibrant plaidoyer pour la laïcité

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Silencieuse depuis l’assassinat de son mari par un terroriste islamiste le 13 octobre 2023 à Arras, Isabelle Bernard se bat aujourd’hui pour faire vivre la mémoire et les valeurs de son époux.

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François Bouttemy

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Devant l'hôtel de ville d'Arras, lors de la cérémonie d'enterrement de Dominique Bernard à Arras, le 19 octobre 2023.
  • Devant l’hôtel de ville d’Arras, lors de la cérémonie d’enterrement de Dominique Bernard à Arras, le 19 octobre 2023.

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C’est avec l’aide de son action et de ses projets qu’elle a décidé d’affronter cette terrible épreuve. La veuve de Dominique Bernard, professeur de lettres poignardé à mort il y a un an par un ancien élève devenu djihadiste, prend la parole pour la première fois dans une interview accordée à nos confrères du Monde.

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Elle-même professeure d’anglais, Isabelle Bernard met un point d’honneur à rappeler les « valeurs » qui lui tiennent à cœur lorsqu’elle se souvient de son époux : « Le respect de l’autre et de l’environnement, mais aussi la liberté de penser, l’esprit critique, la tolérance, le savoir et l’émancipation par la culture. » Refusant de « s’effondrer », l’enseignante souhaite rester dans l’action « en menant des projets », notamment pour le premier anniversaire de la mort de son mari, ce dimanche 13 octobre.

Au moment d’évoquer le drame, la veuve n’hésite pas à nommer l’assassin de son mari et ses motivations. « Il a été assassiné parce qu’il était enseignant et qu’il incarnait la République », déclare-t-elle, en rappelant que son meurtrier, Mohammed Mogouchkov, né en Ingouhie en 2008, et fiché S pour radicalisation islamiste, avait déjà « dit tout le mal qu’il pensait de la France ».

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Liberté, égalité, fraternité… laïcité

Aujourd’hui, Isabelle Bernard se sent investie et veut « défendre et transmettre les valeurs humanistes de Dominique ». Les mots « liberté, égalité et fraternité » mais aussi « laïcité » ont pris pour elle « une autre couleur ». Ce dernier, tout particulièrement, l’a fait réagir auprès de nos confrères : « Aujourd’hui, je mesure dans ma chair à quel point la laïcité est un cadre pour bien vivre ensemble. Que des jeunes rejettent ce principe me semble tragique et épouvantable. Qu’a-t-on raté collectivement ? Nous devons mettre en lumière la laïcité comme une valeur positive. Nous avons parfois oublié de le dire aux élèves. »

La professeure évoque également les qualités de son mari en tant qu’enseignant de lettres, et l’importance qu’il attachait aux livres, à l’écriture et à la langue. En son hommage, Isabelle Bernard lance ainsi le prix littéraire « Lire, penser, écrire – prix Dominique-Bernard », qui « s’adresse pour le moment aux élèves de 4e, de 3e et de 2de d’Arras et de ses environs ».

Pour remporter ce prix, en travail commun avec leurs enseignants, les élèves devront écrire une nouvelle sur le thème de la tolérance, à partir de la phrase d’Antoine de Saint-Exupéry : « Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis. » Le but, explique Isabelle Bernard, est de « donner une réponse au terrorisme et à la barbarie, en permettant aux élèves de réfléchir et de construire un texte ».

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Concernant les circonstances qui ont mené à la mort de son époux, Isabelle Bernard refuse de questionner et encore moins d’accabler l’Éducation nationale. Ancien élève au collège Gambetta dans la classe de son mari, Mohammed Mogouchkov avait bien fait l’objet de signalements par l’équipe de direction de la cité scolaire d’Arras, qui avait constaté son caractère dangereux, confirme-t-elle. « Tout le monde le savait. Chacun a fait son travail. La police a interpellé le jeune homme la veille de l’attentat. Les policiers savaient qu’il avait l’intention d’agir mais ne savaient pas quand », se remémore-t-elle.

La mémoire de Dominique Bernard célébrée à Arras, un an après l’attentat

Le professeur de français avait été assassiné le 13 octobre 2023, poignardé par un ancien élève radicalisé islamiste. Le maire d’Arras est le seul à avoir pris la parole, malgré la présence de plusieurs membres du gouvernement.

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Une foule assiste à la cérémonie d’hommage à Dominique Bernard, un an après son assassinat, à Arras, le 13 octobre 2024. Une foule assiste à la cérémonie d’hommage à Dominique Bernard, un an après son assassinat, à Arras, le 13 octobre 2024.

Avec une cérémonie tournée vers les arts, Arras, la foule, plusieurs ministres et des proches ont rendu hommage, dimanche 13 octobre, à Dominique Bernard, le professeur tué il y a un an, jour pour jour, par un ancien élève radicalisé islamiste. La cérémonie a commencé à 11 heures, moment symbolique où Dominique Bernard, 57 ans, a été tué le 13 octobre 2023 de plusieurs coups de couteau par Mohammed Mogouchkov, Russe originaire d’Ingouchie, alors âgé de 20 ans.

« Il y a un an, l’attentat d’Arras retentissait dans la France tout entière, l’attentat d’Arras retentissait dans le monde entier. Nous étions suffoqués, nous étions choqués, nous étions dans l’incompréhension, a déclaré le maire de la ville, Frédéric Leturque. Un an plus tard, nous nous devions d’être là. Un an plus tard, nous lui devions d’être là. Un an plus tard, nous sommes ensemble, toujours debout. »

En présence de plus de 2 000 personnes, la cérémonie s’est tenue sur la place des Héros d’Arras (Pas-de-Calais), à l’endroit même où plusieurs milliers de personnes s’étaient déjà réunies deux jours après l’assassinat du professeur. Pensée avec les proches de l’enseignant comme une « séquence mémorielle culturelle », selon le maire d’Arras, la cérémonie a inclus différentes performances artistiques, d’une interprétation du quatuor K.285 de Mozart à celle d’une chanson de Damien Saez, Les Enfants Paradis.

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« Je ne veux plus de discours. Tout a été dit »

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Une artiste française dessine une fresque en direct lors de la cérémonie à la mémoire de Dominique Bernard, le 13 octobre 2024, à Arras. Une artiste française dessine une fresque en direct lors de la cérémonie à la mémoire de Dominique Bernard, le 13 octobre 2024, à Arras.

« J’atteste qu’il n’y a d’être humain que celui qui combat sans relâche la haine en lui et autour de lui », a lu un ami de Dominique Bernard, reprenant un texte du poète marocain Abdellatif Laâbi. Sur scène, une artiste a réalisé en direct une grande toile représentant une colombe s’envolant au-delà d’une forme bleu-blanc-rouge et des mots « Liberté, égalité, fraternité ».

Ont également figuré au programme des lectures de poèmes et de la danse contemporaine, qui visaient à mettre « en lumière les valeurs de la République, la liberté et le vivre-ensemble », avait souligné Frédéric Leturque. Le maire est le seul à avoir pris la parole, malgré la présence de plusieurs membres du gouvernement, dont les ministres de la justice, Didier Migaud, de l’intérieur, Bruno Retailleau, et de l’éducation nationale, Anne Genetet.

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« Je ne veux plus de discours. A quoi bon ? Tout a été dit », expliquait Isabelle Bernard au Monde. « Il est hors de question » qu’il y ait une récupération politique, affirme-t-elle aussi à La Voix du Nord, dans une autre interview également parue samedi. Le chef de l’Etat a tout de même salué sur X le « courage », le « combat » et l’« amour du métier de professeur » de Dominique Bernard. « Tant de Français ont reconnu en lui l’un de ces enseignants qui changent nos vies », a ajouté Emmanuel Macron, estimant que « la République vit, à chaque aube, à chaque leçon, à chaque cours, grâce à eux [les professeurs] ».

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Une minute de silence dans les lycées et collèges lundi

« Quelle plus belle réponse que des musiciens, des comédiens, des danseurs », continue-t-elle auprès de La Voix du Nord, ajoutant que les autres victimes du 13 octobre 2023 « ont aussi participé, par leurs idées, à construire cet hommage ». Un autre professeur et deux agents de la cité scolaire avaient été blessés. Objectif : « Défendre les valeurs humanistes défendues par Dominique (…) pour faire avancer les jeunes, pour éviter que des crimes aussi injustes soient de nouveau commis. » C’est dans cette optique qu’elle a créé, au nom de son mari, un prix littéraire pour nouvelles écrites par des adolescents. Sa première édition, ouverte aux élèves de 4e, 3e et 2de d’Arras et de ses environs, a pour thème la tolérance.

Dominique Bernard avait enseigné pendant vingt-cinq ans au sein de l’établissement où il a trouvé la mort. « Amoureux de la littérature, il aimait transmettre cet amour à ses élèves », se souvient sa sœur Emmanuelle Delatte dans un entretien à l’hebdomadaire chrétien Le Pèlerin, paru mercredi. « Il considérait que la lecture et l’écriture contribuent à faire de nous des êtres libres », poursuit-elle.

Une minute de silence sera observée lundi dans les collèges et lycées de France en hommage à Dominique Bernard et Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie également assassiné par un islamiste radicalisé le 16 octobre 2020, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). Lorsqu’ils avaient appris l’assassinat de Samuel Paty, Isabelle Bernard se souvient que son mari et elle-même avaient pris « conscience de [leur] vulnérabilité ». « Qui sera le prochain ? Parce qu’il y en aura un », lui avait-elle dit.

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MCD avec APPIS et LVDN ( La Voix du Nord)

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